Politiques agricoles, commerce international, souveraineté alimentaire, sécurité alimentaire, ,…: un blog de Gérard Choplin

 

Le Devenir de l’Europe : Des Paysans et des Fermes à taille HUMAINE !

par Henri Lecloux, éleveur dans le pays de Herve (Belgique)

 

Nombreux sont les citoyens qui ont dans leur lien de parenté une origine paysanne. Quand on parle des difficultés, des crises qui agitent les producteurs de lait et les autres productions, ils sont touchés comme si on les touchait eux-mêmes.

Ces crises sont bien réelles. Depuis 2 années, les agriculteurs produisent en dessous des prix de revient. Se lancer dans le métier est un exercice périlleux voire suicidaire.

Face à cette situation, la Commission Européenne reste sourde et se voile la face, en s’obstinant dans sa vision de conquête des marchés extra-européens aléatoires pour écouler notre production.

En 1992, après la chute de l’URSS, s’appuyant sur un néo-libéralisme sans scrupule, l’Union Européenne s’engage dans un processus de dérégulation des marchés et se retire du pilotage des denrées alimentaires. C’est donc le marché mondial qui dorénavant fixe les prix aux producteurs. En 2003, l’UE applique cette doctrine à la production laitière et décide de la fin des quotas laitiers pour 2015.

Or, on le sait, nous ne produisons pas au moins cher. Nos concurrents sur le marché mondial sont : la Nouvelle-Zélande, l’Australie, les États-Unis, le Brésil, l’Argentine, etc… Tous ont des coûts de revient bien inférieurs aux nôtres, car ils ont des conditions climatiques plus favorables (pas d’hivers) ou des coûts de main-d’œuvre moins élevés et des contraintes sociales et environnementales bien moindres. Leurs immenses étendues de terre font que le foncier est nettement moins cher que dans nos contrées fortement urbanisées.

Cette concurrence fera toujours que nos prix seront tirés vers le bas. Or, nous, producteurs européens, nous avons besoin de prix rémunérateurs et sur le long terme. De plus, le jeune qui veut s’engager a besoin d’avoir des perspectives, une visibilité sur le long terme.

Il faut savoir que plus de 88% du lait est autoconsommé par les citoyens européens et que les 12% restants vont sur le marché mondial. Or c’est sur 12% qu’est fixé le prix du lait aujourd’hui. Sans une régulation centrée sur le territoire européen d’abord, nous ne verrons pas le bout du tunnel.

Nous n’accepterons jamais l’attitude de la Commission qui, dans un premier temps, nie la crise et, dans un deuxième temps, propose des mesures qui, on le sait, ne marcheront pas (article 222 de l’OCM – Organisation Commune des Marchés du lait – qui permet aux opérateurs, à titre exceptionnel et temporaire, de déroger aux règles de la concurrence en limitant la production). De plus, les coûts de ces réductions seront à charge des États membres … qui n’ont plus d’argent !

Sous les pressions actuelles, le Commissaire Phil Hogan débloquera peut-être de nouveaux fonds européens pour les organisations des producteurs qui mettront en œuvre l’article 222 sur la gestion volontaire de l’offre.

Le problème est que les régions laitières les plus « compétitives », celles de l’Europe du Nord, n’ont pas l’intention de réduire leurs collectes. Certains pays, comme l’Irlande, pays d’origine du Commissaire Européen, veulent doubler leur production et prendre des parts de marché. Ils n’ont que faire des mesures volontaires. D’autres comme l’Allemagne sont tentés d’octroyer des aides de trésorerie.

Ces « mesurettes », non seulement ne rencontrent pas les causes profondes de la crise, mais risquent de faire éclater une PAC (Politique Agricole Commune) déjà fortement renationalisée.

 Cette crise est structurelle et non conjoncturelle !

 La Commission veut gagner du temps et croit toujours à l’ouverture hypothétique de nouveaux marchés. Il faut dire qu’elle arrive à conquérir des marchés, mais avec des prix très bas. Cependant, la surproduction est telle, qu’elle ne sait pas endiguer les flots de lait. Elle choisit donc la fuite en avant en augmentant les stocks publics et privés, aux frais du contribuable.

Nous assistons à la disparition d’un très grand nombre de fermes de toutes tailles, les unes aujourd’hui et les autres demain. Le nombre de suicides de producteurs de lait n’a jamais été aussi élevé.

C’est inacceptable !

 L’attitude de la Commission de laisser faire les marchés et de se soustraire de son rôle d’arbitre, au sens politique du terme, conduit à la catastrophe et à une hécatombe de nombreux emplois, tant en agriculture que dans le para-agricole.

De plus, de nombreuses régions herbagères et semi-montagneuses, qui représentent plus du tiers des surfaces de toute l’Europe, seront désertées par la production laitière.

Ce sentiment d’abandon par la politique du « laisser faire le marché » laissera des traces (endettement, appauvrissement, non transmission des fermes, perte de sens etc…), dans le conscient et l’inconscient des agriculteurs et des citoyens. Il provoque déjà un rejet de l’Europe, des rejets de l’autre et l’émergence de partis nationalistes extrêmes.

Je contredis la Commission et ceux qui ont voulu la disparition de toute régulation des quantités, ainsi que ceux qui affirment que, même en période de quotas laitiers, il y a eu des crises du lait.

Par une volonté politique tenace, la Commission n’a pas voulu se servir des quotas. En pleine crise de 2009, Madame Fischer Boel a, non pas diminué les volumes de référence de chaque producteur afin de provoquer le retour à un équilibre des marchés du lait mais, au contraire, a augmenté les droits de produire de 10% à l’horizon 2015.

De plus, elle ne les a pas adaptés afin de répondre aux problèmes rencontrés. Je les vois de plusieurs ordres : le premier, les quotas ont été fixés sur une base historique (1984). Or la demande, tant européenne (avec l’arrivée de nouveaux États membres et les types de consommation) que mondiale, a évolué. Le second, qui aurait pu être approché différemment, est celui de la transmission des droits de produire. Ils auraient pu être non monnayables (comme en France).

Ces achats, à chaque génération, ont mis à mal les trésoreries des jeunes candidats à l’installation. Avec un autre cadre, ils auraient pu être des échanges et non des achats.

Enfin, quand certains États n’atteignaient pas leurs quotas, la Commission de renchérir : « Voyez, ils ne savent pas les remplir, c’est qu’ils sont inutiles ! » Il fallait justifier leurs suppressions !

Bref, la Commission a enlevé une aile de l’avion et lui a mis du mauvais carburant.

D’autre part, en 2013-2014, à la fin du régime des quotas, l’U.E et un ensemble d’institutions, certaines laiteries, certaines banques, le COPA-COGECA (qui est l’organisation regroupant les syndicats majoritaires de l’U.E.), les marchands de machines, etc… ont appelé à l’augmentation de la production, avançant : « C’est la fin des quotas ! Il y a des opportunités dans les pays d’Asie et particulièrement en Chine. Les quotas vous ont bridés, agrandissez-vous ! Produisez plus ! C’est la solution pour vous de gagner plus ! ».

Bon nombre de fermes, partout dans l’U.E., se sont engagées dans cette voie, amenant ainsi d’énormes volumes de produits laitiers, tant sur le marché intérieur que sur le marché mondial.

Ces excédents, suite à l’embargo russe et à une moindre demande de la Chine, ont provoqué une chute énorme des cours du marché du lait. L’orientation prise par la Commission de miser sur les exportations extra-européennes est vulnérable. Les crises géopolitiques voire sanitaires (par exemple une épidémie de fièvre aphteuse) stopperont net les exportations.

 Alors qu’une autre approche est possible !

 Il existe des alternatives ! Il faut arriver à une réduction obligatoire chez tous les producteurs, suivie d’une régulation des volumes, flexible et adaptée à notre temps. Et puisque le mot « quota » est banni, appelons le simplement « maîtrise des volumes ». Le Conseil et toutes les instances de l’U.E. doivent reprendre le pilotage, en relevant un ensemble de défis qui, obligatoirement, doivent rencontrer les préoccupations des citoyens avant ceux des multinationales, comme c’est le cas actuellement :

  • Problème de répartition des plus-values où les producteurs n’ont que des miettes,
  • Problème des arrangements fiscaux pour les transnationales et les grands riches,
  • Conflits d’intérêts pour les produits chimiques (glyphosate, perturbateurs endocriniens),
  • Arrivées massives de denrées produites dans le monde, dans des conditions sociales et environnementales discutables et au nom du libre-échange.

Où est l’Europe sociale ? Où est l’Europe des citoyens ? Où est l’Europe fiscale ? Où est l’Europe de la défense commune ? Où est l’Europe de la transition énergétique ? Où en est la souveraineté de l’Europe dans tous ces domaines ? Et, particulièrement comme agriculteur, où est la Souveraineté Alimentaire de l’Europe ?

