Politiques agricoles, commerce international, souveraineté alimentaire, sécurité alimentaire, ,…: un blog de Gérard Choplin

article paru dans la revue Sesame, n°3 – mai 2018 – Une revue de la mission Agrobiosciences-INRA

Il y a 12 000 ans, alors qu’ils inventaient l’agriculture[1], nos ancêtres chasseurs-cueilleurs pouvaient admirer l’étoile polaire de l’époque[2], Vega, une jeune étoile née au temps terrestre des dinosaures et l’une des plus brillantes de notre ciel[3].

Vega

Le 17 août 2017, deux détecteurs d’ondes gravitationnelles[4] ont enregistré une bouffée d’ondes nées de la fusion de deux étoiles il y a 130 millions d’années : aussitôt, les télescopes du monde entier se sont tournés vers ce point du ciel, pour constater que cet évènement s’était accompagné de la production de milliards de milliards de tonnes d’or et de platine, minéraux dont on peinait jusque-là à expliquer la formation[5]. Nous savons aujourd’hui[6] que tous les éléments qui nous constituent nous, animaux, plantes, roches, etc. sont des poussières d’étoiles : nous sommes tous cousin-e-s des étoiles et galaxies qui nous entourent.

Admirer le ciel nocturne, c’est un peu dire bonjour à la famille.

Ajoutons un n à Vega, voici… vegan. Serait-ce un n de négation de ce cousinage ? Animaux et plantes doivent-ils fondamentalement être séparés? A-t-on peur de notre propre animalité ?[7]

S’il est humain de se projeter davantage dans un animal que l’on tue que dans un poireau que l’on arrache, si l’on ne voit pas les milliers de bactéries et de virus que l’on avale en croquant une pomme, cet anthropomorphisme ne justifie guère de condamner l’élevage et la consommation de produits animaux. Manger des animaux serait le mal et manger des végétaux serait le bien ?

Nous avons toutes les raisons de condamner l’industrialisation de l’élevage et les conditions actuelles d’abattage. Environnement, santé, qualité, éthique et territoires sont mis à mal par les pratiques actuelles de la filière animale et il est urgent de modifier les normes et les politiques agricoles qui ont conduit aux impasses actuelles, les éleveurs paysans en étant les premières victimes.

soya

De la même manière, l’agriculture industrialisée maltraite les plantes, les arrose de poisons chimiques et a fait régresser drastiquement la biodiversité. La question de la maltraitance animale et végétale par l’élevage et l’agriculture est une question en soi, indépendante de notre régime alimentaire.

epandage-pesticides

Vegan ?

Rappelons-nous d’abord que nous sommes des mammifères omnivores et, biologiquement, encore des chasseurs-cueilleurs[8]. On ne choisit pas sa biologie, même si les transhumanistes en rêvent.

Comme tout animal, nous ne savons pas tirer notre énergie du soleil par la photosynthèse et devons sacrifier d’autres êtres vivants (plantes, animaux, champignons, algues…) pour nous nourrir[9].

Nous pouvons choisir délibérément de modifier notre position biologique dans la chaîne alimentaire et de nous nourrir tous exclusivement de végétaux.

  • Pourquoi pas ? Plus d’un milliard d’hindous ne mangent pas de viande et se portent bien (ils consomment cependant des produits laitiers, des œufs et du miel, car ils ne sont pas vegan). Arrêter de consommer des produits animaux permettrait de libérer de grandes surfaces agricoles actuellement cultivées pour l’alimentation animale. On pourrait replanter nos prairies européennes en forêt : ce serait un bon puits de carbone, et, après tout, ces régions étaient autrefois souvent couvertes de forêt.
  • Pourquoi, pas ? Il existe dans le monde, et ici en Europe, de nombreuses régions dont l’économie dépend de l’élevage : nos montagnes moyennes d’Europe couvertes de prairies, le Sahel, le Tibet dont la vie dépend du yack, etc. Abandonner l’élevage et retourner à la forêt ferait disparaître la vie rurale de ces régions et tous les produits agricoles de qualité et diversifiés qui vont avec, sans compter le rôle du pâturage dans la prévention des incendies de forêt dans les régions sèches, ni le fait que les sols des prairies stockent aussi beaucoup de carbone.

Nous serions bien avisés de réduire significativement notre consommation de viande, de limiter strictement l’élevage des ruminants au pâturage, d’abandonner complètement l’élevage hors-sol, et de valoriser économiquement nos prairies et parcours pastoraux.

humain-animal- arji BeachVisualhunt, CC BY-ND

Laissons l’humain omnivore libre d’être carnivore, végétarien, végétalien, vegan, et respectons ce choix chez l’autre, à condition collectivement de mettre un terme au pillage actuel de la planète, à la disparition de l’élevage paysan durable, aux pesticides, au réchauffement climatique, et aux régimes alimentaires nuisibles à la santé.

Gérard Choplin, analyste-rédacteur indépendant (agriculture, alimentation, commerce), auteur de « Paysans mutins, paysans demain – pour une autre politique agricole et alimentaire » (Editions Yves Michel, 2017) – choplin.gerard@skynet.be

merci

 

Pour continuer le débat :

  • Article revue POUR, septembre 2017, de Philippe Pointereau (Solagro) : Diminuer sa consommation de viande et changer les modes de productions : une nécessité pour répondre aux enjeux climatiques et de santé publique.
  • Faut-il arrêter de manger des animaux ? documentaire de Benoît Bringer, France 5, 28 février 2018
  • Penser et agir avec la nature, une enquête philosophique, Catherine et Raphaël Larrère, éditions la découverte, 2015
  • Végano-sceptique, regard d’un éleveur sur l’utopie végane, Pierre-Étienne Rault, aux éditions Dauphin, 2017

[1]Nous savons aujourd’hui que l’élevage a commencé quelques milliers d’années auparavant : https://nmas1.org/news/2017/07/27/neolitico-pastoreo

[2] L’axe de rotation de la Terre n’est pas toujours dirigé vers la même étoile : dans l’hémisphère nord: hier Vega, aujourd’hui la petite Ourse, et Vega de nouveau dans 12 000 ans

[3] Vega est l’étoile la plus brillante de la constellation de la Lyre.

