Politiques agricoles, commerce international, souveraineté alimentaire, sécurité alimentaire, ,…: un blog de Gérard Choplin

paru le 17 février
en vente dans les bonnes librairies et sur
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Paysans mutins, paysans demain

Gérard CHOPLIN

Pour une autre politique agricole et alimentaire

Préface de José BOVÉ

aux Editions  Yves Michel

Chronique d’un mouvement paysan européen porteur des changements nécessaires de notre politique agricole et alimentaire.

Dans les années 1980, une voix paysanne en Europe s’est levée face au productivisme et à la mondialisation néolibérale des marchés agricoles, dans lesquels les réformes successives de la Politique Agricole Commune se sont inscrites. Il s’agit de la Coordination paysanne européenne[1],

L’auteur, qui en a été l’un des artisans, témoigne  de sa naissance, de son  développement et de ses transformations. de  30 ans de débats, de propositions, d’actions pour une politique agricole juste, durable, solidaire.

Devant les impasses sociales et environnementales actuelles et les interrogations existentielles de l’Union européenne, les paysans mutins d’aujourd’hui sont d’utilité publique.

[1] La Coordination paysanne  européenne est devenue en 2008 la Coordination européenne via campesina

Gérard Choplin, agronome de formation, a joué un rôle moteur dans la construction, le développement et l’animation de la Coordination Paysanne Européenne de 1982 à 2008.
Il est aujourd’hui analyste-rédacteur indépendant sur les politiques agricoles, commerciales et alimentaires.
Il réside à Bruxelles.

Présentation du livre

« Paysans mutins, paysans demain – Pour une autre politique agricole et alimentaire »

Dimanche 26 février 2017, à 12h – Paris

au Salon de l’Agriculture, Hall 4, stand 21 (Confédération Paysanne)

 

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Editions Yves Michel

http://www.yvesmichel.org/product-page/livres-a-paraitre/paysans-mutins-paysans-demain/

 Dans les années 1980, une voix paysanne en Europe s’est levée face au productivisme et à la mondialisation néolibérale des marchés agricoles, dans lesquels les réformes successives de la Politique Agricole Commune se sont inscrites. Il s’agit de la Coordination paysanne européenne (devenue aujourd’hui la Coordination européenne via campesina). Gérard Choplin, qui en a été l’un des artisans, témoigne de sa naissance, de son développement et de ses transformations, de 30 ans de débats, de propositions, d’actions pour une politique agricole juste, durable, solidaire.

L’Europe sera-t-elle à la hauteur des enjeux en changeant profondément de politique agricole? Devant les impasses sociales et environnementales actuelles et les interrogations existentielles de l’Union européenne, les paysans mutins d’aujourd’hui sont d’utilité publique.

 Gérard Choplin, agronome, a joué un rôle moteur dans la construction, le développement et l’animation de la Coordination Paysanne Européenne de 1982 à 2008. Il est aujourd’hui analyste-rédacteur indépendant sur les politiques agricoles, commerciales et alimentaires. Il réside à Bruxelles.

 

Contact: Maxime Bergonso mbergonso@confederationpaysanne.fr  tel : 07 68 65 87 27

Gérard Choplin  choplin.gerard@skynet.be  tel : +32 473257378

 

 

Tribune publiée par Médiapart et Le Courrier (CH)

Avec le Brexit, l’élection de Donald Trump, la montée de l’extrême droite en Europe et le développement des migrations, il est urgent d’intensifier la coopération entre les pays et leurs populations. Les guerres, le dérèglement climatique, l’épuisement des ressources naturelles, la pauvreté massive, la faim et la malnutrition mais aussi l’accroissement des inégalités sont autant de problèmes fondamentaux que l’humanité doit chercher à résoudre ensemble. On ne peut le faire sans remettre en cause à la fois  la mondialisation néolibérale actuelle, et les orientations  xénophobes et nationalistes qui se présentent contre la globalisation économique tout en protégeant et renforçant leurs propres intérêts.

Les fausses réponses au néolibéralisme sont à la une, notamment celle de Donald Trump  qui, dans son projet présidentiel, d’un côté développe des protections contre les importations et bloque le Traité transpacifique, et de l’autre favorise le capitalisme financier, les multinationales américaines, les énergies fossiles et le capitalisme vert,… tout en niant le dérèglement climatique et réprimant les luttes sociales. L’Union européenne n’est pas en reste, qui impose à l’Afrique des accords de « partenariat » économique (APE) très inégalitaires et maintient dans la politique agricole commune (PAC) des outils de protection masqués et de dumping[1]. Les critiques officielles -y compris celles du FMI- des défauts ou excès de la mondialisation, le report du projet de traité transatlantique (alors que le CETA[2] est en cours d’adoption), ainsi que la réduction actuelle des échanges internationaux, nous montrent que le cadre néolibéral actuel est à bout de souffle. Mais ces évolutions n’empêchent pas les multinationales de poursuivre leurs offensives,  en se protégeant avec des brevets et en cherchant à imposer des tribunaux d’arbitrage privés dans les accords commerciaux.