Or, cette Union se hâte de conclure des accords de libre-échange avec l’Amérique du Sud (MERCOSUR), avec le Canada (CETA) et avec les États-Unis (TTIP).

Tous ces accords amèneront des importations massives de biens alimentaires qui mettront à mal nos producteurs, mais aussi la qualité des produits importés qui, on le sait, sont souvent produits de façon industrielle, dans des conditions d’hygiène et de normes sociales et environnementales, sans égales aux nôtres.

L’agriculture comme monnaie d’échange nous ne l’accepterons jamais !

L’U.E. s’engage dans le marché sans règles. Elle prend ce virage pour faire place à une industrialisation croissante de son agriculture. Elle y perdra non seulement son âme, mais aussi son destin, car elle engage toute l’Union Européenne dans une dépendance alimentaire ! Situation dans laquelle aucun pays, aucune civilisation, jusqu’à présent, ne se sont engagés. Tous les grands pays : États Unis, Chine, Inde, protègent leur agriculture. Toutes les grandes civilisations ont fait de leur agriculture une priorité. Pour rappel : les Pères fondateurs du Marché Commun l’on inscrite dans le traité de Rome.

Ce virage pourrait être autre ! En misant sur le maintien et la promotion de petites et moyennes fermes à taille humaine, l’U.E. rencontrerait les agriculteurs et les citoyens. En effet, une multitude de fermes rentables, dans un marché régulé, sur base des coûts de production, relèverait le défi de l’emploi.

Regardons en face les chiffres de 22 millions de chômeurs dans l’Union et combien en sont exclus ? Et le taux de 19,7 % de chômage des moins de 25 ans. 4,454 millions de jeunes (hors étudiants) sont à la recherche d’un emploi. 20 à 25% de la population européenne vit en situation de pauvreté. Ces chiffres révèlent l’un des fléaux majeurs de notre époque. L’agriculture à taille humaine pourrait promouvoir un nombre important d’emplois, partout sur tous les territoires. Le bilan des PAC successives à ce niveau, révèle un échec cuisant (entre 2003 et 2013, ce sont 4 millions de fermes qui ont disparu).

Les petites et moyennes fermes rencontrent plus facilement les défis environnementaux. La valorisation des pâturages, l’utilisation moindre d’énergie et de mécanisation (le zéro pâturage implique au contraire d’apporter les fourrages à l’étable et d’exporter les lisiers), c’est possible ! Si l’utilisation des pâturages était maximalisée, les apports d’achats de concentrés en protéine végétale (soja importé) seraient moindres, voire nuls.

Qui dit soja dit souvent soja OGM, transport et déforestation. Il n’est pas anodin de signaler que 70% des protéines végétales consommées dans l’U.E. sont importés et viennent des Amériques. Il n’est pas anodin également de dire, en cette période d’inondation, que les prairies absorbent les fortes pluies et jouent un rôle d’éponge, ce que les champs labourés ne font pas.

Les abandons de terres provoqueront le retour en friche. En cas de sécheresse, ces étendues seront vite des allumettes en puissance. De plus, les vaches et autres ruminants entretiennent les endroits difficiles.

Une citation du dernier ouvrage de Jean-Pascal Van Ypersele est par ailleurs très révélatrice : « Un seul trajet aérien, sur 1000 ou 2000 kms, peut effacer, en quelques heures, les gains obtenus par tous les petits gestes d’éco-consommation étalés sur une année entière ». Une autre citation de ce scientifique de renom, concernant le réchauffement climatique : « L’affaire est sérieuse ! ».

Il est dès lors évident que tout soutien à l’agriculture industrielle basée sur le libre-échange sans protection, est à revoir. Celle-ci n’est pas en phase non plus avec la lutte contre le réchauffement climatique. Ses pratiques impliquent plus d’utilisation d’énergie, plus de produits phytosanitaires et nécessitent plus d’ingrédients provenant d’importations.

L’agriculture industrielle veut produire des biens alimentaires aux coûts proches du marché mondial afin d’être compétitive (le libre-échange sans règle l’y oblige). C’est le moins cher qui remporte la mise.

A cela, n’oublions pas les impacts des exportations (lait en poudre notamment) sur les systèmes locaux (d’Afrique, d’Inde) et la précarisation des femmes, des familles, dont le revenu de subsistance dépend de leur propre production. Cette précarisation provoque davantage de migration vers les villes de leurs pays, mais aussi vers l’Europe.

De plus, c’est sans compter sur les externalités négatives qui ne sont pas prises en compte. Concernant le climat : davantage de transports, de déforestations, donc plus de GES (Gaz à Effet de Serre). Concernant l’économique : cela entraîne une volatilité des prix, imbuvable pour les producteurs !

Enfin, de nombreuses fermes réparties sur tous les territoires contribuent aussi à une meilleure protection sanitaire de l’ensemble des productions animale. Il est bien connu, que des fortes concentrations d’animaux, comme le suggère les productions industrielles, sont plus vulnérables aux maladies de toutes sortes. Le modèle de fermes à taille humaine, nombreuses, réparties partout, contribuera aux programmes de lutte contre les maladies infectieuses. Et par là même, cela rejoint les luttes actuelles concernant l’utilisation en excès d’antibiotiques.

La promotion des petites et moyennes fermes (à taille humaine) contribuera à apporter plus d’emplois, une nourriture locale de qualité, produite partout sur tous les territoires de l’U.E. Les petites structures apporteront leur contribution à la lutte contre le réchauffement climatique et une meilleure protection sanitaire. Elles sauveront plus aisément l’U.E. de la dépendance alimentaire et lui permettront de résister avec succès aux chocs à venir.

Ce choix permettra à l’Europe de réussir sa réorientation vers des valeurs humanistes, ce qui la rendrait désirable pour un grand nombre de citoyens.

La culture paysanne a un ancrage profond dans l’histoire de l’Europe. Le savoir et les valeurs que portent les paysans constituent un socle précieux pour l’avenir de celle-ci.

Défendons une réduction obligatoire de la production de lait et une régulation des volumes !

Encourageons le modèle de fermes à taille humaine !

Le Devenir de l’Europe en dépend !

 Henri LECLOUX,    Agriculteur

A l’heure où plusieurs voix s’élèvent pour mettre les régimes assurantiels au coeur de la prochaine PAC, Jean-Christophe Kroll (Agrosup Dijon) nous éclaire sur la question.

 

Après les médecins de Molière, les fables de La Fontaine

Lorsque les agriculteurs, avec la complicité coupable de certains économistes dont je fais partie, demandent pour pouvoir exercer leur métier dans des conditions économiques satisfaisantes permettant d’éviter les gaspillages et les surcoûts de transaction multiples qu’induit l’instabilité des prix, on explique à ces ennemis du progrès qu’ils n’ont rien compris aux vertus de marchés dégagés du carcan de l’intervention publique et rendus à la libre concurrence.

Mais, lorsque les assureurs expliquent que, pour faire leur métier, ils ont besoin d’une intervention publique systématique parfaitement automatique garantissant un prix de marché minimum, et d’une garantie financière des pouvoirs publics pour se réassurer, ces exigences paraissent relever d’une responsabilité économique parfaitement justifiée.

Dès lors, puisqu’il s’agit, dans un cas comme dans l’autre, de mobiliser la puissance et les fonds publics pour assurer les opérateurs, agriculteurs ou assureurs, contre le risque, la vraie question que devraient se poser les économistes n’est –elle pas de savoir quelle est la solution la moins couteuse : réguler les marchés agricoles ou réguler le marché des assurances agricoles ? Est ‘il vraiment sûr que cette seconde solution, qui consiste à livrer aux assureurs privés une clientèle agricole captive, en détournant une partie des fonds publics pour engraisser, sans aucune prise de risque, les actionnaires des compagnies d’assurance (ce que l’exemple des Etats-Unis tend à confirmer de manière spectaculaire), constitue vraiment un optimum économique, fût-il de second rang ?

Selon que vous serez puissant ou misérable….

