Politiques agricoles, commerce international, souveraineté alimentaire, sécurité alimentaire, ,…: un blog de Gérard Choplin

article paru dans la revue Sesame, n°3 – mai 2018 – Une revue de la mission Agrobiosciences-INRA

Il y a 12 000 ans, alors qu’ils inventaient l’agriculture[1], nos ancêtres chasseurs-cueilleurs pouvaient admirer l’étoile polaire de l’époque[2], Vega, une jeune étoile née au temps terrestre des dinosaures et l’une des plus brillantes de notre ciel[3].

Vega

Le 17 août 2017, deux détecteurs d’ondes gravitationnelles[4] ont enregistré une bouffée d’ondes nées de la fusion de deux étoiles il y a 130 millions d’années : aussitôt, les télescopes du monde entier se sont tournés vers ce point du ciel, pour constater que cet évènement s’était accompagné de la production de milliards de milliards de tonnes d’or et de platine, minéraux dont on peinait jusque-là à expliquer la formation[5]. Nous savons aujourd’hui[6] que tous les éléments qui nous constituent nous, animaux, plantes, roches, etc. sont des poussières d’étoiles : nous sommes tous cousin-e-s des étoiles et galaxies qui nous entourent.

Admirer le ciel nocturne, c’est un peu dire bonjour à la famille.

Ajoutons un n à Vega, voici… vegan. Serait-ce un n de négation de ce cousinage ? Animaux et plantes doivent-ils fondamentalement être séparés? A-t-on peur de notre propre animalité ?[7]

S’il est humain de se projeter davantage dans un animal que l’on tue que dans un poireau que l’on arrache, si l’on ne voit pas les milliers de bactéries et de virus que l’on avale en croquant une pomme, cet anthropomorphisme ne justifie guère de condamner l’élevage et la consommation de produits animaux. Manger des animaux serait le mal et manger des végétaux serait le bien ?

Nous avons toutes les raisons de condamner l’industrialisation de l’élevage et les conditions actuelles d’abattage. Environnement, santé, qualité, éthique et territoires sont mis à mal par les pratiques actuelles de la filière animale et il est urgent de modifier les normes et les politiques agricoles qui ont conduit aux impasses actuelles, les éleveurs paysans en étant les premières victimes.

soya

De la même manière, l’agriculture industrialisée maltraite les plantes, les arrose de poisons chimiques et a fait régresser drastiquement la biodiversité. La question de la maltraitance animale et végétale par l’élevage et l’agriculture est une question en soi, indépendante de notre régime alimentaire.

epandage-pesticides

Vegan ?

Rappelons-nous d’abord que nous sommes des mammifères omnivores et, biologiquement, encore des chasseurs-cueilleurs[8]. On ne choisit pas sa biologie, même si les transhumanistes en rêvent.

Comme tout animal, nous ne savons pas tirer notre énergie du soleil par la photosynthèse et devons sacrifier d’autres êtres vivants (plantes, animaux, champignons, algues…) pour nous nourrir[9].

Nous pouvons choisir délibérément de modifier notre position biologique dans la chaîne alimentaire et de nous nourrir tous exclusivement de végétaux.

  • Pourquoi pas ? Plus d’un milliard d’hindous ne mangent pas de viande et se portent bien (ils consomment cependant des produits laitiers, des œufs et du miel, car ils ne sont pas vegan). Arrêter de consommer des produits animaux permettrait de libérer de grandes surfaces agricoles actuellement cultivées pour l’alimentation animale. On pourrait replanter nos prairies européennes en forêt : ce serait un bon puits de carbone, et, après tout, ces régions étaient autrefois souvent couvertes de forêt.
  • Pourquoi, pas ? Il existe dans le monde, et ici en Europe, de nombreuses régions dont l’économie dépend de l’élevage : nos montagnes moyennes d’Europe couvertes de prairies, le Sahel, le Tibet dont la vie dépend du yack, etc. Abandonner l’élevage et retourner à la forêt ferait disparaître la vie rurale de ces régions et tous les produits agricoles de qualité et diversifiés qui vont avec, sans compter le rôle du pâturage dans la prévention des incendies de forêt dans les régions sèches, ni le fait que les sols des prairies stockent aussi beaucoup de carbone.

Nous serions bien avisés de réduire significativement notre consommation de viande, de limiter strictement l’élevage des ruminants au pâturage, d’abandonner complètement l’élevage hors-sol, et de valoriser économiquement nos prairies et parcours pastoraux.

humain-animal- arji BeachVisualhunt, CC BY-ND

Laissons l’humain omnivore libre d’être carnivore, végétarien, végétalien, vegan, et respectons ce choix chez l’autre, à condition collectivement de mettre un terme au pillage actuel de la planète, à la disparition de l’élevage paysan durable, aux pesticides, au réchauffement climatique, et aux régimes alimentaires nuisibles à la santé.

Gérard Choplin, analyste-rédacteur indépendant (agriculture, alimentation, commerce), auteur de « Paysans mutins, paysans demain – pour une autre politique agricole et alimentaire » (Editions Yves Michel, 2017) – choplin.gerard@skynet.be

merci

 

Pour continuer le débat :

  • Article revue POUR, septembre 2017, de Philippe Pointereau (Solagro) : Diminuer sa consommation de viande et changer les modes de productions : une nécessité pour répondre aux enjeux climatiques et de santé publique.
  • Faut-il arrêter de manger des animaux ? documentaire de Benoît Bringer, France 5, 28 février 2018
  • Penser et agir avec la nature, une enquête philosophique, Catherine et Raphaël Larrère, éditions la découverte, 2015
  • Végano-sceptique, regard d’un éleveur sur l’utopie végane, Pierre-Étienne Rault, aux éditions Dauphin, 2017

[1]Nous savons aujourd’hui que l’élevage a commencé quelques milliers d’années auparavant : https://nmas1.org/news/2017/07/27/neolitico-pastoreo

[2] L’axe de rotation de la Terre n’est pas toujours dirigé vers la même étoile : dans l’hémisphère nord: hier Vega, aujourd’hui la petite Ourse, et Vega de nouveau dans 12 000 ans

[3] Vega est l’étoile la plus brillante de la constellation de la Lyre.

[4] Situés aux USA et en Italie, Ligo et Virgo sont opérationnels depuis quelques années.

[5] « Aux sources de l’or » – Sciences et Avenir – février 2018

[6] Hubert Reeves : Patience dans l’azur, Seuil, 1981

[7]Alicia Melchor Herrera, « Sobre moral, veganismo, ecologia, antiespecismo y produccion alimentaria », 2016, www.alciatravespantalla.blogspot.com

[8] Voir ma contribution aux controverses de Marciac 2017 : http://controverses-de-marciac.eu/les-contributions/les-contributions-2017/de-la-chasse-cueillette-aux-drones-lhomme-finira-t-il-en-lemming/

[9] Lire Emanuele Coccia, La vie des plantes – une métaphysique du mélange, Payot et Rivages, 2016

Commentaires sur: "Vega… vegan : nos prairies retourneront-elles à la forêt ?" (1)

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