Les mouvements sociaux luttent contre les projets de traité de «libre»-échange, pour la justice climatique, pour la solidarité internationale, pour la conquête de nouveaux droits pour les paysan(ne)s et pour le respect des droits humains partout dans le monde. Ces luttes diverses visent à répondre aux attentes des populations victimes des effets de la mondialisation néolibérale, dans les domaines de l’alimentation, de l’environnement, du revenu et de l’emploi, notamment. Au cœur de ces luttes s’inscrit le mouvement pour la souveraineté alimentaire, qui revendique le droit des populations à décider démocratiquement de leur politique agricole et alimentaire et vise un changement en profondeur de nos systèmes alimentaires.

Notre réponse à la montée des nationalismes et de la xénophobie réside dans le renforcement des mobilisations aux quatre niveaux (local, national, régional, international) qui permettront la conquête progressive de la souveraineté alimentaire, revendication portée depuis 1996 par le mouvement paysan mondial Via campesina et de nombreuses organisations. La souveraineté alimentaire, c’est « le droit des populations, de leurs pays ou unions, à définir leur politique agricole et alimentaire, sans dumping [ou mieux sans préjudices] vis-à-vis des autres pays », (Via campesina, 2003). Elle « place ceux qui produisent, transforment et consomment une alimentation locale et saine, au cœur des systèmes et politiques alimentaires et agricoles [] en lieu et place des exigences du marché et des transnationales« (Forum Nyéléni, 2007). C’est une exigence démocratique, qui se situe à l’inverse de la captation du pouvoir par l’agenda des sociétés transnationales. Et ce n’est pas un agenda du repli sur soi : les mouvements sociaux qui revendiquent la souveraineté alimentaire expriment une solidarité transnationale, et ils ne contestent pas le rôle du commerce international — bien qu’ils appellent à sa régulation, et à un rééquilibrage entre commerce international et renforcement des systèmes alimentaires locaux.

La souveraineté alimentaire est à traduire à l’ONU en un nouveau droit commercial international, favorisant l’adoption aux niveaux national et régional de politiques agricoles adaptées aux besoins des pays en matière d’organisation des marchés et d’appui aux agricultures durables et favorables à des pratiques alternatives de production et d’échange. Elle vise à assurer la sécurité alimentaire dans de bonnes conditions. La souveraineté alimentaire n’est pas l’autarcie. Elle veut  mettre le commerce international à sa juste place en donnant la priorité à l’agriculture et à l’alimentation de la population, non aux marchés. Elle donne un nouveau cadre favorable à des politiques  de relocalisation des productions, à l’agroécologie, à la protection et à l’accès durable aux ressources. Elle permet de développer des systèmes alimentaires donnant la priorité à la nutrition, à la santé, à l’environnement et adaptés culturellement.

Au plan international, elle fournit la base pour passer d’échanges actuellement hégémoniques -favorisés par les règles de l’OMC- au profit des Etats puissants et des sociétés multinationales,  à des échanges de type coopératif, limitant les avantages des pays pouvant abuser de leur situation concurrentielle.  Au devoir des pays de ne pas nuire aux économies agricoles des pays tiers  doit correspondre le droit  de mettre en place de réelles protections -droits de douanes et quotas d’importation notamment-, justifiées sur les plans économique, social et écologique.

Face à la concentration globalisée du pouvoir alimentaire, la prise de conscience par les consommateurs et les citoyens des enjeux et de leur capacité d’action s’est bien développée. Les initiatives de relocalisation alimentaire se multiplient, mais restent fragiles dans le cadre des politiques actuelles. Dans cette bataille pour la souveraineté alimentaire, ne  laissons pas  les paysans seuls. L’alimentation est l’affaire de tous. Ensemble, organisations paysannes et citoyennes, certaines institutions, chercheurs, s’appuyant sur les réussites locales de « transition », nous devons proposer de nouvelles règles, de nouveaux cadres pour le commerce international agricole et les politiques agricoles et alimentaires. Il y a urgence. L’adoption prochaine d’une déclaration onusienne sur les Droits des paysans et autres personnes travaillant en milieu rural et les avancées au sein du Comité pour la sécurité alimentaire mondiale, notamment en ce qui concerne l’importance de l’accès aux marchés locaux, nationaux et régionaux pour les petits producteurs, devraient constituer autant de points d’appui vers la souveraineté alimentaire.