                                                                                              Jean-Christophe KROLL, 06/04/2016

jc.kroll@agrosupdijon.fr

Réinventer l’agriculture
Gilles Luneau, rédacteur en chef de GLOBAL- 24 Février 2016
Aujourd’hui, crise laitière, crise bovine, crise porcine, hier crise du poulet, demain crise céréalière… La ferme France est gravement malade. Politiques et professionnels persistent à n’y voir que des malades isolés à qui on inflige des thérapies d’urgence. Pourtant, à l’instar de La Fontaine parlant des animaux malades de la peste, on peut aujourd’hui avancer à propos des paysans : ils ne meurent pas tous mais tous sont frappés, dans leur chair, leurs biens et leur esprit par un cancer nommé productivisme industriel. Qui aura le courage d’assumer le diagnostic ? Et de rédiger l’ordonnance.

paysans en colère

L’agriculture ne peut pas s’extraire de la vie et de la société. La société, au niveau mondial, vit une crise aux visages multiples et sans précédent dans l’histoire des civilisations humaines. Crise économique depuis les années 73-74, crise financière depuis le crack boursier de 2008 avec la crise sociale qu’elles entrainent ou aggravent ; crise des ressources naturelles disponibles ; crise démographique ; crise écologique avec la chute dramatique de la biodiversité et le réchauffement climatique. On peut légitimement se poser la question d’une crise globale, d’une crise de modèle non seulement économique mais d’une crise de mode de vie. En fait, c’est beaucoup plus qu’une crise, et le changement climatique en cours nous en fournit la preuve : nous avons mené une véritable guerre à la Terre depuis le milieu du XIXe. Une guerre d’épuisement pour ne pas dire d’extermination.

Ces dernières années, nous semblons découvrir le désastre, nous nous étonnons encore que la Terre réagisse. Elle ne se laisse pas faire. Nous avons tant dépassé tous les seuils de destruction de la biodiversité avec tout ce que cela implique de déséquilibres écosystémiques, de destruction des milieux naturels par l’extraction minière, par la déforestation, la poldérisation, l’urbanisation, la fragmentation des territoires, les pollutions de l’eau, du sol, de l’air que nous avons définitivement changé la Terre et la nature qu’elle porte. C’est ce que les scientifiques appellent désormais notre entrée dans l’ère de l’anthropocène. Le constat du Groupe d’experts intergouvermental sur l’évolution du climat (GIEC) est là et nul ne peut plus l’ignorer.

Il ne s’agit plus de discourir sur les causes d’une crise qui serait passagère, nous sommes sur le champ de bataille de la guerre que nous avons mené contre la nature. Il s’agit de regarder devant, de trouver les chemins de la paix et de la reconstruction d’une vie qui ne sera jamais plus comme avant la carbonification de notre atmosphère. Nous en avons pris pour des siècles, il faut s’en rendre compte. Ce n’est pas nécessairement catastrophique, mais il faut accepter de revoir entièrement notre mode d’habiter la Terre ; trouver les initiatives humaines et les innovations techniques qui vont permettre de muter vers une société décarbonée. Il ne faut pas se bercer d’illusion : il va y avoir économiquement des gagnants et des perdants, c’est tout l’enjeu du débat démocratique et des politiques publiques qui en sortiront.

Par un processus qui tient autant de l’engluement de notre inconscient collectif dans une notion de progrès – elle-même forgée dans une conception scientifique, économique et politique de domination de la nature – que des manœuvres des lobbies économiques, nous avons forgé une armure idéologique qui fausse notre vision du monde. Les oeillières qui la caractérisent s’appellent croissance, PIB, compétitivité, parcellisation des tâches et des savoirs, soumission à une vision cartésienne de la société.

A l’heure où l’on revisite les modes de production, de vie et d’organisations à l’aune de leur addiction au carbone, on doit aussi s’interroger sur l’organisation en filières de l’agriculture française. Elle est le reflet de l’idéologie industrielle, technique, qui la structure et la précipite à sa perte aujourd’hui.

Urgence climatique
L’agriculture est le premier secteur concerné par le changement climatique, tant celui-ci impacte l’ensemble des facteurs et ressources nécessaires à son bon exercice. Le gain en croissance des végétaux dans l’hémisphère nord ne sera pas suffisant pour compenser les baisses de production dues à la raréfaction de l’eau, l’appauvrissement des sols et leur désertification dans les régions les plus exposées aux extrêmes climatiques. Même contenu, même atténué, le changement climatique oblige les agricultures du monde à s’adapter. Le modèle agronomique de la « révolution verte », basé sur l’intensification de la production par les engrais minéraux et de synthèse, la concentration des exploitations, l’irrigation et la mécanisation doit être révisé en fonction des nouvelles contraintes pédo-climatiques, de l’eau renouvelable disponible, de la biodiversité et de la réduction des émissions de GES. On va manger plus local, moins carné, avec des variétés rustiques de végétaux, mais peut-être aussi aller puiser dans les algues ou les insectes les nutriments nécessaires à notre santé.

Formatage industriel
Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, l’agriculture française s’est organisée selon le modèle industriel. On a jeté aux orties les siècles de savoir-faire, les variétés végétales et animales, fruits d’une longue sélection des écosystèmes locaux, pour leur préférer une simplification ancrée dans la pensée d’ingénieur, la logique technique. Véritable normalisation dévastatrice de pratiques, de pensées, de liens sociaux, d’écosystèmes. On en dira jamais assez combien la pensée d’ingénieur est dictatoriale en ce sens qu’elle soumet le monde au diktat mathématique le plus élémentaire : du basique qui élimine ce qui le gêne – le hasard, l’imprévu, le subjectif, les affects, la créativité – dans la mise en équation du monde. Qui plus est, cette pensée se structure autour des moyens techniques qu’elle a à sa disposition et qu’elle façonne au fur et à mesure de ses besoins, sans jamais remettre en cause le postulat de départ qui peut être erroné ou simplement obsolète. Très vite, c’est donc la technique disponible qui engendre la pensée d’ingénieur. C’est vulgairement illustré par les expressions « il n’y a pas de problème, que des solutions » ou « cet appareil, cette technique, vont révolutionner la production » ou encore « c’est la faute à l’ordinateur ». De cette pensée affaiblie et soumise à l’empire technique est né le concept de filière agricole. L’idée de base est très simple : rassembler les différents acteurs d’une production, de l’amont à l’aval, car ils ont des intérêts communs. L’idée est séduisante en ce qu’elle évacue la complexité de l’acte agricole, son interdépendance avec le milieu naturel.

Echec gravissime avéré
Le gros problème, c’est que la culture et l’élevage sont des activités de dialogue avec le vivant dans toute son arborescence, toutes ses multiples interactions (entre espèces, avec le milieu, le lieu, l’être humain). Rien à voir avec une usine métallurgique où la fabrication d’une pièce n’est déterminée que par un cahier des charges de données physiques ou chimiques, d’outilset de gestes, prévisibles et prévus. Contrairement à l’agriculture qui se pratique avec des facteurs aléatoires tels le climat, la génétique, la biochimie du sol, la qualité de l’air, de l’eau et l’humeur du paysan. Ce qui est réductible en gestes économes sur une chaîne de montage automobile, devient vite catastrophique à la ferme. Nous l’avons sous les yeux avec les élevages concentrationnaires où nous considérons les animaux comme les objets d’un processus de production; avec les grandes monocultures ravageuses du sol, de la biodiversité et du paysage. Avec le lent empoisonnement par la chimie agricole, là encore pur produit de la logique technique : on ne s’interroge pas sur la venue d’un prédateur ou le surgissement d’une maladie, on réduit le fait à un dysfonctionnement auquel il faut une solution rapide ; solution illusoire comme le prouve, par exemples, l’histoire des résistances aux herbicides et la mutation des pathogènes.

Oser le bilan
Il est grand temps de rompre avec l’organisation industrielle de l’agriculture! Elle repose sur des associations spécialisées de producteurs (et non plus de paysans) et l’organisation en filière de production. On n’y raisonne pas en fonction des besoins d’un territoire mais d’objectifs nationaux et internationaux définis par les exigences de rentabilités des acteurs non-paysans de la filière (industrie agroalimentaire, grande distribution, industrie de la génétique, machinisme agricole). Rappelons que les crises actuelles (bovine, porcine, laitière) touchent 10% des élevages français, majoritairement les plus industrialisés (chiffres ministère de l’agriculture).

La filière est l’outil principal du productivisme. Certes, elle a permis de produire les volumes nécessaires quand il a fallu, après la Seconde guerre mondiale, reconquérir l’autosuffisance alimentaire du pays. Par, contre elle n’a pas su se réguler et, pire, elle a d’une part fait baisser les prix agricoles car c’est un système dont la logique est la destruction continue de la valeur du travail (l’homme y devient une variable d’ajustement économique) ; d’autre part, elle a accru la concurrence entre paysans sur un même territoire, chaque crise se soldant par l’élimination d’une partie d’entre eux (concurrence acharnée pour l’agrandissement, les droits à produire, les terres) et entre régions (parce que la filière ne se pense jamais comme accès à une demande limitée par la démographie d’un territoire mais toujours à une demande croissante fictive, dont le mythe de l’exportation est un ressort). A chaque crise, au nom de la préservation de « l’outil de production », les grosses fermes dévorent les petites : la filière est mère de la concentration de la production agricole. Elle a ruiné et détruit la société paysanne et rurale. Il nous faut penser la séparation de la filière d’avec le productivisme.

