Politiques agricoles, commerce international, souveraineté alimentaire, sécurité alimentaire, ,…: un blog de Gérard Choplin

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Face à la montée des nationalismes et de la xénophobie, la souveraineté alimentaire est plus nécessaire que jamais.

Tribune publiée par Médiapart et Le Courrier (CH)

Avec le Brexit, l’élection de Donald Trump, la montée de l’extrême droite en Europe et le développement des migrations, il est urgent d’intensifier la coopération entre les pays et leurs populations. Les guerres, le dérèglement climatique, l’épuisement des ressources naturelles, la pauvreté massive, la faim et la malnutrition mais aussi l’accroissement des inégalités sont autant de problèmes fondamentaux que l’humanité doit chercher à résoudre ensemble. On ne peut le faire sans remettre en cause à la fois  la mondialisation néolibérale actuelle, et les orientations  xénophobes et nationalistes qui se présentent contre la globalisation économique tout en protégeant et renforçant leurs propres intérêts.

Les fausses réponses au néolibéralisme sont à la une, notamment celle de Donald Trump  qui, dans son projet présidentiel, d’un côté développe des protections contre les importations et bloque le Traité transpacifique, et de l’autre favorise le capitalisme financier, les multinationales américaines, les énergies fossiles et le capitalisme vert,… tout en niant le dérèglement climatique et réprimant les luttes sociales. L’Union européenne n’est pas en reste, qui impose à l’Afrique des accords de « partenariat » économique (APE) très inégalitaires et maintient dans la politique agricole commune (PAC) des outils de protection masqués et de dumping[1]. Les critiques officielles -y compris celles du FMI- des défauts ou excès de la mondialisation, le report du projet de traité transatlantique (alors que le CETA[2] est en cours d’adoption), ainsi que la réduction actuelle des échanges internationaux, nous montrent que le cadre néolibéral actuel est à bout de souffle. Mais ces évolutions n’empêchent pas les multinationales de poursuivre leurs offensives,  en se protégeant avec des brevets et en cherchant à imposer des tribunaux d’arbitrage privés dans les accords commerciaux.

Les mouvements sociaux luttent contre les projets de traité de «libre»-échange, pour la justice climatique, pour la solidarité internationale, pour la conquête de nouveaux droits pour les paysan(ne)s et pour le respect des droits humains partout dans le monde. Ces luttes diverses visent à répondre aux attentes des populations victimes des effets de la mondialisation néolibérale, dans les domaines de l’alimentation, de l’environnement, du revenu et de l’emploi, notamment. Au cœur de ces luttes s’inscrit le mouvement pour la souveraineté alimentaire, qui revendique le droit des populations à décider démocratiquement de leur politique agricole et alimentaire et vise un changement en profondeur de nos systèmes alimentaires.

Notre réponse à la montée des nationalismes et de la xénophobie réside dans le renforcement des mobilisations aux quatre niveaux (local, national, régional, international) qui permettront la conquête progressive de la souveraineté alimentaire, revendication portée depuis 1996 par le mouvement paysan mondial Via campesina et de nombreuses organisations. La souveraineté alimentaire, c’est « le droit des populations, de leurs pays ou unions, à définir leur politique agricole et alimentaire, sans dumping [ou mieux sans préjudices] vis-à-vis des autres pays », (Via campesina, 2003). Elle « place ceux qui produisent, transforment et consomment une alimentation locale et saine, au cœur des systèmes et politiques alimentaires et agricoles [] en lieu et place des exigences du marché et des transnationales« (Forum Nyéléni, 2007). C’est une exigence démocratique, qui se situe à l’inverse de la captation du pouvoir par l’agenda des sociétés transnationales. Et ce n’est pas un agenda du repli sur soi : les mouvements sociaux qui revendiquent la souveraineté alimentaire expriment une solidarité transnationale, et ils ne contestent pas le rôle du commerce international — bien qu’ils appellent à sa régulation, et à un rééquilibrage entre commerce international et renforcement des systèmes alimentaires locaux.