Par les mobilisations larges et plurielles qu’elle implique, comme par ses nombreux apports, la conquête de la souveraineté alimentaire constitue une  bataille essentielle dans la période actuelle à hauts risques: pour faire reculer les nationalismes, les injustices, la xénophobie, pour la sauvegarde et le développement de l’agriculture paysanne, pour une alimentation  nutritive et saine, accessible à tous, et pour la protection de la planète.

 Michel Buisson, Auteur de « Conquérir la souveraineté alimentaire », l’Harmattan, 2013

 Gérard Choplin, Auteur de « Paysans mutins, paysans demain-Pour une autre politique agricole et alimentaire », Editions Yves Michel, à paraître en février.

 Priscilla Claeys, Senior Research Fellow in Food Sovereignty, Human Rights and Resilience, Centre for Agroecology, Water and Resilience (CAWR), Coventry University (UK)

 Gustave Massiah, Auteur de « Une stratégie altermondialiste » Editions La Découverte Paris 2011 ; Représentant du CRID au Conseil International du Forum Social Mondial

Cosignataires

 Jacques Berthelot, Economiste, auteur de « Réguler les prix agricoles », L’Harmattan, 2013

 Ibrahim Coulibaly, Président de la CNOP (Coordination Nationale des Organisations Paysannes) du Mali

 Manuel Eggen, Chargé de recherche et plaidoyer FIAN Belgium

 Christophe Golay, Auteur de « Droit à l’alimentation et accès à la justice », Bruylant, 2011, et « The Fight for the  Right to Food. Lessons Learned », Palgrave Macmillan, 2011

Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération Paysanne

Geneviève Savigny, Coordination européenne via campesina

Olivier de Schutter, Ancien Rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation (2008-2014)

Aurélie Trouvé, Maître de conférences Agro-ParisTech, Porte-parole d’Attac

[1]  Les paiements directs de la PAC permettent d’exporter des produits agricoles à des prix inférieurs aux coûts de production. Notifiés indûment dans la « boîte verte » de l’OMC, ils sont sous la menace constante d’une poursuite à l’OMC. Associés à des prix agricoles alignés sur les cours mondiaux, ils sont de fait une subvention à l’agro-industrie et à la grande distribution, qui s’approvisionnent à bas prix en produits européens.

[2] Accord commercial signé entre l’UE et le Canada mais non encore ratifié.

https://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/200117/face-la-montee-des-nationalismes-et-de-la-xenophobie-la-souverainete-alimen

 

interview publiée SOS Faim sur son site web en décembre 2016

https://www.sosfaim.be/wp-content/uploads/2016/12/defis_sud_demain_choplin.pdf

«Vers la fin de la mondialisation?» –  Europe en panne, tensions géostratégiques, mondialisation en recul, puissance du lobby agro-industriel, effondrement possible… Gérard Choplin laisse peu de place à un avenir radieux. À moins que le coût des dégâts du néolibéralisme et les initiatives de résistance contribuent à faire bouger les lignes, par exemple en faveur d’une agriculture paysanne.

Défis Sud: Peut-on être plutôt dans une optique optimiste ou pessimiste en matière d’agriculture paysanne pour le futur ?

Gérard Choplin: Cela fait une trentaine d’années que je suis les politiques en matière d’agriculture au niveau européen et international et j’essaie toujours de relier les enjeux et les débats sur l’agriculture avec les enjeux géostratégiques et militaires. Un seul sous-marin – par exemple chinois – à l’entrée de la Manche, et c’est tout le trafic pour Rotterdam Anvers, Hambourg, Londres, et plus, qui est bloqué. Allez à Anvers et demandez combien d’heures de réserve de soja ils ont. On peut tenir quelques jours maximum. On est dans des flux très importants et qui se sont accrus. L’Union européenne, brillant élève à l’OMC, est devenue le premier importateur et exportateur alimentaire mondial. On a construit des politiques agricoles où importer et exporter sont les priorités. C’est pour cela que Via campesina a réagi en 1996 en lançant le concept de souveraineté alimentaire. L’Union européenne et les autres pays avaient perdu leur souveraineté sur leur politique agricole. Celle-ci a été complètement formatée par des règles internationales du commerce. Mais aujourd’hui, le commerce mondial est en recul. Peut-être que l’époque des « Trente Glorieuses » du néolibéralisme est en train de se terminer, alors qu’on assiste en même temps à une augmentation des tensions et du réarmement des grandes puissances (la Russie place des têtes nucléaires dans l’enclave de Kaliningrad, la Grande-Bretagne modernise son armement, tandis les États-Unis viennent de décider de consacrer entre 60 et 70 milliards de dollars à la modernisation de leurs armes nucléaires). C’est très inquiétant… Mais d’un autre côté, un nombre croissants de citoyens réagissent et s’engagent dans une foule d’initiatives locales de production-consommation de produits agricoles et alimentaires, et pas seulement au Nord. Bien sûr, la question est de savoir si la somme de ces initiatives locales peut faire changer les règles. Je dirai donc qu’il y a à la fois des raisons d’être pessimiste face aux impasses environnementales, sociales, de santé,… issues du néolibéralisme; et optimiste quand on voit, en réaction, les initiatives de résistance et de nouvelles formes d’échanges qui se multiplient.