La filière est au cœur du système d’endettement des agriculteurs, pour le plus grand bénéfice de l’amont (qui vend au plus cher) et de l’aval (qui veut la matière première au prix le plus bas). Seul l’agriculteur prend les risques économiques. C’est lui qui emprunte pour les bâtiments, le matériel, le cheptel sans pour autant pouvoir négocier ni ses prix d’achats … ni ses prix de vente. La filière a un effet ciseau sur le paysan qui le ruine et le pousse aujourd’hui au suicide (un suicide d’agriculteur tous les deux jours).

La filière est un facteur de perte d’indépendance de la ferme, un outil de soumission du paysan aux multinationales. Aujourd’hui les filières sont largement contrôlées par les grands groupes industriels agroalimentaires, coopératives comprises. Recherche et génétique en amont, transformation et distribution en aval. Une filière est segmentée par acteurs avec très souvent une parcellisation des tâches. Par exemple la filière « poules pondeuses » est segmentée en « multiplicateurs » de poulets d’une race hybride qui fournissent des œufs à des « accouveurs » qui font éclore les œufs et trient les poussins (on ne garde que les femelles) ; ces poussins sont confiés à des « éleveurs de poulettes » qui fournissent les poules pondeuses aux « producteurs d’œufs ». La filière s’organise d’abord autour du produit et de son prix, d’où la recherche de la compétitivité … jusqu’à l’autodestruction de la filière. Elle est rarement organisée autour des hommes – producteurs et consommateurs – et autour de la qualité (et c’est même vrai dans les AOP).

La filière produit le plus souvent une « pensée en silo », abandonnée à sa seule logique technique. On n’y fait peu de cas de « l’horizontalité de la ferme » : rapport au sol, aux voisins, aux approvisionnements et besoins locaux, aux biens communs, aux visions d’aménagement et de développement du terriroire, au vivre ensemble, au paysage.

La filière fausse le rapport à l’espace et au temps. Dans une organisation verticale, la pensée l’est aussi et évacue la complémentarité entre agriculture et territoire. L’agriculteur pense plus souvent aux contraintes de l’amont et de l’aval qu’à l’insertion de son activité dans le territoire. Le rapport au temps n’est plus celui des saisons et des rythmes biologiques des animaux mais celui qu’on doit leur imposer pour répondre à la demande des industries d’aval. Chez les végétaux, la filière les a adaptés aux besoins de la mécanisation, au détriment de certaines qualités botaniques et au détriment des sols, compactés par les engins, dévitalisés et pollués par la chimie de synthèse.

La filière est le véhicule des normes. Les normes sont l’expression d’une pensée. La pensée industrielle européenne ne produit pas les mêmes normes que la pensée nord-américaine car historiquement elles sont le produit de rapports de forces différents entre le social et l’économico-politique. Les normes, c’est tout l’enjeu des tractations secrètes actuelles du Traité de libre échange transatlantique (TTIP/TAFTA).

La filière allonge la distance entre la ferme et le consommateur, au détriment économique des deux.

La crise syndicale actuelle est un fruit de la faillite du modèle filière. La contestation de la FNSEA par ses membres, la désyndicalisation, la radicalisation populiste traduisent le désespoir des agriculteurs face à l’anthropophagie du système filière. Il ne fait plus rêver personne. A chaque crise on se dit c’est à qui le tour de disparaître ? Depuis la Libération, le syndicalisme agricole a épousé sans réserve la logique industrielle de développement. Les coopératives qu’il contrôle dévorent leurs adhérents avec le même appétit que les entreprises privées. Cette idéologie technique a fait rêver les paysans en promettant de leur faire quitter leur condition pour leur donner la reconnaissance d’un métier. Confiants, les femmes et les hommes de la terre sont devenus des professionnels avec un diplôme d’agriculteur. Puis le métier d’agriculteur n’a plus satisfait l’industrie agroalimentaire qui a exigé de chaque exploitant agricole qu’il se spécialise (porc, bovin, volaille, grandes cultures…). Ensuite, l’industrie a imposé une segmentation de la spécialité (naisseurs, engraisseur, multiplicateur de semences, maïsiculteur…). Le syndicalisme a toujours suivi, multipliant les associations spécialisées et les filières. Nous abordons maintenant la phase de substitution de ce qui reste d’agriculteurs par des robots. Il y en aura bientôt au volant des tracteurs. Et les premiers essais de fabrication de viande artificielle sont concluants. Que va faire le syndicalisme ? Défendre les filières d’usines automatisées de production d’aliments ?

Réinventer l’agriculture
Constat fait de la rupture de savoir agronomique de ces cinquante dernières années, il nous faut réinventer l’agriculture. Cette réinvention passe par l’abandon de l’actuelle organisation en filières industrielles. Mon propos n’est pas de dire qu’il faut abandonner le principe de complémentarité d’acteurs qui fonde les filières mais de le remettre à plat de l’amont à l’aval. Comme on doit revoir de fond en comble l’organisation générale de la société en fonction de ses émissions de gaz à effet de serre et son empreinte écologique.

Il faut redéfinir le cadre conceptuel des filières en les territorialisant, en intégrant les exigences de l’agro-écologie et les contraintes (atténuation, adaptation) du changement climatique. Sans omettre d’introduire cette nouvelle approche dans l’enseignement et la formation agricoles, ce qui veut dire aussi arrêter d’enseigner l’agriculture industrielle.

Réinventer les filières avec les contraintes de l’atténuation du réchauffement climatique et de l’adaptation aux changements qu’il induit, cela veut dire rompre avec les critères de base de l’agriculture industrielle enracinée dans le pétrole et la chimie de synthèse qui en découle. Diminuer les émissions de dioxyde de carbone mais surtout de méthane et de protoxyde d’azote conduit à revoir les modes d’élevage et leur niveau de productivité ; revoir le travail et l’entretien des sols, la consommation d’eau, la consommation d’énergie fossile (machinisme, transport) ; la consommation d’énergie sur la ferme ; la lutte contre le gaspillage (des ressources naturelles, des denrées alimentaires) ; l’utilisation des pesticides ; l’adaptation du matériel génétique aux nouvelles conditions climatiques (races et variétés rustiques, échanges d’expériences, tests…). On a plus que jamais besoin des semences paysannes, réservoirs de gènes endormis gardant la mémoire d’autres régimes climatiques.

Rompre avec la fragmentation de la pensée, c’est avoir une stratégie de développement des territoires positionnant l’agriculture comme une des actrices centrales de la vie. L’identification des enjeux collectifs généraux, les impacts socio-économiques des productions agricoles, la prévention de la santé, impliquent d’incorporer dans la gouvernance locale, régionale, la dimension de gouvernance alimentaire.

Par son impact sur le milieu naturel, l’agriculture a des responsabilités dans la préservation de la biodiversité domestique et sauvage. La biodiversité se préserve « horizontalement » et réclame donc une pensée d’écosystèmes.

Réfléchir à la territorialisation des filières, à leur interaction avec leur milieu géographique et humain, c’est aussi étudier l’intégration des activités agricoles et agroalimentaires dans l’économie collaborative et l’économie circulaire du territoire considéré. Le développement, la transition énergétique et écologique ne peuvent se penser acteur par acteur mais avec l’ensemble des acteurs. Cela va jusqu’à l’implication dans la démocratie locale. Une filière doit satisfaire au développement durable du territoire de ses différents acteurs. Par exemple, la production d’énergie par les exploitations agricoles se pense à l’échelle locale/régionale et non pas comme un tuyau vers le réseau national. Dans cet esprit, le travail en réseaux prend toute son importance : réseaux locaux d’entreprises, de moyens, de clients, de consommateurs.

Le comportement des consommateurs évolue aussi avec les enjeux du changement climatique : le développement des circuits courts, l’agriculture urbaine, la baisse de la consommation de viande, autant de tendances qu’il faut aussi intégrer dans la révision de la carte territoriale agricole.

Recouvrir une pensée globale des interactions locales suppose de dépasser la conception spatiale du territoire, pour penser les territoires tels qu’ils sont vécus : multiples, se chevauchant, jamais statiques. Territoire-contenant (administratif, politique) ; territoire construit (par les activités de production, la culture, les loisirs, les regroupements d’acteurs autour d’un sujet, d’un problème) ; territoire de la mobilité (ex : les gares devenant des espaces de shopping).