La souveraineté alimentaire est à traduire à l’ONU en un nouveau droit commercial international, favorisant l’adoption aux niveaux national et régional de politiques agricoles adaptées aux besoins des pays en matière d’organisation des marchés et d’appui aux agricultures durables et favorables à des pratiques alternatives de production et d’échange. Elle vise à assurer la sécurité alimentaire dans de bonnes conditions. La souveraineté alimentaire n’est pas l’autarcie. Elle veut  mettre le commerce international à sa juste place en donnant la priorité à l’agriculture et à l’alimentation de la population, non aux marchés. Elle donne un nouveau cadre favorable à des politiques  de relocalisation des productions, à l’agroécologie, à la protection et à l’accès durable aux ressources. Elle permet de développer des systèmes alimentaires donnant la priorité à la nutrition, à la santé, à l’environnement et adaptés culturellement.

Au plan international, elle fournit la base pour passer d’échanges actuellement hégémoniques -favorisés par les règles de l’OMC- au profit des Etats puissants et des sociétés multinationales,  à des échanges de type coopératif, limitant les avantages des pays pouvant abuser de leur situation concurrentielle.  Au devoir des pays de ne pas nuire aux économies agricoles des pays tiers  doit correspondre le droit  de mettre en place de réelles protections -droits de douanes et quotas d’importation notamment-, justifiées sur les plans économique, social et écologique.

Face à la concentration globalisée du pouvoir alimentaire, la prise de conscience par les consommateurs et les citoyens des enjeux et de leur capacité d’action s’est bien développée. Les initiatives de relocalisation alimentaire se multiplient, mais restent fragiles dans le cadre des politiques actuelles. Dans cette bataille pour la souveraineté alimentaire, ne  laissons pas  les paysans seuls. L’alimentation est l’affaire de tous. Ensemble, organisations paysannes et citoyennes, certaines institutions, chercheurs, s’appuyant sur les réussites locales de « transition », nous devons proposer de nouvelles règles, de nouveaux cadres pour le commerce international agricole et les politiques agricoles et alimentaires. Il y a urgence. L’adoption prochaine d’une déclaration onusienne sur les Droits des paysans et autres personnes travaillant en milieu rural et les avancées au sein du Comité pour la sécurité alimentaire mondiale, notamment en ce qui concerne l’importance de l’accès aux marchés locaux, nationaux et régionaux pour les petits producteurs, devraient constituer autant de points d’appui vers la souveraineté alimentaire.

Par les mobilisations larges et plurielles qu’elle implique, comme par ses nombreux apports, la conquête de la souveraineté alimentaire constitue une  bataille essentielle dans la période actuelle à hauts risques: pour faire reculer les nationalismes, les injustices, la xénophobie, pour la sauvegarde et le développement de l’agriculture paysanne, pour une alimentation  nutritive et saine, accessible à tous, et pour la protection de la planète.

 Michel Buisson, Auteur de « Conquérir la souveraineté alimentaire », l’Harmattan, 2013

 Gérard Choplin, Auteur de « Paysans mutins, paysans demain-Pour une autre politique agricole et alimentaire », Editions Yves Michel, à paraître en février.

 Priscilla Claeys, Senior Research Fellow in Food Sovereignty, Human Rights and Resilience, Centre for Agroecology, Water and Resilience (CAWR), Coventry University (UK)

 Gustave Massiah, Auteur de « Une stratégie altermondialiste » Editions La Découverte Paris 2011 ; Représentant du CRID au Conseil International du Forum Social Mondial

Cosignataires

 Jacques Berthelot, Economiste, auteur de « Réguler les prix agricoles », L’Harmattan, 2013

 Ibrahim Coulibaly, Président de la CNOP (Coordination Nationale des Organisations Paysannes) du Mali

 Manuel Eggen, Chargé de recherche et plaidoyer FIAN Belgium

 Christophe Golay, Auteur de « Droit à l’alimentation et accès à la justice », Bruylant, 2011, et « The Fight for the  Right to Food. Lessons Learned », Palgrave Macmillan, 2011

Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération Paysanne

Geneviève Savigny, Coordination européenne via campesina

Olivier de Schutter, Ancien Rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation (2008-2014)

Aurélie Trouvé, Maître de conférences Agro-ParisTech, Porte-parole d’Attac

[1]  Les paiements directs de la PAC permettent d’exporter des produits agricoles à des prix inférieurs aux coûts de production. Notifiés indûment dans la « boîte verte » de l’OMC, ils sont sous la menace constante d’une poursuite à l’OMC. Associés à des prix agricoles alignés sur les cours mondiaux, ils sont de fait une subvention à l’agro-industrie et à la grande distribution, qui s’approvisionnent à bas prix en produits européens.