[4] Situés aux USA et en Italie, Ligo et Virgo sont opérationnels depuis quelques années.

[5] « Aux sources de l’or » – Sciences et Avenir – février 2018

[6] Hubert Reeves : Patience dans l’azur, Seuil, 1981

[7]Alicia Melchor Herrera, « Sobre moral, veganismo, ecologia, antiespecismo y produccion alimentaria », 2016, www.alciatravespantalla.blogspot.com

[8] Voir ma contribution aux controverses de Marciac 2017 : http://controverses-de-marciac.eu/les-contributions/les-contributions-2017/de-la-chasse-cueillette-aux-drones-lhomme-finira-t-il-en-lemming/

[9] Lire Emanuele Coccia, La vie des plantes – une métaphysique du mélange, Payot et Rivages, 2016

Communiqué de presse
Comité européen des Régions

Bruxelles, le 9 mars 2018

 

L’Union européenne est le premier importateur et exportateur mondial de denrées alimentaires. En même temps, les producteurs agricoles européens font face à des prix agricoles souvent inférieurs à leurs coûts de production, tandis que les producteurs des pays en développement subissent la concurrence déloyale d’importations qui entravent leur accès au marché.
 Sont d’abord en cause les règles actuelles du commerce international agricole, celles de l’Accord sur l’agriculture intégré aux accords de l’OMC de 1994. La conférence organisée par le Comité européen des régions (CdR) le 8 mars à Bruxelles en a débattu avec des experts du monde académique, agricole et des représentants institutionnels de la Commission et du Parlement européens.

Rappelant les conséquences des règles actuelles du commerce international sur nos territoires ruraux,  Christophe Clergeau (FR/PSE), membre du Conseil régional Pays-de-la-Loire, Vice-Président de la commission des ressources naturelles au CdR, a appelé l’UE, premier acteur alimentaire mondial, à engager un débat de fond sur ces règles, pour instaurer un commerce international plus juste et solidaire qui garantisse le maintien de l’agriculture sur l’ensemble des territoires autant en Europe que chez ses partenaires.

 Olivier De Schutter, co-président du Panel international des experts sur les systèmes alimentaires durables (IPES-food) a encouragé les acteurs politiques à « sortir de l’alternative binaire entre libre-échange des produits agricoles et protectionnisme »: « Pourvu que l’on prenne au sérieux l’exigence de cohérence des politiques en faveur du développement, et que l’on aligne le contenu des traités commerciaux et les politiques commerciales sur les normes sociales et environnementales qui définissent le commerce équitable, le commerce peut servir le développement humain ».

Pour Maria Heubuch (DE/Greens-EFA), Vice-Présidente de la délégation pour les relations avec le Parlement panafricain du Parlement européen il faut une réorientation de la politique commerciale: l’UE doit jouer un rôle pilote dans la construction d’un système commercial multilatéral avec de normes sociales et environnementales fortes. Plutôt que d’orienter la politique agricole vers l’exportation, il faut soutenir systématiquement les exploitations paysannes agro-écologiques ainsi que les circuits économiques régionaux dans l’UE et les pays partenaires.

Maria Arena (BE/PES) rapporteure au Parlement européen sur les répercussions du commerce international et des politiques commerciales de l’Union européenne sur les chaînes de valeur mondiales a indiqué: « Nous avons besoin de revoir les règles de l’OMC pour qu’elles soient plus justes. Mais l’OMC n’est pas suffisante. Jusqu’à présent elle a négligé les dimensions sociale et environnementale de l’agriculture. Je plaide pour une étroite coopération entre l’OMC, la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement[ (CNUCED) et la FAO pour construire une Politique Alimentaire et Agricole qui respecte les orientations et les besoins des Etats et des populations locales ».

Pour Ibrahim Coulibaly, Président de la Coordination nationale des organisations paysannes (CNOP) du Mali,  » les politiques de libéralisation forcée et les accords de libre échanges qui ont suivi ont créé le désespoir chez les paysans africains et le désintérêt des jeunes pour ce secteur qui finissent pour émigrer en Europe ou troquent leurs bâtons de berger ou leur houe contre des Kalachnikov et se retournent contre leur pays. Il est temps de revenir à une intelligence collective et de donner une réelle chance à chacun pour un monde qui veut vivre en sécurité ».

http://cor.europa.eu/fr/news/Pages/Changer-les-regles-du-commerce-international.aspx

Informations complémentaires:

Avis du CdR sur « La PAC post 2020 » et sur « La régulation de la volatilité des prix agricoles »

Contact:
Wioletta Wojewodzka

Tel. +32 2 282 22 89

wioletta.wojewodzka@cor.europa.eu

          Le Comité européen des régions

Le Comité européen des régions est l’assemblée des représentants des pouvoirs locaux et régionaux des 28 États membres de l’Union européenne. Créé en 1994 à la suite de la signature du traité de Maastricht, il a pour mission d’associer les collectivités régionales et locales au processus décisionnel de l’UE et de les informer de ses politiques. Le Parlement européen, le Conseil et la Commission européenne ont l’obligation de consulter sur les politiques ayant un impact sur les régions et les villes. Pour siéger au Comité des régions, ses 350 membres et leurs 350 suppléants doivent tous être, dans leur région ou commune, soit titulaires d’un mandat électoral, soit politiquement responsables devant une assemblée élue. Plus d’informations sur votre délégation nationale.