Cette pensée globale des interactions locales doit pouvoir s’élaborer dans des lieux de confrontation des approches. On pourrait envisager d’ouvrir les Chambres d’agricultures à la société civile, aux différents usagers de la nature. Elles pourraient devenir des « Parlements régionaux de la nature » où s’harmoniseraient les champs de la gouvernance (alimentaire, écologique, climatique, économique…), où la nature aurait une place politique.

Imaginer un instant que l’on mette ce dispositif en place pour que l’ensemble de la société s’empare, par région, des crises agricoles précitées et tende la main aux agriculteurs en détresse ? Chaque région s’emparerait de la politique agricole : étudier les urgences, évaluer l’autonomie et la sécurité alimentaire régionales, prendre les décisions en conséquences. A partir de là, réclamer le pilotage des aides d’urgence du ministère de l’Agriculture et de l’Union européenne. Pilotage sur projet politique précis. Mobiliser la société civile pour faire société autour des agriculteurs en crise. Pour leur dire « vous n’êtes pas seuls » et travailler ensemble aux solutions.

Courage politique
La gravité de la situation actuelle exige de sortir des clivages syndicaux ou corporatistes. Il faut tendre la main aux naufragés, même si l’on peut penser qu’ils sont à la fois les victimes et les acteurs de leur malheur. Parce que sont des femmes et des hommes dans la détresse, abandonnés par les responsables – politiques, syndicaux- qui les ont conduit dans ce modèle économique. Nous avons aussi l’obligation stratégique de remettre à plat notre modèle agricole car c’est de notre nourriture quotidienne dont il s’agit. Il est donc légitime que chacun-ne s’en inquiète.

Les solutions alternatives à l’agro-industrie ont fait leurs preuves, elles protègent aujourd’hui l’agriculture paysanne de la crise. Il faut maintenant changer d’échelle. Mais les réussites d’autres modèles agronomiques restent de toute façon hors de portée d’un éleveur étranglé par les dettes et coincé dans un appareil de production intransformable. Désespérément seul face aux créanciers. Il faut être capable de lui proposer une solution d’urgence et une vision stratégique, collective, pour s’en sortir. Au rayon des solutions d’urgence, il y en a deux de bon sens : interdire la vente à perte au niveau européen et limiter les volumes de production. Cela permettrait de s’asseoir calmement autour d’une table pour discuter de l’avenir. Pour réfléchir aux régulations à mettre en place qui ne favoriseraient pas les élevages industriels. Pour plafonner les aides européennes et garantir un revenu minimum aux petites fermes. Pour soutenir la conversion à des pratiques agricoles climato-compatibles. Pour créer des exportations agricoles équitables intra-européennes.

Désindustrialiser les filières redonne à l’agriculture et à la nourriture une place centrale dans la société et peut devenir un levier puissant de la transition écologique. Nous avons aussi besoin de cette réflexion pour affronter la concurrence internationale, pour lui opposer un modèle performant non sur le terrain du prix bas mais performant en qualité des produits, en social, en dimension écologique, en qualité de vie. La négociation en cours sur le traité de libre échange transatlantique est une bataille de normes. Les nôtres s’inventent aujourd’hui dans la désindustrialisation de l’agriculture. Des normes de résistance positive.

C’est donc un énorme chantier qu’il faut ouvrir maintenant car, sous le temps long agricole, il faut du temps, et une vision, pour réorienter la Ferme sans provoquer de rupture de l’offre alimentaire. Pour ne pas regretter ces prochaines années les choix que l’on ne voudrait pas faire aujourd’hui. Du temps, une vision et du courage politique. Denrées rares.

http://www.globalmagazine.info/2016/02/24/lagriculture-malade-de-lindustrie-1456338967

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Gilles Luneau, rédacteur en chef de GLOBAL

Roppa-livret-FR

africa

L’OMC réunit actuellement à Nairobi sa conférence ministérielle. A cette occasion , voici, en document joint, la proposition du ROPPA (Réseau des organisations paysannes de l’Afrique de l’Ouest) pour changer les règles actuelles du commerce international agricole, qui datent de 1994.

5 règles de l’OMC à changer pour la souveraineté alimentaire:

  • ré-autoriser les exceptions agricoles du GATT sur la protection à l’importation,
  • réformer la définition du dumping dans le GATT et l’accord anti-dumping,
  • abolir la distinction des subventions  dans l’AsA selon leur niveau supposé de distorsion des échanges,
  • ré-écrire l’article 9 de l’AsA: « toutes les subventions internes aux produits exportés sont des subventions à l’exportation. »
  • changer les règles de l’AsA sur les stocks publics.

 

http://www.agrobiosciences.org/article.php3?id_article=3995#nb1

Modèles agricoles, paysans, agribusiness,… :

Au-delà des mots : des processus, des réalités et des choix politiques

 

Le débat agricole est souvent encombré de mots ou d’expressions qui se heurtent à l’impossibilité de les définir : petite/grande exploitation, agriculture familiale,  agriculture industrielle,…. Ils cachent en fait des processus bien réels, d’abord perçus par ceux qui en sont les victimes. L’agrandissement des exploitations se fait aux dépends d’exploitations plus petites. L’industrialisation et la financiarisation de l’agriculture marginalise les exploitations plus autonomes, où les moyens de production sont encore aux mains des agriculteurs.

Plutôt que de chercher des frontières entre « modèles », le débat doit porter sur les processus à l’œuvre, résultats de politiques menées et susceptibles d’être changées. Bien sûr qu’à l’instant t de nombreuses formes d’agriculture coexistent, mais leurs dynamiques sont bien différentes.

Un cas d’école dans ce débat reste celui du « modèle agricole européen », leurre[1] lancé en 1998 par le Copa[2], repris par  la Commission européenne avant la réforme PAC de l’Agenda 2000 et la conférence OMC de Seattle de  1999.  Ceux-là mêmes qui ont poussé à l’industrialisation-américanisation de l’agriculture européenne mettaient tous les agriculteurs européens dans un même sac sous-entendu plus vertueux, plus légitime à recevoir les paiements directs sans plafond de la boîte verte[3]. C’était faire fi de la réalité : les élevages industrialisés de porc au Danemark ou en Bretagne, et la culture extensive de l’olivier dans les montagnes grecques  faisaient-ils partie du même modèle agricole européen ?

Le leurre a échoué à l’OMC, mais a quand même fonctionné dans le débat PAC en empêchant une remise en cause de modes de production industrialisés aux externalités négatives coûteuses pour les contribuables/ consommateurs/environnement.

Ici la coexistence était poussée à l’extrême, niant la grande diversité des situations, des modes de production, des structures pour mieux occulter qu’une partie de l’agriculture se développe aux dépends des autres.

La réalité,  ce sont les résultats des processus à l’œuvre :

– En 2010, 3% seulement des exploitations agricoles de l’UE contrôlaient 50% des terres agricoles (pour la France, 18% des exploitations exploitent 59% de la surface agricole). La PAC, avec des aides à l’hectare quasi non plafonnées depuis 1992, n’y est pas pour rien…..

– En 2013, 1,7% des bénéficiaires des aides PAC – celles recevant plus de 50.000€-  touchaient 1/3 de l’ensemble des aides, tandis que 79% des bénéficiaires – celles recevant moins de 5000€- touchaient seulement 16% des aides.

– Entre 2003 et 2010, l’UE a perdu 20% de ses exploitations, soit 3 millions.

On peut continuer à clamer qu’il faut faire vivre toutes les agricultures, qu’il y a de la place pour tout le monde et que la diversité des exploitations et des territoires est une richesse de l’UE. La réalité est autre : les politiques agricoles et commerciales favorisent très largement la concentration et l’industrialisation de la production et les financent, accordant des miettes aux autres processus (circuits courts, agro-écologie, autonomisation,….). La diversité agricole de l’UE se restreint, des territoires agricoles se vident et le régime crétois n’a aucun sens avec des légumes de serre industrialisée.

Mais le productivisme agricole et les politiques agricoles et commerciales néolibérales se trouvent aujourd’hui face à des défis qu’ils sont incapables de relever : volatilité des prix destructrice, réchauffement climatique, perspectives de l’après-pétrole, externalités négatives de plus en plus chères – environnement, santé, chômage, désarticulation territoriale-, …..

Les exploitations agricoles qui ont fait le choix de plus d’autonomie par rapport à l’aval (circuits courts) et l’amont (agro-écologie) résistent mieux aux crises récurrentes, tandis que les initiatives paysannes et citoyennes se multiplient pour relocaliser la production/consommation, avec un engouement certain des consommateurs, qui aiguisent quelques appétits de l’aval. Est-ce là la relève et la réponse aux défis cités ?