DS: Dans ce contexte, quel type d’agriculture a-t-il de l’avenir ?

GC: Actuellement coexistent des formes d’agriculture industrialisée, d’agriculture en voie d’industrialisation, d’’agriculture traditionnelle sans évolution technique et puis ce qu’on peut appeler des formes d’agriculture «paysanne» pratiquées par des agriculteurs ayant remis en cause leur processus d’industrialisation ou bien par des jeunes motivés par les nouvelles formes d’échange avec les consommateurs Si agriculture industrialisée et agriculture paysanne coexistent, il y a quand même une forme qui détruit l’autre. L’ancien commissaire européen à l’Agriculture Dacian Ciolos disait, dans les débats sur la réforme de la PAC en 2013, qu’il y a de la place pour toutes les agricultures, mais ce n’est pas ce qu’on constate, ni dans l’Union européenne ni au Sud où l’on sait bien que des implantations capitalistiques prennent la place de beaucoup d’exploitations que l’on peut qualifier de paysannes. Dans l’Union européenne, 3% des exploitations cultivent 50% de la surface agricole. Et comme les aides de la PAC sont versées par hectare, sans plafond, les subventions sont aussi concentrées que les surfaces. À travers le budget de la PAC, les contribuables financent donc surtout les grandes exploitations… Il y a de moins en moins d’agriculteurs en Europe et, au Sud, on connaît le phénomène d’accaparement de terres. Je n’ai donc pas l’impression qu’on aille vers une coexistence pacifique des deux types d’agriculture, qui sont tellement contradictoires. En même temps, les couches les plus riches de la population veulent avoir accès à de très bons produits de qualité ne venant pas de l’agriculture industrialisée. Elles ont besoin de niches avec des produits pour elles, qu’elles vont trouver dans quelques magasins très chics. Cette coexistence-là peut perdurer. Mais ce n’est pas de cela qu’on parle quand on dit qu’on veut développer l’agriculture paysanne: elle a vocation à nourrir le plus grand nombre, et s’oppose donc à l’industrialisation de l’agriculture. S’il y a cohabitation des deux types d’agriculture, ce n’est donc pas une cohabitation stable et le processus d’industrialisation continue. Il faut voir le dégraissage auquel on assiste en agriculture! Ce sont plusieurs Caterpillar agricoles chaque année, mais on n’en parle pas. C’est comme si c’était normal. Une société développée serait une société sans paysans ! La concentration agricole continue. Si on veut une autre politique agricole, il faudra gérer la question délicate des régions d’’élevage industrialisé qui se sont développées dans plusieurs régions d’Europe, près des grands ports d’importation, comme la Flandre. Comment en sortir tout en laissant la possibilité à de petites exploitations de vivre de l’agriculture? Il faudra une période de transition qui n’est pas aisée à mettre en place, mais il faut absolument le faire, car le changement climatique, la qualité de l’alimentation et les nombreuses externalités négatives de l’élevage industrialisé nous y obligent.

DS: Ces arguments pèsent-ils dans la balance des décideurs ?