 

 

La suspension de l’intervention sur la poudre de lait maigre adoptée par le Conseil des ministres le 29/ 01/18 est une très mauvaise nouvelle pour les éleveurs laitiers et pour l’Europe. Elle va précipiter la crise et non pas l’éviter comme voudrait le faire croire la Commission (1). En effet l’intervention, dernier filet de sécurité pour soutenir les prix, s’avérait encore plus indispensable face à la surproduction laitière de ce printemps 2018. Annoncée fin janvier pour application au 1er mars, cette suspension de l’intervention ne peut rien changer, ni sur les volumes de production, ni sur les fabrications de poudre des prochains mois. Par contre son coût est transféré du budget européen à celui des transformateurs qui assureront le stockage à leurs frais et ce sont les éleveurs qui paieront l’addition par la chute du prix du lait.

exploitation laitière

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Bref rappel sur l’intervention et sur l’origine des stocks de poudre de lait

Le stockage public via l’intervention est l’une des dernières mesures restantes de la politique laitière  des débuts de la PAC. Cette intervention porte principalement sur les deux parties utiles du lait,  le beurre et le lait écrémé, ce dernier sous forme de poudre après séchage, ces deux produits étant alors facile à stocker, à transporter et pouvant être  facilement réutilisés par la suite. Le prix d’intervention avait été fixé à un niveau assez élevé dans la période d’avant quota puis maintenu jusqu’à la décision de sortie des quotas en 2003. Depuis, le prix seuil déclenchant les achats publics a été   nettement abaissé; il est actuellement de 1700€ par tonne de poudre de lait écrémé (PLE ou poudre maigre) et de 2770€ par tonne de beurre (valeurs arrondies). Cela correspond à un prix du lait reconstitué à 220€ par tonne, ce qui est très en dessous des coûts de production de la très grande majorité des éleveurs européens. Ces coûts se situent  plutôt entre 350 et 400€ /t, à l’exception des Irlandais dont les coûts sont inférieurs de l’ordre de 100€ /t en raison d’un climat très favorable au pâturage et d’un modèle de conduite très simplifié.

La suppression des quotas en avril 2015 a relancé la croissance laitière et par suite la surproduction dans toute l’Europe, entrainant la chute des prix sur le marché mondial et à la ferme. En 2015 le prix de la poudre avait fortement baissé sans franchir le seuil de l’intervention. Par contre en 2016 les cours mondiaux et européens de la PLE sont tombés en dessous du seuil de 1700€/t, entrainant des achats massifs pour le stockage public et dépassant rapidement le plafond communautaire des 109 000 tonnes de PLE.  Au cours du 1er semestre, sur proposition du Commissaire Hogan, le Conseil accepta alors d’augmenter le plafond par deux fois (expliquant les stocks actuels), écartant  l’option d’un soutien à la réduction de la collecte. Ce n’est qu’en Juillet 2016 que le Commissaire a proposé  et le Conseil a  décidé  l’aide à la réduction volontaire des livraisons, qui a été mise en route dès octobre. Cette mesure a connu un large succès auprès des éleveurs européens et a  bien contribué au redressement des prix en 2017. C’est dans ce contexte qu’il convient d’analyser la pertinence de la suspension de l’Intervention en 2018, sans autre proposition que celle de l’autorégulation au sein de la filière ! Après l’abandon des quotas au nom de la compétitivité pour conquérir le marché mondial, donc en jouant la concurrence de tous contre tous, la Commission vient de retirer le dernier filet de sécurité pour les éleveurs, en suspendant l’intervention.

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Reprenons l’analyse dans le bon ordre.

  1. Face à la surproduction, la régulation de la production laitière est indispensable mais la Commission n’en veut pas.

La croissance de la production a repris  en Europe  et dans le monde alors que celle de la demande est revue à la baisse. Au cours du dernier trimestre 2017 la collecte des 28 pays de l’UE a dépassé de plus d’un million de tonnes toutes les prévisions. Et ce surplus d’un trimestre UE correspondrait à la croissance annuelle  du marché mondial attendue pour la prochaine décennie, d’après les prévisions de la Commission elle même, celle ci reconnaissant enfin que le  Marché Mondial n’est plus la voie royale pour ce secteur. Dans ce nouveau contexte, l’UE étant un des acteurs majeurs de la production laitière mondiale, la réduction temporaire volontaire ou obligatoire des livraisons permettant de mieux réguler les volumes et les prix devient incontournable.

Mais  le Commissaire Phil Hogan pariant toujours sur le grand  export, a refusé d’inclure cette mesure de régulation temporaire dans le règlement Omnibus malgré la demande du Parlement Européen et du Comité des Régions. Hogan n’a rien appris de la crise précédente: en  2015 il l’avait tout simplement niée ; en 2016, il a privilégié le stockage massif de poudre plutôt que de limiter la collecte. Ce n’est qu’en juillet 2016 qu’il a enfin proposé une aide à la réduction volontaire de livraison, seule mesure efficace pour redresser les cours du marché. Elle fut aussi peu coûteuse (150 M€ proposés dont 110 M € utilisés)  par rapport au milliard d’euros  distribué par la Commission et plusieurs autres milliards distribuées par les différents pays qui n’ont fait que prolonger la crise.

 

  1. Aujourd’hui, la première mesure pour assainir le marché, c’est le dégagement des vieux stocks de poudre de lait qui pèsent lourdement sur les cours européens et mondiaux. Le retrait de ces stocks de poudre doit rester une mesure exceptionnelle et urgente pour corriger des mauvais choix faits en 2015 et 2016 en augmentant les plafonds de stockage pour l’intervention au lieu de réduire la collecte. Ces stocks étant  bientôt en limite de péremption pour l’alimentation humaine il faut examiner toutes les solutions, du moins pour les 300 000 t de poudre les plus anciennes sur les 380 000 t stockées pour l’intervention. Il faut impérativement les sortir du marché classique et soutenir leur utilisation pour l’aide alimentaire mondiale et pour l’alimentation animale,  en rendant son prix attractif pour les fabricants d’aliment du bétail.