[2] Accord commercial signé entre l’UE et le Canada mais non encore ratifié.

https://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/200117/face-la-montee-des-nationalismes-et-de-la-xenophobie-la-souverainete-alimen

 

L’industrie laitière européenne lorgne sur l’Afrique de l’Ouest

Oxfam Solidarité et SOS Faim ont mené une étude sur la présence des entreprises laitières européennes en Afrique de l’Ouest, leurs ambitions et leur impact sur la production locale.

Actuellement, l’Europe produit trop de lait par rapport à la demande et ses excédents ont fortement augmenté depuis 2015, suite à l’abandon des quotas de production. Cette situation pousse les grandes firmes européennes à conquérir d’autres marchés et l’Afrique de l’Ouest représente une belle opportunité pour ces entreprises.

Une bonne partie du lait consommé en Afrique de l’Ouest est importé

L’Afrique de l’Ouest connaît une demande en produits laitiers en constante augmentation. Or elle ne produit localement qu’une faible partie de sa consommation. En cause ? Le lait en poudre importé d’Europe. Faute de politiques adéquates, d’unités de conservation, de moyens de transformation et de circuits de commercialisation, les producteurs africains ne sont pas armés pour concurrencer le lait européen qui se vend moins cher et qui est pourtant moins riche en nutriments que leur lait local.

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Quel avenir pour les grandes firmes européennes en Afrique ?

L’industrie laitière européenne l’a bien compris : il y a en Afrique de l’Ouest des marchés en croissance. Les grandes firmes laitières européennes y marquent déjà leur territoire, mais comment voient-elles l’avenir ?

Les Accords de partenariat économique (APE) entre l’UE et l’Afrique de l’Ouest, vont-ils, s’ils sont ratifiés, leur faciliter la tâche ? Il s’agit là d’un des pôles de la bataille mondiale en cours pour le lait entre les multinationales laitières, privées ou coopératives.

Dans ce contexte, quelle sera la place de la production laitière agropastorale ouest africaine ?

La production va-t-elle s’industrialiser autour des grandes villes ? Dans une situation de volatilité des prix, avec actuellement une surproduction mondiale et des prix bas, la volonté de certains gouvernements ouest-africains de développer des filières laitières locales va-t-elle résister à l’appétit des grandes firmes laitières européennes qui lorgnent sur l’Afrique ?

Télécharger l’étude: etude-lait-fr

 

SOS Faim soutient les producteurs de lait sénégalais

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Au Sénégal, le lait en poudre importé massivement d’Europe menace la sécurité alimentaire des petits producteurs qui n’arrivent plus à vendre leur lait sur les marchés locaux car ils ne sont pas armés pour concurrencer le lait européen. SOS Faim leur apporte une aide technique, financière et organisationnelle afin de leur donner les moyens d’affronter cette situation. Pour en savoir plus, découvrez notre article dédié aux éleveurs sénégalais.

« Paysans mutins, paysans demain »- pour une autre politique agricole et alimentaire- éditions Yves Michel

paru le 17 février
en vente dans les bonnes librairies et sur
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Paysans mutins, paysans demain

Gérard CHOPLIN

Pour une autre politique agricole et alimentaire

Préface de José BOVÉ

aux Editions  Yves Michel

Chronique d’un mouvement paysan européen porteur des changements nécessaires de notre politique agricole et alimentaire.

Dans les années 1980, une voix paysanne en Europe s’est levée face au productivisme et à la mondialisation néolibérale des marchés agricoles, dans lesquels les réformes successives de la Politique Agricole Commune se sont inscrites. Il s’agit de la Coordination paysanne européenne[1],

L’auteur, qui en a été l’un des artisans, témoigne  de sa naissance, de son  développement et de ses transformations. de  30 ans de débats, de propositions, d’actions pour une politique agricole juste, durable, solidaire.

Devant les impasses sociales et environnementales actuelles et les interrogations existentielles de l’Union européenne, les paysans mutins d’aujourd’hui sont d’utilité publique.