GC: Pour l’instant, le lobby agro-industriel est trop puissant. Les banques, les grandes firmes agroalimentaires et la grande distribution ont une surface financière et économique assez puissante pour dicter leurs lois aux gouvernements. Ceux-ci n’ont que le pouvoir politique, ce qui n’est pas beaucoup dans nos sociétés telles qu’elles fonctionnent. C’est la limite de notre forme actuelle de démocratie, où l’oligarchie financière a plus de pouvoir que le parlement élu. On l’a vu dans l’élaboration des réformes de la PAC, ou bien par exemple dans les crises porcines. Dès que le prix du porc descend trop bas, les exploitations perdent de l’argent et les plus grosses encore plus. Comme des centaines de milliers d’euros ont été investis par grosse exploitation, les gouvernements sont prêts à les soutenir, eux et leurs banques, à coups de millions. Avec cet argent, on pourrait soutenir le développement d’exploitations porcines paysannes, mais le lobby agro-industriel veille à faire financer ses pertes par les contribuables. Pareil pour la réforme de la PAC: avant d’arriver aux propositions législatives, le lobby agro-industriel, les banques, les industries agroalimentaires, et le Copa (Boerenbond, FWA) sont passés par là et il ne reste plus grand-chose de la réforme initiale, ou s’il en reste quelque chose, cela passe à la trappe à l’étape suivante, car ils sont assez puissants pour influencer leurs ministres et leurs députés. Il arrive néanmoins que l’opinion publique soit plus forte et que certaines législations ne passent pas. Si on n’avait rien fait, les vaches aujourd’hui seraient piquées à l’hormone laitière, et on cultiverait des OGM.

DS: Que pensez-vous des prix pratiqués dans l’agro-industrie?

GC: L’écart s’est creusé entre la courbe des prix agricoles et celle des prix alimentaires. En alignant les prix européens sur ceux du marché mondial à partir de 1992, on les a fortement baissés alors que les prix n’ont pas ou peu diminué pour les consommateurs. Il y a donc des milliards d’euros de marge gagnés sur le dos des producteurs. Je pense qu’on ne peut pas baser une économie agricole saine sur la vente à perte. Or la PAC c’est ça: les agriculteurs vendent trop souvent à perte et on leur donne des subsides. Ces subsides permettent à l’agriculteur de continuer à produire et vendre ses produits en aval à des prix inférieurs aux coûts de production.

Donc finalement les subsides profitent plus à l’aval qu’à l’agriculteur. Si on expliquait cela au consommateur-contribuable, si on lui disait qu’il y a autour de 40 milliards du budget de la PAC qui va surtout à l’industrie agroalimentaire et à la grande distribution, il ne serait sans doute pas d’accord. Notre économie agricole est basée sur un dumping économique. Qu’on puisse vendre à perte, conjoncturellement, cela peut arriver, surtout pour les fruits et légumes, mais que ce soit structurel et que ce soit une volonté délibérée pour augmenter les marges, c’est impensable. Comment voulez-vous convaincre des jeunes à devenir paysans en leur disant: «Écoutez, vous allez vendre à perte… mais ne vous inquiétez pas, Bruxelles va vous verser une prime…au moins jusqu’à la prochaine ré- forme. » Passer d’une politique de prix à une politique de primes a été un outil puissant de restructuration de l’agriculture européenne. Pour le Sud, c’est pareil: quand on oblige ces pays à importer des produits moins chers que ce qu’ils peuvent produire, on les ruine. Et l’UE y va fort en forçant les gouvernements africains à signer les accords APE.

DS: Comment sortir de ces incohérences ?

GC: Certains se demandent si ce n’est pas déjà trop tard… Pablo Servigne, dans son livre sur l’effondrement, reprend les analyses prospectives faites par le Club de Rome en 1973, qui annonçaient un effondrement de notre système économique vers 2030 si on continuait à produire et consommer au même rythme accéléré. Il y a quelques années, un étudiant australien a vérifié si les prédictions étaient justes de 1973 à 2010 et, stupeur, la réalité colle exactement aux prévisions. Cela ne présage rien de bon. Pour certains, la priorité n’est plus de réformer les règles du commerce international car c’est trop difficile et trop tard, mais de prévoir des modes de vie autonomes de subsistance. En espérant que cela se passe pacifiquement, ce dont je ne suis pas sûr, vu l’évolution des stratégies militaires. Au fur et à mesure que les réserves de pétrole diminueront, sa recherche deviendra de plus en plus stratégique. Or l’Union européenne n’a pas de politique de défense autonome, donc a peu voix au chapitre. L’UE est en panne de sens depuis que le Mur est tombé et que son Marché unique se dissout dans la mondialisation néolibérale. Le Brexit en est un symptôme. Pourtant, on peut envisager une Europe autrement, et elle ne doit pas nécessairement être néolibérale.

DS: La puissance du secteur agro-industriel et la mondialisation suffisent-elles à expliquer les incohérences des politiques européennes ?