 

  1. La suppression de l’intervention pour la saison 2018, sans les deux mesures précédentes, est non seulement contre productive, c’est une faute politique. Parce qu’il ne faudrait plus grossir les stocks, la Commission ferme le guichet, sans se soucier des conséquences ou pire en affirmant des contre-vérités pour se justifier (1). En suspendant l’intervention pour ce printemps pour nos surplus de «poudre fraiche», sans résoudre le problème des vieux stocks et sans mesure d’accompagnement pour réduire la production, cela se traduira par une «double» chute du prix du lait. Ainsi, le Commissaire Hogan, sous prétexte de bonne gestion budgétaire, a demandé la «double peine » pour les éleveurs, alors que la « faute» lui revient largement. Et le Conseil des 28 ministres l’a suivi et a adopté cette sentence. Comment et pourquoi nos ministres de l’agriculture se sont-ils fait piéger par cette proposition ultralibérale et cynique par ses conséquences immédiates pour les éleveurs? Le Conseil des ministres doit maintenant reprendre le dossier en imposant le dégagement des vieux stocks et en restaurant  l’intervention, certes coûteuse et ne freinant pas la production donc nécessairement couplée à une régulation européenne de la production. La réduction volontaire aidée de l’automne 2016 a montré que c’était faisable, efficace et peu coûteux. De nombreuses organisations européennes et nationales se mobilisent sur cette même revendication. Le Comité Européen des Régions (2) et l’EMB (3) se sont positionnés très clairement ce début février pour exiger le retour à une régulation de l’offre assortie de moyens d’accompagnement. A défaut  d’être entendues à temps, les manifestions et les violences reprendront, fragilisant encore un peu plus les régions d’élevage; du pain béni pour les europhobes en cette année pré-électorale.

 

André PFLIMLIN,  03/02/ 2018 ; pflimlin.andr@orange.fr

Auteur de : Europe laitière, valoriser tous les territoires pour construire l’avenir ;A Pflimlin, Ed France Agricole  2010 ; 310 p

Expert Lait  auprès du Comité Européen des Régions

NB : Ce texte s’appuie sur une analyse plus complète diffusée le 22/01/ 2018 : Comment éviter une nouvelle crise laitière en 2018 ? A Pflimlin 7p. disponible sur http://mars-asso.fr/page-des-billets/

(1) CP du Conseil du 29 /01/18. « Afin d’éviter une chute des prix  et partant une aggravation du niveau de vie des agriculteurs,  la Commission a proposé et le conseil a décidé de renoncer à l’achat automatique de PLE » donc à l’intervention  au prix de 1700€ /t ! Depuis toujours le stockage public doit soulager le marché  pour maintenir les prix  mais  d’après Hogan ce serait l’inverse !

(2) COR. Europa.eu/fr/ ;  CoR/18/022 du 01/02 / 2018 : http://cor.europa.eu/fr/news/Pages/crise-laitiere.aspx

(3) Déclaration de l’European Milk Board par rapport à la décision du Conseil sur l’intervention lait en poudre

http://www.europeanmilkboard.org/fr/special-content/actualites/news-details/article/statement-of-the-european-milk-board-on-the-council-decision-on-intervention-skimmed-milk-powder.html?cHash=edb9a248f8b3dbcc76b617ed0f449de7

 

Appel de Henri Lecloux (Belgique)

Tous les indicateurs nous annoncent de nouveaux excédents de lait qui vont, une nouvelle fois, toucher les producteurs. Cette crise du lait va menacer l’existence de la plupart d’entre eux, mais aussi rendre difficile, voire impossible, la transmission aux jeunes générations. Cette crise va engendrer de nouveaux drames familiaux et va mettre en danger nos territoires.

lactis

Tous les grands pays producteurs de lait de l’U.E. ont reconstitué leur cheptel et augmentent leur production de manière importante. L’augmentation cumulée de septembre 2016 à septembre 2017 est de +/- 439.000 tonnes. La poursuite de cette courbe ne peut changer au plus tôt avant l’été 2018.

De plus, tous les pays exportateurs mondiaux sont eux aussi en croissance.

Au stade où nous en sommes, l’effondrement des prix est prévu pour le printemps prochain. Or, des solutions existent  si nous agissons maintenant !

Comment ? En activant des instruments de crise pour réguler les surplus à venir. Or, ces instruments ont été proposés à la Commission mais n’ont pas été retenus. En effet, la réforme Omnibus votée en novembre ne les a pas prévus. L’UE remet en avant le paquet-lait, avec comme seul « fer de lance » l’organisation des producteurs (OP). Or, nous le savons tous, les OP n’ont aucun poids ni sur les volumes ni sur les prix.

La Commission ne tire aucune leçon des crises précédentes. La souffrance vécue dans les familles, les suicides chez les éleveurs, les jeunes qui se détournent du métier, faute de perspective de revenu et d’une vie digne, n’interpellent pas la Commission.

Et que dire des stocks de poudre de lait (350.000 tonnes) ! Les paysans et paysannes du sud voient arriver de la poudre de lait exportée chez eux à des prix en dessous de leurs coûts de production. Ils sont contraints de grossir les bidonvilles, voire d’émigrer vers l’Europe.

L’orientation actuelle de la Commission va prioritairement dans le sens d’une exportation vers les pays extra-européens et d’une mise en place de nouveaux accords de « libre » échange. Pour y parvenir, il est dans son intérêt que les prix soient bas dès le départ, chez les producteurs. Cette orientation est intenable.

La Commission reste sourde aux multiples appels des producteurs et des citoyens, mais reste à l’écoute des industriels de l’agroalimentaire. Elle sacrifie les producteurs sur l’autel « du dieu » du tout au marché.

Oui, nous pouvons éviter cette nouvelle crise en donnant priorité à la mise en place d’outils de régulation, en rendant rentable une multitude de fermes à taille humaine, en permettant aux fermes de prioriser la fonction nourricière de la population européenne, en soutenant des fermes qui font pâturer leurs vaches sur tous les territoires. Pas de lait sans pâture !

La Commission européenne doit avoir des indicateurs qui prennent les coûts de production en compte, qui englobent les piliers du développement durable, les accords sur le climat, les modèles agricoles qui permettent une vie digne des paysans.

La Commission doit envisager que le prix du lait soit calculé à partir de l’ensemble des valorisations du lait et non uniquement sur le beurre et sur la poudre, qui ne représentent que 25% des valorisations totales.

Il reste à souhaiter que l’impact de la contamination (par des salmonelles) des poudres de lait infantiles du géant Lactatis ne brise pas la confiance de nos importateurs.