[1] La Coordination paysanne  européenne est devenue en 2008 la Coordination européenne via campesina

Gérard Choplin, agronome de formation, a joué un rôle moteur dans la construction, le développement et l’animation de la Coordination Paysanne Européenne de 1982 à 2008.
Il est aujourd’hui analyste-rédacteur indépendant sur les politiques agricoles, commerciales et alimentaires.
Il réside à Bruxelles.

Se réapproprier une Europe confisquée

Article paru dans le numéro de mai du mensuel « Campagnes solidaires » (1) 

Se réapproprier une Europe confisquée

Alors qu’une partie croissante de notre législation s’écrit au niveau européen, que nos ministres et députés européens la co-décident, l’élection du 25 mai marquera-t-elle une fois de plus le désintérêt des citoyens ?

Si le navire Europe est aussi peu attractif, c’est peut-être que sa destination n’est pas claire, ou que la destination affichée ne correspond pas à la réalité.

L’Union européenne est née sur les cendres de deux guerres mondiales qui ont ravagé le continent, coupé ensuite en deux par la « guerre froide » entre le bloc atlantique et le bloc soviétique.

Le premier moteur de la construction européenne a donc été stratégique : faire la paix entre la France et l’Allemagne et faire face à l’empire soviétique, dont les chars et les fusées étaient à 500km de Strasbourg. La première initiative européenne a été celle de la Communauté européenne de défense, refusée en 1954 par le Parlement français. On s’est donc rabattu sur l’économique : le charbon, l’acier puis l’agriculture, que l’on a mis en commun, pour imbriquer de plus en plus les économies des 6 pays fondateurs (2) .

Le deuxième moteur à partir de 1985 a été le Marché Unique, lancé en 1988, réalisé en 1993. Ce qui avait été fait pour l’agriculture, on le faisait maintenant pour toute l’économie. L’économique conduirait ensuite au politique, vers une vraie Union européenne.
C’était sans compter sur l’Histoire, qui n’avance jamais de façon linéaire.

La démolition du Mur de Berlin en 1989 puis la chute de l’empire soviétique ont surpris les européens et cassé le premier moteur, stratégique. L’ennemi d’en face avait disparu.

Cette victoire sans guerre du bloc atlantique a accéléré la mise en œuvre des politiques néolibérales impulsées depuis peu par les Etats-Unis de Reagan et le Royaume-Uni de Thatcher. Ils n’avaient plus peur que leur politique jette les européens dans les bras de Moscou. Le néo-libéralisme a alors dominé la scène à partir des années 1990 et 2000, brisant le deuxième moteur : le Marché Unique européen s’est dissous dans la mondialisation néolibérale, les frontières économiques ont quasi disparu. La cour de jeu d’Unilever, GDF-Suez, Shell, Danone, etc… ce n’est pas l’Europe, c’est le monde.

Et vogue le navire…, sans que l’on ait remplacé les moteurs, au risque de s’échouer au premier récif. L’erreur majeure des dirigeants européens à partir des années 90 est de n’avoir pas initié un débat sur le nouveau sens à donner à l’UE après la chute du Mur, qui puisse mobiliser les citoyens, et d’avoir laissé les grandes firmes de plus en plus multi-nationales désormais écrire les règles à la place des politiques et confisquer l’Europe.

Dès les années 80, le club de la « Table Ronde Européenne » (3) des industriels a plus que « conseillé » la Commission et n’aura de cesse que les propositions de la Commission ressemblent étrangement aux leurs : plus de marché, moins d’Etat, et pas d’harmonisation fiscale ou sociale, ni de transparence du lobbying.

 

Drapeaux europŽens devant le Berlaymont

Le lancement de la négociation transatlantique illustre parfaitement la mainmise du business sur la définition des politiques et des accords commerciaux. L’UE est devenue la leur, et les citoyens s’en détournent. D’autant plus que les gouvernements et parlementaires continuent trop souvent d’accuser « Bruxelles » quand ils ne veulent pas assumer les décisions prises avec leurs collègues européens.

Pour que l’Union européenne devienne nôtre, il nous faut l’occuper, nous la réapproprier. Car elle reste encore un levier  (4) , où des politiques solidaires et durables sont possibles, loin de réactions anti-européennes simplistes.