GC: Quand un président français se fait élire en promettant qu’il va s’attaquer aux intérêts financiers et qu’une fois au pouvoir il s’y soumet, cela veut dire que les élus actuellement n’ont pas assez de prise sur les grandes décisions économiques. Le lobby de l’industrie et de la finance auprès des institutions européennes est très puissant. Quelle que soit l’alternance politique, les gouvernements en Europe ont tous pratiqué une politique néolibérale, dont les dégâts, jusqu’à présent, ont été quelque peu amortis grâce à nos systèmes de protection sociale. Mais maintenant que les politiques d’austérité commencent à détricoter les acquis sociaux, ce tampon-là disparaît et l’on voit surgir le risque, comme dans les années 1930, du populisme d’extrême droite. C’est bien sûr inquiétant. Mais l’histoire n’est pas écrite et on peut aussi faire confiance en notre humanité. Voyez le film Demain, soyons aussi créatifs que les initiatives montrées dans le film, mais ne soyons pas naïfs. Ne perdons pas de vue les enjeux internationaux et stratégiques.

◊ Propos recueillis par Sabine Schrader

 

Appel. Levons le voile sur les pesticides.

Aujourd’hui,  jeudi 8 décembre 2016 à Bruxelles, a lieu un colloque « Pesticides en agriculture : Levons le voile sur un véritable scandale sanitaire », à l’initiative de José Bové, Florent Marcellesi, Benedek Javor et Maria Heubuch, députés européens écologistes.

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Nous, victimes  des pesticides, paysans, salariés agricoles, riverains, et associations, ONG, syndicats de soutien des victimes, venus de toute l’Europe, lançons un cri d’alarme et dénonçons ce scandale sanitaire et environnemental. En tant que victimes, malades, ou représentants de malades ou personnes décédées, qui souffrent dans leur corps et dans leur chair, nous rappelons ici que :

1-Il y a urgence à mettre fin à l’omerta des pouvoirs publics, afin de protéger tous les citoyens européens. Nous exigeons transparence et droit à l’information.

La législation européenne doit permettre de rendre public le nombre de malades des pesticides ainsi que les formulations commerciales complètes des pesticides autorisés en Europe, c’est-à-dire avec tous les principes actifs, tous les adjuvants, tous les solvants. Nous exigeons la levée du secret industriel et commercial sur ces formulations.

Les Etats membres doivent permettre à chaque concitoyen de vivre dans un environnement sain sans risque. Ils se doivent de nous informer des plans de réductions des pesticides et calendriers.

2- Nous dénonçons la non-assistance à personnes en danger organisée par les organismes sociaux et les ministères de tutelle qui plutôt que protéger leurs salariés et concitoyens et mener leur mission de service public, protègent ces firmes qui empoisonnent et polluent. Nous dénonçons cette faute grave et interpellons chaque gouvernement et autorités publiques en Europe sur cette question. Il est temps d’ouvrir le débat.

3- Nous dénonçons les lobbies des pesticides, notamment l’Union des Industries de Protection des Plantes (UIPP) ou European Crop Protection (ECPA), auprès de la Commission Européenne et du Parlement européen, qui agissent comme le comité amiante en France en son temps et qui sous couvert d’une communication puissante de respect de l’homme et de son environnement, épuisent les ressources de la Nature et tuent les êtres humains et animaux. Leur objectif est de repousser l’échéance de l’interdiction.

4-  Nous exigeons que les Autorisations de Mise sur le Marché (AMM) des pesticides en Europe évaluent essentiellement le risque toxicologique, aigu et chronique, sur les formulations commerciales c’est-à-dire les principes actifs, les adjuvants, les solvants, les contaminants et non, sur les seuls principes actifs. De nombreuses études  scientifiques démontrent que la toxicité des formulations est 1000 fois plus élevée que le principe actif seul.

5- L’Europe doit établir des valeurs toxicologiques de référence pour les pesticides dans l’air (qui n’existent pas en 2016) de toute urgence et les faire respecter dans tous les pays de l’UE.

6- Nous demandons que les fonctions de conseil et de vente aux paysans, soient distinctes et indépendantes et qu’il leur soit toujours proposé une alternative autre que celle utilisant les pesticides.

7- Nous demandons l’interdiction à terme des pesticides, dangereux pour la santé humaine utilisés dans l’agriculture et un renforcement de la protection des paysans et salariés agricoles et de l’agroalimentaire.

Cette initiative marque le début d’un mouvement de coordination des luttes contre les pesticides dans les territoires en Europe.

Contact :

nadine@generations-futures.fr

victime.pesticide.ouest@ecosolidaire.fr

 

 

Oxfam Solidarité et SOS Faim ont mené une étude sur la présence des entreprises laitières européennes en Afrique de l’Ouest, leurs ambitions et leur impact sur la production locale.