Cette crise rappelle que miser prioritairement sur l’export est vulnérable. Elle nous prouve également que la grande industrie laitière n’est pas nécessairement un gage de sécurité en termes d’alimentation.

Il est urgent pour l’UE de tirer les leçons des crises précédentes et de suivre les recommandations du Comité européen des Régions en faveur de la régulation du marché. Puisse l’UE et toutes les instances politiques bien mesurer les enjeux qui se profilent à l’horizon.

Henri Lecloux.

Janvier 2018

 

Pour sauver l’agriculture paysanne,

changeons les règles actuelles du commerce international agricole

 

12 décembre 2017

Lettre ouverte aux gouvernements réunis à Buenos Aires à la conférence ministérielle de l’OMC

Alors que nous faisons face à des défis majeurs en termes de sécurité alimentaire, changement climatique et transition écologique, nos politiques agricoles restent formatées par des règles du siècle passé. C’est le cas en particulier des règles du commerce international agricole, adoptées à Marrakech en 1994 et qui ont conduit à la création de l’OMC en 1995.

Ces règles ont des effets destructeurs pour les paysanneries du Nord comme du Sud : industrialisation des modes de production, accaparement des terres, financiarisation de l’agriculture, dumping économique, social et environnemental. Elles renforcent le pouvoir des sociétés transnationales, imposent des techniques de production qui nuisent aux écosystèmes et elles dégradent les régimes alimentaires. Elles ruinent les exploitations paysannes, pourtant à même de nourrir correctement la population et de préserver durablement la planète.

soya

Le bon sens voudrait que la priorité d’une bonne politique agricole soit de nourrir la population ; pourtant c’est plutôt la « compétitivité sur le marché international » qui sert aujourd’hui de moteur des politiques agricoles. L’Union européenne, par exemple, est ainsi devenue première importatrice et première exportatrice alimentaire mondiale. Faut-il en être fier ? Le haut degré de dépendance de l’agriculture et de l’alimentation vis-à-vis de l’extérieur nous laisse à la merci d’aléas géopolitiques et, par la multiplication de transports inutiles, contribue aussi au réchauffement climatique. Elle contribue aussi à maintenir les agricultures du Sud dans la position de producteurs de matières premières à bas prix.

Lorsque des porte-conteneurs européens remplis de pommes pour la Chine croisent dans l’Océan indien des porte-conteneurs chinois remplis de pommes pour l’Europe, la planète chauffe, et certaines firmes s’enrichissent au détriment des producteurs.

Le récent livre de Jean-Baptiste Malet[1] sur le circuit mondial du concentré de tomates est un bel exemple de l’absurdité sociale et écologique des règles actuelles. Les firmes transnationales produisent là où les coûts de production sont les plus bas, pour vendre là où leurs marges bénéficiaires sont les plus grandes. On a ainsi mondialisé les marchés agricoles, entraînant les agriculteurs dans une spirale mortifère de baisse des coûts-baisse des prix.

A la base de ces règles (négociation de l’Uruguay Round, 1986-1994), les deux grandes puissances exportatrices agricoles de l’époque, USA et UE, ont réussi à blanchir le dumping de leurs excédents – bradés à bas prix vers les pays tiers- en remplaçant les subventions à l’exportation par des subventions aux exploitations agricoles découplées de la production. Ces subventions sont notifiées dans la fameuse boîte verte à l’OMC, qui n’est pas soumise à restriction et n’est pas visée par les discussions en cours à l’OMC

Les règles de l’OMC permettent à l’UE et aux USA de fournir des matières premières agricoles à l’agro-industrie et à la grande distribution à des prix souvent inférieurs au coût de production, en subventionnant les exploitations pour qu’elles continuent quand même à produire et à vendre à perte. Ces règles leur permettent aussi d’exporter vers des pays tiers pauvres incapables de subventionner leur agriculture. C’est une forme d’accaparement des marchés qui est institutionnalisée par les règles de l’OMC.

Pour le producteur de mil du Sénégal, par exemple, les farines européennes qui arrivent dans le port de Dakar sont une concurrence déloyale. Ces farines sont vendues à des prix inférieurs aux coûts de production européens, rendus possibles par les subventions de l’UE. Peu importe si ces subventions sont dans la boîte bleue, jaune ou verte de l’OMC : ces farines, comme avant l’Uruguay Round,  sont vendues sur les marchés africains à des prix qui concurrencent déloyalement les producteurs de céréales locales. Le Commissaire européen à l’Agriculture et au développement rural Phil Hogan rétorquera que les subventions de la boîte verte n’ont pas d’effet distorsif sur les échanges : ce serait vrai si les produits issus des exploitations européennes n’étaient pas exportés. Sans ces subventions, un grand nombre d’exploitations de l’UE et des pays « développés » utilisant la boîte verte seraient en faillite. Il y a bien un effet distorsif par accroissement de la capacité de production et d’exportation.

Il est donc urgent de remettre en cause les règles actuelles du commerce international  et d’établir des règles justes et solidaires adaptées aux défis de ce siècle. A notre avis, ces règles doivent répondre aux objectifs de souveraineté alimentaire, c’est-à-dire permettre aux Etats/Régions de définir leur politique agricole et alimentaire adaptée à leur contexte et leurs besoins, sans nuire aux économies agricoles des pays tiers, et intégrant d’autres priorités comme l’alimentation des populations locales, la valorisation des producteurs alimentaires, le travail avec la nature, etc…(comme souligné dans les 6 piliers de la déclaration du forum Nyeleni en 2007).

Il faut remettre le commerce international agricole à sa juste place, ni plus ni moins. L’import-export ne doit plus être la priorité des politiques agricoles, mais le complément de politiques axées d’abord sur une production agricole destinée à nourrir la population locale, nationale, régionale.

Mais les discussions au sein de l’OMC et l’ordre du jour de la conférence ministérielle en matière de réduction du « soutien interne » n’avancent pas dans ce sens, l’UE et les USA refusant de mettre les soutiens de la boîte verte en question. Nous appelons les gouvernements réunis à Buenos Aires à prendre la mesure des vrais enjeux et établir les bases de nouvelles règles, qui permettront des échanges internationaux plus coopératifs et d’autres politiques agricoles nationales et régionales.