Pour cela, il faudra qu’elles dépassent une partie encore marginale du marché, ce qui suppose qu’un nouveau cadre de politique agricole et commerciale (européen, international) change les priorités.

On ne répondra aux défis qu’en inversant les processus actuels de concentration et d’industrialisation. Exploitations paysannes et agro-business coexisteraient encore, mais avec des dynamiques inversées.

Gérard Choplin

[1] Voir le communiqué de la Coordination Paysanne Européenne du 8-9-98 : https://gerardchoplin.wordpress.com/1998/09/08/le-modele-agricole-europeen-un-leurre/

[2] Comité des organisations professionnelles agricoles de l’Union européenne

[3] Instrument instauré à l’OMC par l’UE et les USA, qui leur a permis d’accorder, sans limite, des subventions découplées de la production. En lien avec l’abaissement des prix agricoles européens aux prix mondiaux, qui approvisionnent l’aval à bon marché, les subventions de la boîte verte permettent de continuer à exporter à des prix souvent inférieurs aux coûts de production européens.

Références:

  • “Souveraineté alimentaire: que fait l’Europe ? »

Ouvrage collectif  coordonné par Gérard Choplin, Alexandra Strickner, Aurélie Trouvé- Syllepse- 2009

http://www.syllepse.net/lng_FR_srub_97_iprod_428-souverainete-alimentaire-que-fait-l-europe-.html

  • Etude du Parlement Européen sur la concentration et l’accaparement des terres agricoles en Europe– mai 2015

http://www.europarl.europa.eu/RegData/etudes/STUD/2015/540369/IPOL_STU(2015)540369_EN.pdf

tableaux pages 24 -25, 32 –  voir communiqué ECVC http://www.eurovia.org/spip.php?article758

  • Répartition des paiements directs par tranches de paiement direct dans UE-28 et Etats membres :

http://ec.europa.eu/agriculture/statistics/agricultural/2013/pdf/c6-1-361_en.pdf  tableau 3.36.1.14- page 11

  • 2014, année internationale de l’agriculture familiale : mise en scène ou opportunité ?