Le 25 mai et tous les jours suivants, occupons l’Europe.

Gérard Choplin

 

(1) http://www.confederationpaysanne.fr/campagnes_solidaires.php?dernier=1&PHPSESSID=a1499b6e13e

[2] Allemagne, Belgique, France, Italie, Luxembourg, Pays-Bas

[3] Voir le film « The Brussels business »- version française:  http://www.youtube.com/watch?v=NbXcPpM86Tk

[4] Voir « Hold-up à Bruxelles » – José Bové & Gilles Luneau, p 235- La Découverte- 2013

 

Pour une nouvelle politique agricole et alimentaire européenne qui relèvera les défis de ce siècle: étude universitaire

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Le présent document est le produit de travaux menés en collaboration par des chercheurs en sciences sociales, spécialistes de politiques agricoles en activité dans plusieurs États
membres de l’Union Européenne.
Ces travaux ont été lancés par le « Mouvement européen pour la souveraineté alimentaire et une nouvelle PAC » (1), mais le contenu n’a été développé et approuvé que par des contributeurs et signataires du monde universitaire.

Coordonnateurs:
Jean-Marc Boussard, ancien directeur de rechercher à l’INRA, France
Aurélie Trouvé, maître de conférences à AgroSup Dijon, France,

Autres contributeurs (ordre alphabétique) :
Gilles Bazin, professeur à AgroParisTech, France (4ème Partie)
Jacques Berthelot, ancien maître de conférences à ENSAT, France (3ème Partie et Annexes 1 et 4)
Lucien Bourgeois, consultant, France (1ère et 4ème Parties)
Sophie Devienne, maître de conférences à AgroParisTech, France (Annexe 3)
Krzysztof Gorlach, professeur à l’Université Jagiellonian, Cracovie, Pologne (1ère et 2ème Partie)
Vicki Hird, consultant, Royaume-Uni (Annexe 2)
Stéphane Parmentier, consultant, Belgique (3ème Partie)
Paul Silcock, consultant, Royaume-Uni (1ère Partie)
Anna Witowska, consultante, Pologne (1ère Partie)
Greet Goverde-Lips, secretaire de Platform Aarde Boer Consument, Pays Bas, qui a facilité la mise en oeuvre et les traductions (h.goverde@chello.nl).

Premiers signataires du Résumé :
Niek Koning, Université de Wageningen, Pays Bas
Onno Poppinga, emeretieter Prof. des Fachgebiets Landnutzung und regionale Politik, Université de Kassel, Allemagne
Jean-François Sneessens, Université UCL, Belgique
Bruno Guermonprez Enseignant Politiques Agricoles, ISA, Lille, France.
Gerhart Hovorka Bundesanstält für Bergbauernfragen ;
Jean-Christophe Kroll Professeur dӎconomie, Agrosup, Dijon, France
Janice Jiggins, guest researcher, Communication and Innovation Studies, Wageningen University,Pays Bas.
Thierry Pouch Chercheur associé, Université de Reims, Champagne Ardennes, France.
Christian Mouchet, professeur d’économie rurale émérite, Agro campus Ouest, France
Jacques Marzin CIRAD, France

Présentation ECVC: dépliant

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Paysans africains et européens disent Non aux Accords de « Partenariat » Economique (APE) entre UE et pays ACP

ROPPA (Réseau des Organisations Paysannes et des Producteurs Agricoles d’Afrique de l’Ouest)

CPE (Coordination Paysanne Européenne)

CBB (Confédération des Betteraviers Belges)

FWA (Fédération Wallonne de l’Agriculture), Belgique

 COAG (Coordinadora de Agricultores y Ganaderos), Espagne

Communiqué de presse conjoint,                                   Bruxelles, 1er décembre 2005

Paysans africains et européens disent non aux Accords de « Partenariat » Economique (APE)  entre UE et pays ACP, comme ils disent non à un accord OMC à  Hong-Kong. Ces accords procèdent d’une même démarche défavorable à l’agriculture familiale et au développement  durable.

Accords APE

Nous rappelons que l’intégration européenne a été basée, entre autres, sur l’agriculture  et la préférence communautaire. Cette stratégie devrait être appliquée à l’Afrique de l’Ouest et aux autres pays ACP. Or les accords APE que l’UE  propose aux pays ACP et qu’elle veut rendre « OMC compatible », loin de s’appuyer sur un partenariat économique et l’intégration régionale, sont basés sur le « libre »-échange.