Nous appelons les organisations paysannes, juristes, économistes, ONG à travailler ensemble à des propositions concrètes de nouvelles règles du commerce international agricole qui permettent aux agriculteurs du nord et du sud de vivre dignement de leur travail, d’avoir accès à leur marché local, de produire une alimentation saine et nutritive, de diminuer le réchauffement climatique et d’enrayer le déclin de la biodiversité grâce à des pratiques agricoles agro-écologiques.

Michel Buisson, auteur de ‘Conquérir la souveraineté alimentaire’ Harmattan, 2013

Gérard Choplin, analyste indépendant sur les politiques agricoles, auteur de ‘Paysans mutins, paysans demain-Pour une autre politique agricole et alimentaire’ Editions Yves Michel, 2017

Priscilla Claeys, Senior Research Fellow in Food Sovereignty, Human Rights and Resilience, Centre for Agroecology,Water and Resilience (CAWR), Coventry University (UK) and author of “Human Rights and the Food Sovereignty Movement: Reclaiming Control”, Routledge, 2015.

 

Co-signataires (ordre alphabétique, en gras = personne ou organisation signataire )

Agroecopolis – The Hellenic Network for Agroecology, Food Sovereignty and Access To Land, Greece

Aide au Développement, ADG, Gembloux, Belgique

ASEED, The Netherlands

 

Tony Allan, Prof. King’s College London.  Stockholm Water Prize Laureate 2008

Jean-Jacques Andrien, cinéaste, Belgique

Eric Andrieu, député européen, groupe Socialistes & Démocrates  S&D, France

Asian Peasant Coalition, APC

Francesco Benciolini, paysan de Associazione Rurale Italiana, Italia

Jacques Berthelot, agroéconomiste, analyste bénévole des politiques agricoles pour les organisations paysannes et ONG du Nord et du Sud, France

Michel Besson, co-auteur de “La bio, entre business et projet de société”, Editions Agone, 2013, et membre du bureau des  Amis de la Confédération paysanne, France

Patrice Burger, Centre d’Actions et de Réalisations InternationaIes, CARI, France

BEES coop – Coopérative Bruxelloise, Ecologique, Economique et Sociale, Belgique

José Bové, député européen, groupe Verts-Alliance libre européenne, France

Lijbert Brussaard, Professor emeritus, Soil Biology and Biological Soil Quality, Wageningen University & Research

Guillaume Chomé, ing. agronome, Belgique

Corporate Europe Observatory, CEO

Ibrahima Coulibaly, président de la Coordination nationale des organisations paysannes du Mali, CNOP

Guillaume Cros, vice-président Eelv du conseil Régional d’Occitanie, membre du Comité européen des régions

Cultivate!, the Netherlands

Olivier de Schutter, former United Nations Special Rapporteur on the right to food (2008-2014)

Benoît De Waegeneer, Thematic Officer Sustainable Food System, Oxfam-Solidarité

Stéphane Desgain, chargé souveraineté alimentaire, CNCD-11.11.11, Belgique

Jan Douwe van der Ploeg, emeritus professor Wageningen University, the Netherlands

Marc Dufumier, Auteur de Famine au Sud, Malbouffe au Nord, Edition NiL, 2012.

Patrick Dupriez, co-président Ecolo, Belgique

Marc Edelmann, Professor of Anthropology, Hunter College and the Graduate Center, City University of New York

 

Escuela Agroecológica y Política “Machete y Garabato”, Ecuador

Farmers For Action, UK

FIAN Belgium

FIAN Ecuador

Simon Fairlie, The Land magazine, UK.

Pierre Galand, président du Forum pour un Contrat de Génération Nord Sud asbl, Belgique

Fuensanta García Orenes, Responsible of environmental area of Miguel Hernandez University (Elche-Spain) and researcher of ISQAPER project.

Susan George, Fellow of the Royal Society of Arts, FRSA, Ph.D.  Ecrivain

Michèle Gilkinet, MPOC, mouvement politique des objecteurs de croissance, Belgique

Bruno Goffart, administrateur Wwoof Belgium

Christophe Golay, auteur de « Droit à l’alimentation et accès à la justice », Bruylant, 2011

Jean-Claude Grégoire, ing. agronome, professeur honoraire à l’Université libre de Bruxelles

Elizabeth Henderson, organic farmer, Newark, New York, US

Danielle Hirsch, Director, Both ends, The Netherlands

Anita Idel, Dr. med. vet., Mediation and Project Management Agrobiodiversity, Feldatal (Germany)

Michel Installé, professeur émérite, Université catholique de Louvain

Instituto de Estudios Ecuatorianos, Ecuador

Intal Globalize Solidarity, Belgique

Kilusang Magbubukid ng Pilipinas, KMP

Nicolas Jaquet, Président de l’Organisation des Producteurs de Grains, France

Michel-Jean Jacquot, ex-directeur du Fonds européen d’orientation et de garantie agricole, FEOGA,UE

Thierry Kesteloot, chargé de plaidoyer sur les politiques agricoles et alimentaires à Oxfam-Solidarité, Belgique

Marie-Paule Kestemont, professeur, Université catholique de Louvain

Jean-Christophe Kroll, enseignant-chercheur en Economie et politique agricole, professeur émérite de l’enseignement supérieur agronomique, membre de l’Académie d’Agriculture, France

Tom Kucharz, Ecologistas en Acción (Spain)

Landworkers’ Alliance, UK

Bernard Lannes, Président de la Coordination Rurale Union nationale, France

Paul Lannoye, Député européen honoraire, Président du Grappe asbl

Latin America Solidarity Centre, LASC, Ireland

Henri Lecloux, agriculteur retraité, Belgique

Patrick Le Hyaric, député européen, Vice-président, groupe Gauche unitaire européenne/Gauche verte Nordique,