https://gerardchoplin.wordpress.com/2013/12/18/68/

Le marché laitier mondial est un piège pour les éleveurs et un pari fatal pour l’Union Européenne.
André Pflimlin, 13 juillet 2015
lait-
       Depuis quelques semaines on découvre qu’il y a trop de lait, non seulement sur le marché européen mais aussi sur le marché mondial ! Nous l’avions annoncé dès la rentrée de septembre 2014(1) mais le prix du lait était encore trop élevé pour que ce message soit entendu. La contrainte des quotas et le poids des pénalités en Europe du Nord puis une mini sécheresse en Nouvelle Zélande -très bien médiatisée- avaient permis de gommer cette première alerte. Fin 2014, les frigos des laiteries étaient pleins à raz bord mais pour Bruxelles il n’y avait pas de stocks publics, pas d’intervention, donc pas de problème. C’est la Rabobank (le Crédit Agricole des Pays Bas) qui avait annoncé dès le printemps 2015 que le marché mondial laitier serait saturé jusqu’à l’automne, voire au delà. Elle vient de le confirmer fin juin(2) en reportant l’embellie probable à 2016. En effet, en Nouvelle Zélande, les prix des poudres de lait qui stagnaient autour de 1800 à 2000€ la tonne depuis l’été 2014, ont chuté de 5 à 10% le 7 juillet dernier, correspondant à la 8ème baisse consécutive depuis fin mars, alors que la nouvelle campagne laitière vient juste de redémarrer. Mais la production des principaux exportateurs ne s’est pas ralentie. Ni en Nouvelle Zélande malgré un prix du lait à la ferme à moins de 250€ la tonne depuis un an. Ni aux Etats Unis où le prix du lait a baissé nettement moins vite et moins fort et où la nouvelle loi sur la garantie de marge laitière vient de se mettre en place. Ni en Europe, malgré un prix du lait moyen autour de 300€ la tonne ces deniers mois, largement en dessous des coûts de production et masquant les situations les plus dramatiques. Dans les Pays Baltes, particulièrement touchés par l’embargo russe, le prix du lait est inférieur à 200€ la tonne depuis des mois ; ce printemps il était même à 160 –170 €/t en Lituanie pour les éleveurs en coopérative de vente et à 100€ sur le marché libre(3). Cette fois les conjoncturistes européens et français ne nient plus la crise. Le Parlement Européen s’en inquiète, les ministres de l’Agriculture aussi, mais l’Irlandais Phil Hogan, commissaire européen à l’Agriculture, continue à nier la crise. En espérant un miracle ou peut être une grande sécheresse pour éviter l’explosion à la rentrée de septembre? Plus sérieusement et malgré un discours plus polissé que celui de Mariann Fisher Boel, le nouveau commissaire, après l’intermède dacian Ciolos, s’inscrit parfaitement dans le choix « du tout marché» de la Commission, donc de la « guerre du lait interne et externe» annoncée dès 2009.
        Pour comprendre les vrais enjeux de cette crise, pour ne pas se contenter d’une nième aide ponctuelle arrachée à Bruxelles, il faut prendre un peu de recul, revenir sur les choix stratégiques qui ont été faits il y a plus de 10 ans et dont on constate les effets aujourd’hui, quelques mois après la fin des quotas. Cette note ne fait que résumer et actualiser le message principal de notre livre sur l’Europe laitière publié en 2010, suite à la grève du lait de 2009 et qui dénonçait la double impasse de la politique laitière européenne: le marché libéral et le modèle de production industrielle(4).
       Les risques de cette dérégulation avaient déjà été dénoncés par de nombreuses instances européennes, mais toujours niés par la Commission. Aujourd’hui, c’est l’heure de vérité ; c’est aussi le moment d’expliquer ce qui se passe, pour proposer les vrais changements qui s’imposent.
I. Pourquoi le marché mondial est il un leurre pour les éleveurs européens ?
      Parmi les justifications de la Commission pour la suppression des quotas, l’accroissement de la demande mondiale en produits laitiers était l’un des arguments majeurs, largement repris par les grands groupes laitiers européens privés ou coopératifs. Bloquée par les quotas depuis 30 ans, l’Europe avait perdu des parts de marché au profit de la Nouvelle Zélande qui avait triplé ses exportations. Il fallait donc revenir en force pour reconquérir les marchés asiatiques en pleine expansion, l’eldorado chinois tout particulièrement. Ce discours simple et percutant était rarement étayé par une étude un peu solide, alors qu’il était pourtant bien fragile… Car il ne faut pas confondre l’évolution de la consommation mondiale en produits laitiers à long terme et le marché mondial qui reste marginal et nettement plus chaotique à court et moyen terme.
A. Le marché mondial des produits laitiers reste marginal en volume et surtout en valeur (5)
      La production et la consommation mondiale de lait sont l’ordre de 800 millions de tonnes par an (780 M t en 2013) avec une croissance moyenne de 1.5 à 2% / an, soit +12 à 16 M T / an.
Le marché mondial des produits laitiers ne porte que sur 7% de la production laitière totale soit 55 millions de tonnes équivalent-lait en 2013. Sauf exceptions, c’est un marché de surplus, l’essentiel de la production est autoconsommée dans les pays ou unions de pays.
     C’est un marché avec une croissance moyenne de 3 à 4% par an depuis 2000, soit environ + 2 M t /an mais à forte variabilité entre produits et entre années.
     Les produits industriels standardisés, donc très concurrentiels représentent l’essentiel des volumes (poudres de lait et de lactosérum, beurre et ingrédients divers). Les exportations de fromages ont cependant, progressé plus rapidement sur la dernière décennie, représentant un quart des tonnages en 2013 et nettement plus en valeur. Malgré cela, la majorité des investissements européens récents portent sur les tours de séchage pour faire de la poudre.
Trois exportateurs fournissent plus de 70% du marché mondial. Ils ont des modes de production très différents et plus ou moins sensibles aux aléas climatiques ou aux prix des céréales. Une bonne ou une mauvaise année chez l’un des trois fait chuter ou flamber les prix mondiaux.
La Nouvelle Zélande fait du lait de pâturage, avec des coûts de production très faibles, (<200€/t.) mais la production est très sensible à la pluviométrie (+/-10% = +/- 2 M t /an entre années extrêmes, bien arrosée ou sèche).
      Les Etats Unis font l’essentiel du lait avec du concentré très lié au prix du maïs mais les gros troupeaux hors-sol ont de faibles charges de main d’œuvre et de bâtiments, du fait de l’absence de règles sociales et environnementales dans la plupart des Etats de l’Ouest.
Les pays de l’UE ont des modes de production souvent intermédiaires entre les deux précédents mais avec des troupeaux beaucoup plus petits et des charges nettement plus élevées pour le logement et l’équipement du fait du climat mais aussi des règles environnementales et sociales plus strictes.
      La Nouvelle Zélande exporte plus de 90% de sa production principalement sous forme de poudre et beurre, produits pour lesquels elle couvre un tiers du marché mondial et par conséquent elle y impose ses prix. Pour les USA l’export ne représentait que 5-7 % jusqu’en 2008 contre 10% pour l’UE. Mais c’est un secteur en forte expansion pour ces deux challengers qui veulent gagner des parts du marché asiatique aux dépens de la NZ et de Fonterra, principal fournisseur régional qui y est historiquement très bien implanté et qui dispose d’une matière première bon marché. Ainsi Fonterra, «coopérative» qui a le quasi-monopole de la collecte, de la transformation et des exportations, couvre 90% des importations chinoises en poudres grasses et 50% en poudre maigres, les poudres grasses représentant 75% du total. Par conséquent la lutte pour ce marché chinois s’annonce particulièrement risquée pour les laiteries européennes qui y vont en ordre dispersé.
B. L’alignement du prix du lait en Europe sur le marché mondial se traduit par une volatilité croissante et incontrôlable
     Nous avons vu précédemment que le marché mondial des produits laitiers était très étroit, très sensible aux aléas climatiques et hyper concurrentiel puisque l’essentiel des volumes porte sur les poudres de lait standards, qui de surcroît se stockent et se prêtent bien à la spéculation. En 2014 on a additionné les conditions favorables à la production (prix du lait élevé et alimentation abondante), alors que les marchés chinois et russes se réduisaient brusquement.
     Mais au delà de ces évènements conjoncturels il apparait clairement dans les graphiques de la Commission (6) que le prix du lait à la ferme en Europe est désormais très lié aux cours mondiaux beurre –poudre dont la volatilité est croissante ( graphes 1 et 2) Cet alignement n’est pas cohérent avec le fait que près de 90% de la production est consommée sur notre marché interne sous forme de produits laitiers à plus forte valeur ajoutée que le beurre poudre du marché mondial ! A qui profite ce différentiel ? Seuls le lait Bio et le lait d’un certain nombre d’AOC-AOP fromagères ne suivent pas le prix du lait mondialisé.
    Cette volatilité du prix du lait n’est pas compatible avec le développement d’une production laitière durable et de qualité, ni avec l’installation des jeunes qui n’ont plus aucune garantie de revenu et qui sont à la merci des banques dès qu’ils prennent le risque d’investir.
     C’est pourquoi il faut dire clairement que la crise de 2015 n’est pas un accident imprévisible mais bien le révélateur des effets de la dérégulation programmée par la Commission, sans nouvelles mesures de sécurisation des revenus. Reprenons les faits pour bien comprendre :
En 2014, année favorable pour le prix du lait et pour les fourrages, la production laitière a augmenté de près de 10 % en NZ, 5 % en UE et 2,4 % aux USA, soit un surplus de lait de plus de 11 millions de tonnes pour ces trois concurrents et dont l’essentiel a été transformé en poudre de lait, soit un surplus de 20% par rapport au marché mondial. Parallèlement la production mondiale ayant augmenté de 20 millions de tonnes, il n’y avait pas de pénurie non plus dans la plupart des autres pays.
      Depuis août 2014, l’embargo russe sur les produits laitiers a fermé un gros marché pour l’UE, notamment sous forme de fromages et beurre représentant l’équivalent de 2 millions de tonne de lait par an. Faute de solution à la crise ukrainienne, cet embargo perdure et ces 2 millions de tonnes viennent s’ajouter aux 11 millions de surplus de production en 2014.
     La Chine a fait des achats massifs de poudre au 1er trimestre 2014, prolongeant les achats déjà importants de fin 2013. Ces très fortes importations ont pénalisé le prix du lait interne qui était monté à plus de 500€ la tonne fin 2013, pour rechuter de 20% au printemps 2014. Cette crise a entrainé de nombreuses cessations, notamment chez les petits producteurs souvent éliminés de la collecte, mais aussi dans les grands troupeaux. Ce qui a justifié une intervention des pouvoirs publics chinois qui misent sur le développement des très grands troupeaux intégrés aux laiteries pour sécuriser leur production laitière (7) A partir du 2ème trimestre 2014 les importations ont été nettement plus modestes et ce jusqu’à l’été 2015. De plus la croissance du pays s’est ralentie dans de nombreux secteurs et la bourse de ShangaÏ vient de perdre 30% ce début juillet. A moyen terme, les importations chinoises de poudre pourraient rester au niveau des années 2011-2012 plutôt que celui du pic 2013-14.
     Face au surplus d’offre et à la réduction de la demande ( Chine et Russie) le prix du lait s’était effondré sur le marché mondial avec une chute de 40% du prix du lait à la ferme en Nouvelle Zélande dès l’été 2014. La chute a été de 30% en Europe de façon plus progressive et plus marquée au Nord et à l’Est. Par contre, aux Etats Unis, le prix du lait est resté élevé jusqu’en fin 2014, du fait d’une demande soutenue en beurre pour le marché interne et pour le Japon.