Actuellement, l’Europe produit trop de lait par rapport à la demande et ses excédents ont fortement augmenté depuis 2015, suite à l’abandon des quotas de production. Cette situation pousse les grandes firmes européennes à conquérir d’autres marchés et l’Afrique de l’Ouest représente une belle opportunité pour ces entreprises.

Une bonne partie du lait consommé en Afrique de l’Ouest est importé

L’Afrique de l’Ouest connaît une demande en produits laitiers en constante augmentation. Or elle ne produit localement qu’une faible partie de sa consommation. En cause ? Le lait en poudre importé d’Europe. Faute de politiques adéquates, d’unités de conservation, de moyens de transformation et de circuits de commercialisation, les producteurs africains ne sont pas armés pour concurrencer le lait européen qui se vend moins cher et qui est pourtant moins riche en nutriments que leur lait local.

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Quel avenir pour les grandes firmes européennes en Afrique ?

L’industrie laitière européenne l’a bien compris : il y a en Afrique de l’Ouest des marchés en croissance. Les grandes firmes laitières européennes y marquent déjà leur territoire, mais comment voient-elles l’avenir ?

Les Accords de partenariat économique (APE) entre l’UE et l’Afrique de l’Ouest, vont-ils, s’ils sont ratifiés, leur faciliter la tâche ? Il s’agit là d’un des pôles de la bataille mondiale en cours pour le lait entre les multinationales laitières, privées ou coopératives.

Dans ce contexte, quelle sera la place de la production laitière agropastorale ouest africaine ?

La production va-t-elle s’industrialiser autour des grandes villes ? Dans une situation de volatilité des prix, avec actuellement une surproduction mondiale et des prix bas, la volonté de certains gouvernements ouest-africains de développer des filières laitières locales va-t-elle résister à l’appétit des grandes firmes laitières européennes qui lorgnent sur l’Afrique ?

Télécharger l’étude: etude-lait-fr

 

SOS Faim soutient les producteurs de lait sénégalais

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Au Sénégal, le lait en poudre importé massivement d’Europe menace la sécurité alimentaire des petits producteurs qui n’arrivent plus à vendre leur lait sur les marchés locaux car ils ne sont pas armés pour concurrencer le lait européen. SOS Faim leur apporte une aide technique, financière et organisationnelle afin de leur donner les moyens d’affronter cette situation. Pour en savoir plus, découvrez notre article dédié aux éleveurs sénégalais.

22 èmes CONTROVERSES EUROPÉENNES DE MARCIAC  (29 ET 30 JUILLET 2016):

Elevage, Europe, représentation syndicale et politique, éducation, recherche… Avec quoi nous faut-il rompre pour réinventer l’avenir ?

Ma contribution :

Rompre avec…. le désenchantement de l’avenir

Rompre avec le productivisme, rompre avec les règles actuelles du commerce international agricole, rompre avec la vente à perte des producteurs, rompre avec l’addiction au pétrole de l’agriculture, rompre avec l’industrialisation de l’élevage – et la non prise en compte de ses externalités négatives-, rompre avec le hors-sol, rompre avec la cogestion de la politique agricole par la FNSEA et les gouvernements français, rompre avec les algues vertes sur les plages, rompre avec la sixième extinction de la biodiversité, rompre avec l’industrialisation du bio, rompre avec l’accaparement des terres en Roumanie, rompre avec les crevettes de la Mer du Nord épluchées au Maroc, rompre avec les cotisations volontaires obligatoires, rompre avec les agro-carburants ayant un rendement énergétique dérisoire ou négatif.

Rompre avec le prix du lait déterminé en Nouvelle-Zélande, rompre les négociations TTIP, rompre avec les animaux clonés, rompre avec les golfs mangeurs d’espace et buveurs d’eau, rompre avec les primes à la place des prix, rompre avec la financiarisation  de l’agriculture, rompre avec le pillage de l’Ukraine, rompre avec la fable des hybrides, rompre avec les ogm, rompre avec le poulet chloré, rompre avec les vins bourrés d’additifs, rompre avec les assurances à la place des prix, rompre avec le dumping fiscal, rompre avec les poules et lapins en cage, rompre avec le dogme de la compétitivité, rompre avec le non plafonnement des primes PAC, rompre avec l’illusion française de nourrir le monde, rompre avec l’addiction de l’élevage au tourteau de soja, rompre avec la financiarisation de la nature, rompre avec les grumes de hêtres wallons débités en Chine, rompre avec une PAC copiant avec retard les erreurs du Farm Bill américain.