Laurent Levard, co-animateur agriculture de la France insoumise

René Louail, ancien membre du Comité de coordination de la Coordination européenne Via campesina, France

Gustave Massiah, économiste, France

Alicia Morugan Coronado, environmental researcher of ISQAPER Project, Spain

Mouvement d’Action Paysanne, MAP, Belgique

Mouvement Rural de Jeunesse Chrétienne, MRJC, France

National Family Farm Coalition, NFFC, USA

Maria Noichl, Mitglied des Europäischen Parlaments, S&D, Österreich

Kaul Nurm, Former secretary general of the Estonian Farmers Federation

Observatorio del Cambio Rural , OCARU, Ecuador

Chris O’Connell, PhD researcher, Dublin City University, Ireland

Österreichische Bergbauern Vereinigung, ÖBV-Via Campesina Austria

Torgny Östling, dairy and forest farmer, Nordbruk, Swedish organisation of Via Campesina

Maurice Oudet, président du Service d’Editions en Langues Nationales, SEDAN, de Koudougou au Burkina Faso

Raj Patel, Research Professor, L.B. Johnson School of Public Affairs, The University of Texas at Austin, USA

Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération Paysanne, France

Platform Aarde Boer Consument, the Netherlands

RIPESS intercontinental, Réseau Intercontinental pour la Promotion de l’Economie Sociale et Solidaire

Catherine Ronse, artisane en boulangerie, Belgique

Sir Julian Rose, Jadwiga Lopata, President/Vice President, International Coalition to Protect the Polish Countryside

Laurence Roudart, professeur, Université libre de Bruxelles

Seattle to Brussels Network – S2b

SOMO,  Centre for Research on Multinational Corporations

Michel Sorin, ingénieur agronome, membre du Mouvement Républicain et Citoyen,MRC 53, et à Réseau CiViQ

SOS Faim, Belgique

Marc Tarabella , député européen, groupe S&D , Belgique

Mark Tilzey, Senior Research Fellow, Governance of Food Systems for Resilience Centre for Agroecology, Water and Resilience Coventry University, UK

Toekomstboeren, The Netherlands

Aurélie Trouvé, porte-parole d’ATTAC France

URGENCI, International network of Community Supported Agriculture

Védegylet Egyesület, Hungary

Women’s International League for Peace and Freedom, Dutch section, WILPF-NL

Arnaud Zacharie, secrétaire général du Centre national de coopération au développement, CNCD-11.11.11, Belgique

1] « L’empire de l’or rouge, enquête mondiale sur la tomate d’industrie » – Fayard – 2017

Les élus locaux et régionaux alertent contre le risque de renationalisation de la PAC

Réagissant à la communication de la Commission européenne sur le futur de l’agriculture et de l’alimentation, le Comité européen des Régions (CdR) estime que les initiatives proposées restent insuffisantes  pour répondre aux défis auxquels sont confrontés les agriculteurs et les territoires ruraux. Il regrette notamment l’absence de volonté de réguler les marchés, la marche arrière opérée sur le plafonnement des paiements directs et le risque de renationalisation de la Politique agricole commune (PAC).

Alors que la Commission vient d’adopter une communication sur le futur de l’agriculture et de l’alimentation, le Président du CdR, Karl-Heinz Lambertz (BE/PSE) salue la proposition de renforcer la synergie entre la PAC et la politique de cohésion de l’UE, et la possibilité pour les politiques européennes de contribuer davantage au développement des zones rurales, conformément aux attentes des élus locaux et régionaux. « Ces propositions contribueront à maintenir l’agriculture sur l’ensemble des territoires et à conserver un tissu rural vivant, afin de répondre à l’objectif de cohésion territoriale inscrit dans le traité de Lisbonne « . Le Président regrette cependant que la Commission ne s’engage toujours pas en faveur d’un Agenda rural européen, comme déjà demandé à plusieurs reprises par le Comité.

Concernant le financement de la PAC, le CdR se félicite de la proposition de laisser plus de flexibilité aux États membres afin qu’ils puissent transférer davantage de fonds du premier pilier (soutien des marché et aides directes) vers le second (politique de développement rural), sans obligation de cofinancement. Il déplore cependant que la Commission ait fait marche arrière sur l’affirmation du rejet d’un cofinancement national du premier pilier. Un tel cofinancement reviendrait à opérer une renationalisation de facto de la PAC et défavoriserait les agricultures des États les plus pauvres de l’UE. Il regrette par ailleurs que le plafonnement à 60-100.000 euros de paiements directs par exploitation, nécessaire pour une PAC juste, ne soit plus mentionné dans le document de la Commission.

Concernant l’organisation commune des marchés, la Commission européenne juge apparemment suffisantes les modifications apportées par l’adoption des règles financières applicables au budget général de l’Union. Or, si le règlement Omnibus donnera plus de pouvoir aux organisations de producteurs grâce à une interprétation plus souple et uniforme des règles de la concurrence au sein de l’Union, il ne sera pas suffisant pour prévenir et faire face à la grande volatilité des prix agricoles incompatible avec une bonne résilience des exploitations agricoles. Le rapporteur du CdR sur l’avenir de la politique agricole commune après 2020, Guillaume Cros (FR/PSE), Vice-président du Conseil Régional d’Occitanie, souligne à ce propos que « la régulation des marchés  est plus efficace et moins coûteuse que le déclenchement de mesures de crises à posteriori et que la fausse solution d’assurances-revenu profitera davantage aux assurances qu’aux agriculteurs ».

Bruxelles, le 29 novembre 2017

Controverses européennes de Marciac 2017

La nature, la technique, et l’Homme : la guerre des trois aura-t-elle lieu ?

http://controverses-de-marciac.eu/les-contributions/les-contributions-2017/de-la-chasse-cueillette-aux-drones-lhomme-finira-t-il-en-lemming/

De la chasse-cueillette aux drones, l’Homme finira-t-il en lemming ?