Un tel accord ne manquerait point de nuire à l’agriculture familiale africaine dans la mesure où il mettrait en concurrence les productions agricoles d’Afrique et celles importées à bas prix  de l’UE, parce qu’insuffisamment voire pas du tout taxées aux frontières. Il ne peut y avoir d’échange juste qu’entre des économies, des compétitivités, comparables.

L’avenir de plusieurs productions et de millions de familles de producteurs serait ainsi compromis, car déjà les politiques commerciales actuelles, sans APE, mettent en péril l’aviculture locale, la viande bovine, les céréales, le lait, etc… L’UE, à l’instar des autres pays agroexportateurs, continue en effet ses exportations au bas prix mondial, tandis que les programmes d’ajustement structurel, imposés par le FMI, ont réduit inconsidérément les protections douanières des pays africains.

Ces familles de producteurs ruinés ne pourraient trouver de revenus dans d’autres secteurs car, en Afrique de l’Ouest, les autres secteurs économiques et notamment le secteur industriel ne disposent point de possibilités d’absorption de main-d’œuvre.

Considérant que le secteur agricole ouest-africain offre à plus de 80% des ruraux les emplois et les revenus et que le secteur agricole est également une base d’entraînement de la croissance des autres secteurs économiques, les organisations de producteurs réaffirment le rôle primordial que joue l’agriculture familiale, base de l’agriculture de la Région, comme moteur de l’économie, principale source de sécurité alimentaire de la population et de lutte contre la pauvreté rurale.

En outre, les organisations de producteurs signataires constatent les difficultés qu’on les gouvernements des pays de l’Afrique de l’Ouest à défendre leurs positions face à l’unicité de la Commission européenne, dirigée par la DG Trade. Ces gouvernements sont également fortement dépendants des financements de l’Union européenne, qui est le principal donateur de l’aide au développement, ce qui réduit substantiellement leur pouvoir de négociation. Ces conditions de négociations ne nous paraissent ni efficaces ni équitables.

C’est donc, fortes de tout ce qui précède, que les organisations de producteurs d’Afrique de l’Ouest et de l’Union européenne, sont convaincues que les résultats des négociations sur les APE donneront lieu à un accord qui sera défavorable à l’agriculture familiale si des mesures correctives et fortes ne sont pas prises.

OMC 

Bien que l’OMC n’ait jamais procédé à  l’évaluation des résultats de l’accord de Marrakech, elle impose partout une libéralisation totale des échanges tout en tolérant un système d’aides directes compensatoires que la plupart des pays ne peuvent s’offrir et qui ont également des effets de distorsions  à l’exportation. Or une évaluation des effets de cette libéralisation montrerait d’une part que cette libéralisation plonge l’agriculture familiale dans la crise et la pauvreté et que d’autre part, ce sont surtout les firmes transnationales qui ont profité des nouvelles règles à l’OMC.

L’agriculture familiale africaine comme celle de l’Union Européenne ont tout à perdre d’un tel système.

Les organisations agricoles signataires d’Afrique et d’Europe demandent  la refonte de leurs politiques agricoles, des accords économiques  et des règles du commerce international à partir des priorités suivantes :

–    priorité à l’intégration régionale par  rapport au commerce international ;

–    priorité à l’approvisionnement alimentaire interne par rapport à l’exportation ;

–    interdiction d’utiliser le soutien interne pour exporter à des prix en dessous des coûts de production ;

–   droit à la protection du marché interne vis-à-vis d’importations à bas prix

–    gestion de l’offre au niveau interne et au niveau international.

Plus spécifiquement pour la négociation sur les APE, nous demandons  que l’examen  des négociations à mi-parcours prenne effectivement en compte les études d’impacts et l’opinion de la société civile, en reconnaissant le rôle de première ligne des organisations de producteurs.

Nous appelons les gouvernements des pays ACP et du G90 à résister aux multiples pressions de l’UE, des USA, du G4, à s’opposer aux accords APE et à l’accord OMC à Hong Kong et à mettre en avant les priorités ci-dessus.