Rompre avec les règles hygiénistes imposées aux petits artisans alimentaires, rompre avec le mythe de l’autorégulation des marchés agricoles, rompre avec le blanchiment du dumping par la boîte verte de l’OMC, rompre avec la fable du découplage des aides vis-à-vis de la production -soit disant non distorsives-, rompre avec le cauchemar de Darwin sur le lac Victoria, rompre avec la mer de plastique d’Almeria, rompre avec les antibiotiques sans modération, rompre avec le labour profond, rompre avec la monoculture, rompre avec l’élevage de ruminants sans pâturage, rompre avec le laxisme sur la loi nitrates, rompre avec un étiquetage national(iste) des produits agricoles qui ne tiendrait pas compte des modes de production, rompre avec le bradage de notre poudre de lait en Afrique, rompre avec la mort des abeilles, rompre avec le dumping social, rompre avec la spéculation sur les matières premières agricoles, rompre avec l’huile de palme dans l’alimentation.

Rompre avec la dérégulation des marchés, rompre avec le non labour + herbicides, rompre avec le marché des primes PAC, rompre avec les chassés-croisés entre postes à la Commission européenne et dans le business, rompre avec l’exploitation de migrants dans des « exploitations » agricoles, rompre avec l’érosion des sols agricoles, rompre avec le captage de la valeur ajoutée du travail agricole par l’amont et l’aval, rompre les accords dits de « partenariat » économique qui vont ruiner l’Afrique, rompre avec la délocalisation de nos productions de légumes, fleurs,… dans des pays à très bas salaire, rompre avec l’impunité des manifestants Fnsea détruisant des biens publics, rompre avec les oligopoles de la grande distribution, rompre avec le dumping à l’exportation -y compris avec les aides PAC découplées-, rompre avec la priorité à l’exportation, rompre avec la volatilité des prix agricoles.

Rompre avec les modes de production qui réchauffent le climat, rompre avec les épines de sang des roses coupées du Kenya, rompre avec le chauffage des serres avec des énergies fossiles, rompre avec des IGP trop laxistes sur les modes et lieux de production, rompre avec la concentration des abattoirs, rompre avec le modèle maïs-soja, rompre avec l’utilisation de sel sans modération dans l’industrie alimentaire, rompre avec la course à l’agrandissement des exploitations facilitée par la PAC, rompre avec la non reconnaissance économique, sociale et culturelle du travail paysan, rompre avec le glyphosate, rompre avec les zonings de supermarchés aux abords des villes et avec la désertification commerciale des villes petites et moyennes, rompre avec l’artificialisation des sols agricoles, rompre avec les accords dits de « libre »-échange, rompre avec la pollution des nappes phréatiques des bassins céréaliers intensifs, rompre avec …..,

mais

OUI à de nouvelles règles -solidaires cette fois- du commerce international agricole, aux légumineuses à la place du soja, à un revenu agricole fait d’abord de prix et non de primes, aux rotations obligatoires, à la diversification des cultures et des races d’élevage, à la régulation des marchés agricoles, aux primes par actif et non par hectare, aux semences paysannes, aux petits abattoirs mobiles, à la restauration scolaire bio et locale, aux jardins potagers dans les écoles, à l’élevage porcin de plein air, au non labour sans herbicides, à l’agriculture biologique paysanne, à l’agro-foresterie,

OUI au pâturage des ruminants, aux moutons à la place des canadair, aux fromages au lait cru, aux appellations d’origine protégée, à la solidarité au lieu de la concurrence, aux relations directes entre producteurs et consommateurs locaux, à la restauration de la matière organique dans les sols, à une juste répartition de la valeur ajoutée entre les producteurs et l’aval, à des exploitations agricoles à taille humaine et transmissibles, à la conservation et à la réhabilitation des zones humides, oui à une aquaculture durable sans farine de poisson,

OUI à une PAC nouvelle, solidaire, régulée, et pourvoyeuse d’emploi, aux marchés locaux-régionaux, oui à l’internalisation des externalités négatives des modes de production industrialisés, à un étiquetage de l’origine des produits et de leur mode de production, à la couverture des hangars agricoles de panneaux solaires -avec prêts à taux zéro remboursés par la vente d’électricité-, à un enseignement agricole basé sur l’agro-écologie, au pressage à la ferme d’huile  oléagineuse locale pour les machines de la ferme, oui à la lutte biologique, aux marchés fermiers, à une taille maximale d’élevage, oui à l’harmonisation fiscale et sociale par le haut dans l’UE, OUI à ….

Je vous invite à compléter ces deux parties

Gérard Choplin

analyste, rédacteur indépendant (politiques agricoles, alimentaires et commerciales)