Après environ trois cent mille années où il a cueilli et chassé sa nourriture, Homo Sapiens[1]  invente l’agriculture, il y a douze mille ans, dans des plaines où il a domestiqué le blé, le riz, ou le maïs. Sa population, fixée, bénéficie alors d’une nourriture plus abondante et s’accroit fortement ; mais son espérance de vie baisse : bactéries et virus pathogènes aiment bien que leurs cibles se ressemblent et s’entassent.

Après des siècles de développement technologique et deux cents ans de civilisation thermo-industrielle et parfois de « délire technophile »[2], notre alimentation n’a plus grand-chose à voir avec la nature, que l’Homme a mise en coupe réglée, quand il ne l’a pas taillée en pièces.

Aujourd’hui nous savons que mêmes les plantes sont à leur manière intelligentes, qu’elles communiquent, qu’elles sont capables de stratégies très efficaces contre leurs prédateurs[3]. Nous savons que nous, humains, sommes faits des mêmes atomes issus des étoiles que les pierres, l’air, l’eau, nos tracteurs… et tous les êtres vivants. Et notre corps est en échange permanent, par l’alimentation, la respiration, avec toutes ces formes de « matière ». Manger, c’est manger le monde, c’est le faire entrer en soi… C’est «sacré».

Pourtant nous avons largement oublié ces racines essentielles. Notre alimentation s’est, pour beaucoup d’humains, coupée de l’agri-culture et l’agriculture « modernisée », technicisée, cherche à contrôler la nature, quant elle ne cherche pas à s’en passer.

« Les légumes sous lampes led, hors-sol, dans des tours urbaines me saisissent d’effroi : peut-être est-ce la préparation de notre départ pour la Lune ou Mars lorsqu’on aura grillé la Terre ? »[4]

L’humain se croit souvent supérieur à tout le reste et refuse à se considérer comme partie de la nature, sans se rendre compte que l’extinction rapide de la biodiversité qu’il provoque risque de l’éteindre lui aussi. Et, comme les lemmings, il s’en va de plus en plus habiter sur les côtes…. alors que la mer monte.

Si notre alimentation, à cause de ou grâce à l’agriculture, n’a plus grand-chose à voir avec la chasse-cueillette, notre corps et notre biologie n’ont pas encore eu le temps de bien s’adapter: l’agriculture est trop récente. Elevage et agriculture ont radicalement changé notre alimentation, qui est devenue culturelle, tandis que l’agro-industrie nous éloigne souvent de nos besoins nutritionnels et nous submerge de messages de désir.

Nous avons pris la mauvaise habitude de traiter d’agriculture sans partir de l’alimentation. On parle de la fourche, alors qu’on devrait passer de la fourchette à la fourche. On parle de modes de production, de techniques agricoles, de rendement, des cours de Chicago, de la PAC…. comme on parle d’une industrie. Or ces « matières premières » agricoles finissent dans notre assiette.

« Les salons de l’agriculture et du machinisme agricole ont de l’avenir. Les innovations techniques ne manquent pas. L’avenir dira si elles étaient incontournables ou bien le dernier souffle techno-industriel avant l’effondrement[5]. Espérons que les satellites GPS ou bientôt Galileo ne seront pas hackés un jour, car les céréaliers connectés et drônés risquent d’être désemparés, eux qui, souvent, ne savent plus faire leur pain. La haute technisation proposée aujourd’hui est extrêmement fragile et dépendante des connections numériques, qui restent  entre les mains de quelques firmes et quelques Etats. Cela ne renforce ni l’autonomie ni la résilience des exploitations agricoles »[6].

La « guerre des trois » ne peut avoir lieu car l’Homme fait partie de la nature. Mais il est urgent de renverser les priorités de notre alimentation et de notre agriculture, car « tout est prêt pour que tout empire »[7]. Il est urgent de mettre la technique, l’agriculture ainsi que les politiques agricole, alimentaire et commerciale au service d’une alimentation saine, nutritive, diversifiée, accessible à tous, et non au service d’intérêts financiers à court terme qui se moquent de la nature et (donc) de l’Homme. Nourrir, ce n’est pas nourrir la Bourse.

D’une agriculture contre-nature (on ne produit pas des aliments avec des poisons), faisons une agriculture dans la nature, réconciliée avec elle, en sachant qu’elle est agri-culture, qu’elle ne peut être naturelle. Cela ne se fera pas sans modifier profondément nos modes de production. Cela ne se fera pas non plus sans paysan-nes à qui l’on aura reconnu à sa juste valeur le rôle « premier » de nous nourrir, c’est-à-dire des paysan-nes vivant d’abord de la vente de leurs produits et non de subventions, des paysan-nes donnant envie aux jeunes générations de faire ce métier[8]. «Les solutions sont connues, mais les politiques suivront-elles»[9] à temps ?

Restons humbles : « La nature ne négocie pas »  nous dit Michel Serres… et elle nous le prouve  chaque jour.

Gérard Choplin

analyste-rédacteur indépendant (agriculture, alimentation,      commerce,…), auteur de « Paysans mutins, paysans demain – pour une autre politique agricole et alimentaire » , Editions Yves Michel, 2017

[1]  « Sapiens », Yuval Noah Harari, Albin Michel, 2015

[2] Michel Onfray, « Brève encyclopédie du monde », conférence, radio France Culture https://www.franceculture.fr/emissions/breve-encyclopedie-du-monde/qui-veut-faire-lange-fait-la-bete-questions-du-public

[3]  « Superplantes, le cri des arbres tueurs », http://playtv.fr/programme-tv/219620/super-plantes/

[4] Gérard Choplin, « Paysans mutins, paysans demain – pour une autre politique agricole et alimentaire », page 32,  Editions Yves Michel, 2017

[5] Pablo Servigne, Raphael Stevens, « Comment tout peut s’effondrer », Anthropocène, Seuil, 2015

[6] G.Choplin, op.cit.

[7] Hervé Kempf, « Tout est prêt pour que tout empire », Seuil, 2017

[8] Voir l’avis PAC 2020 du Comité européen des Régions adopté le 12 juillet dernier. http://cor.europa.eu/fr/news/Pages/Reforme-de-la-Politique-Agricole-Commune.aspx

[9]  G. Choplin, op.cit.