En 2015 la production s’était ralentie en Europe au cours du 1er trimestre sous l’effet conjugué de la baisse du prix du lait et des pénalités en cas de dépassement du quota, près de la moitié de la production UE étant encore bridée par les quotas. Une mini-sécheresse en NZ avait entrainé une remontée des cours faisant les gros titres des journaux agricoles de mars. « Une hausse spectaculaire qui semble s’inscrire dans la durée ; c’est un mouvement puissant qui laisse présager des cours très élevés au deuxième semestre, après le pic de collecte» pouvait- on lire dans l’Eleveur Laitier de mars 2015. Hélas, l’embellie fut de très courte durée. Un peu de pluie en NZ et depuis la fin des quota, une forte relance de la production dans les pays d’Europe du Nord et du Nord Ouest ont balayé ces prévisions un peu top hâtives. D’où ce nouveau titre dans l’Eleveur Laitier de juillet « Face au rebond de la production, plus personne n’envisage d’embellie»
    En Nouvelle Zélande, la campagne laitière 2014-15 s’est terminée avec une collecte supérieure au record historique précédant et ceci malgré un prix du lait en baisse de 40% et un coup de sec en janvier- février 2015. Avec un coût de production autour de 200€ par tonne, main d’œuvre comprise, les éleveurs néozélandais semblent bien résister à un prix du lait à 240€ la tonne depuis un an.
    Il n’en est pas de même des éleveurs européens dont les coûts de production sont plus élevés et nettement plus variables selon les pays et les systèmes. Ce coût de production moyen 2005- 2010, avant rémunération de la main d’œuvre familiale et des capitaux propres, était de l’ordre de 260€ / t en Allemagne et en France et de 350€ / t au Danemark. Seuls les éleveurs irlandais avec des systèmes herbagers peu coûteux peuvent rivaliser avec les Néo-Zélandais et résister à une chute prolongée du prix du lait. Inversement, la majorité des éleveurs danois, malgré un volume de lait par ferme 3 à 4 fois supérieur, ne peuvent supporter aucune baisse…et travaillent à perte, le plus souvent depuis 2008-2009.
C. Ni le paquet-lait, ni la nouvelle PAC, ne peuvent corriger cette volatilité du prix du lait
    Suite à la crise de laitière de 2009, le conseil des ministres de l’agriculture avait demandé à la Commission de faire des propositions pour éviter de nouvelles crises ou d’en atténuer les effets. Cela s’est concrétisé par le paquet-lait, adopté en 2012, malgré de nombreuses critiques. Ce paquet lait s’est fortement inspiré de l’exemple Suisse qui nous avait précédé, à la fois pour la mise place et pour la sortie des quotas. Six ans plus tard, les études sur ce pays montrent que ni les organisations de producteurs, ni la contractualisation n’ont réussi à limiter la course au volume, ni à enrayer la baisse du prix du lait (de l’ordre de 30%) qui reste cependant supérieur au prix européen. De plus, les aides directes à l’hectare sont restées très élevées (>2000€/ha) (8).
Pour l’UE, ce paquet lait a été adopté de façon très diverse selon les pays de l’UE mais globalement il couvrait moins d’un quart de la production fin 2014. De plus la contractualisation porte sur les livraisons mais sans aucune garantie de prix. Et comme le prix d’intervention officiel a été abaissé à 215€la tonne d’eq-lait, bien en dessous du seuil de survie, les éleveurs laitiers européens réalisent qu’il n’y a plus de filet de sécurité!
Mais la Commission reste ferme sur ses positions:(9)
          Même si tous les indicateurs sont passés au rouge depuis l’été 2014, la Commission Européenne ne veut pas entendre parler de crise, encore moins de remise en cause de la dérégulation du marché laitier européen. Elle dit qu’elle dispose de tous les instruments, pour gérer la situation et que le « paquet lait» doit permettre aux éleveurs de s’organiser pour passer ces périodes délicates. Or les éleveurs ont bien compris que ni les organisations de producteurs ni la contractualisation ne peuvent apportent de garantie de prix face à un marché mondial livré à tous les aléas ; tout d’abord les aléas climatiques de plus en plus fréquents et graves ; la spéculation financière dénoncée mais pas contrôlée mais aussi le dumping social et environnemental, ignoré par l’OMC
        Malgré la mise en place de l’observatoire du marché du lait, la Commission navigue à vue, elle ignore l’état des stocks -considérables fin 2014- car non déclarés par les laiteries. Elle « croit » en l’autorégulation par le prix, et prévoit une croissance faible pour 2015 (1.2%) et même un retour à l’équilibre dès 2016 ! Or plusieurs pays ont accru leurs livraisons de mai de 5 à 10% par rapport au record de 2014 et ce malgré une chute du prix du lait de 30% (10)
       La Commission feint d’ignorer que pour la période 2014-2018, les Etats Unis offrent à leurs éleveurs une réelle garantie de marge sur coût alimentaire dont une partie est couverte par l’Etat. Et que dans ce même pays très libéral, l’Etat pourra acheter des produits laitiers en grande quantité si besoin, pour l’aide alimentaire dont le budget est deux fois supérieur au budget agricole. De même qu’elle semble ignorer que la plupart des grands pays protègent leur marché laitier et leurs producteurs notamment la Chine, l’Inde, le Japon, la Corée du Sud, le Canada et bien d’autres.
         La Commission continue d’être sourde aux critiques récentes sur l’orientation et la gestion de la politique laitière mais aussi sur l’absence d’études d’impact sur les régions d’élevage en zones défavorisées, ultra-périphériques ou de montagne, critiques renouvelées par le Comité des Régions en 2013 et 2015 (11) et par le Parlement européen en ce juillet 2015( 12). Critiques de la Cour des Comptes et du Comité Economique et Social européen que la Commission avait déjà balayées en 2009 au nom de la priorité au marché.
        Tout cela montre que les Instances dirigeantes européennes -Conseil et Parlement d’abord- ont fait un pari déraisonnable, en avalisant les propositions de la Commission, de libéraliser le marché laitier. En devançant les règles de l’OMC –devenue muette depuis- aux dépens des producteurs et sans étude d’impact crédible sur l’emploi, la vie rurale, l’environnement et l’aménagement du territoire mais aussi sur la sécurité alimentaire des Européens. Et ceci malgré les interpellations et les critiques précédentes!
II. Les projets d’ accord de libre échange s’annoncent encore plus destructeurs
       Face à l’enlisement de l’OMC, où les négociations commerciales semblent trop transparentes et démocratiques donc faciles à bloquer, les Etats Unis misent désormais sur les accords bilatéraux plus discrets dont un traité trans-pacifique pour contrôler l’expansion de la Chine, et un traité trans-atlantique pour imposer les normes euro-américaines au commerce mondial. Ces accords visent également la suppression de tous les droits de douane et autres protections non tarifaires, ainsi que l’accès aux marchés publics, dans tous les secteurs.
      Les négociations en cours sur ces accords de libre-échange UE- US montrent que la Commission et le Conseil persévèrent dans la mauvaise direction, en acceptant de discuter de la suppression des droits de douane pour l’agriculture et l’alimentation, ainsi que l’harmonisation des règles sanitaires avec un pays très puissant et bien mieux armé pour ce type de négociation que l’l’UE à 28. L’histoire montre clairement que ce pays a toujours su protéger ses acquis et arracher des concessions aux autres. Demain ce sera le cas pour les OGM, le bœuf aux hormones, la fin des appellations d’origine au profit des marques…
      Ce projet comporte aussi une clause de règlement des litiges Investisseurs-Etats par un arbitrage privé (ISDS) ; clause incompatible avec la souveraineté des Etats. Cependant
la Commission a déjà signé un protocole d’accord du même type avec le Canada (CETA). Concernant la discussion avec les USA (TTIP) le Parlement Européen vient de s’opposer clairement à cette forme d’arbitrage privé discutée par la Commission. Cependant il n’a pas voulu exclure l’agriculture et l’alimentation du projet d’accord avec les Etats Unis.
      L’Europe agit d’ailleurs de même envers les pays d’Afrique de l’Ouest en leur imposant les APE (accords de partenariat économique)(13) qui envisagent aussi la suppression des droits de douane, notamment sur la poudre de lait et l’interdiction d’en remettre, empêchant tout développement de l’élevage laitier dans cette grande zone du Sahel, au risque de la déstabiliser encore davantage au profit des extrémistes d’AQMI et de Boko Haram.
       Et pourtant l’exemple de six pays d’Afrique de l’Est, dont le Kenya et le Rwanda, démontre que l’instauration d’ un droit de douane de 60% sur les importations de poudre de lait depuis 2004 a fait décoller la production laitière à partir des très petits troupeaux, permettant d’envisager l’autosuffisance de ces pays d’ici peu.
      L’Europe serait bien mieux inspirée en envisageant des accords de coopération politique et économique avec les pays du pourtour méditerranéen qui manquent de terre et d’eau pour être autonome en lait mais qui ont du gaz et du pétrole. Ces accords donneraient bien plus de visibilité à nos exportations que de parier sur le marché chinois, donc davantage de sécurité pour nos producteurs, comme pour les populations de ces pays aux portes de l’Europe.
Y a-t-il des gagnants dans cette course à la libéralisation ?
      Outre la finance et les multinationales de l’internet qui ont tout à gagner dans cette libre-mondialisation, le secteur de l’agro-industrie en est aussi un acteur de premier plan.
L’industrie laitière et les IAA d’une façon plus générale ainsi que le commerce sont particulièrement mobilisés pour ces négociations de libre échange, notamment à Bruxelles. Leurs fédérations européennes exercent un lobbying très soutenu auprès de la Commission et du Parlement Européen. D’après CEO(14) le secteur de l’agroalimentaire mobiliserait à lui seul autant de lobbyistes que les tous les autres secteurs industriels réunis.
     L’analyse des marges en France (France agrimer) et en Europe montre clairement que le partage des marges évolue en défaveur des producteurs depuis des décennies. Elle montre aussi que la volatilité des prix est maximale pour les producteurs, intermédiaire pour les transformateurs et faible pour les distributeurs. Car il n’y a qu’une faible répercussion des baisses aux consommateurs. Par conséquent la volatilité du prix du lait est sans risque, voire plutôt bénéfique pour les distributeurs. Il en est un peu de même pour les transformateurs, à un niveau intermédiaire.(15)
     Le fait que 60% du lait européen soit collecté et transformé par les coopératives ne change rien à ce partage des marges et des risques. Les coopératives laitières ayant une plus grande part de poudre de lait dans leur mix-produit que les privés sont mêmes plus exposées aux fluctuations des prix du marché mondial.
     De plus le regroupement au niveau européen, du COPA (syndicats de producteurs) avec la COGECA (coopératives de transformation), empêche toute expression claire et autonome des producteurs. Ainsi le COPA-COGECA a été parmi les premiers à co-signer un plaidoyer en faveur des accords de libre échange. On constate la même confusion de casquettes en France, à la FNSEA.
III. Poser les bonnes questions, respecter les hommes et les territoires
    On ne peut que déplorer l’absence d’études approfondies sur les marchés et les consommateurs de demain prenant réellement en compte les contextes et les cultures. Les grandes instances internationales se contentent de prolonger des tendances en croisant l’évolution de la démographie, de l’urbanisation et du niveau de vie moyen, pour conclure que la demande en produits animaux va doublet d’ici 2050…Et même si la tendance se vérifiait à terme, on ne peut laisser le marché et les traideurs gérer l’ajustement global entre la production et la consommation, sans risque d’émeutes de la faim comme en 2008. Ni la FAO, ni les G 7 ou G 20 n’ont pris d’engagements concrets pour y remédier! Ces instances condamnent la spéculation sur les produits alimentaires, elles reconnaissent qu’il faudrait des stocks publics de régulation pour les aliments de base mais ne font rien pour les mettre en place, ni pour favoriser la souveraineté alimentaire des pays en développement.
     Ce serait à l’Europe de donner l’exemple. Mais à Bruxelles on gère, on règlemente, on contrôle, on négocie âprement des compromis entre les égoïsmes nationaux comme le montrent le cas grec ou celui des migrants. Et la pensée politique, économique et sociale semble soumise prioritairement aux lois du marché et à l’utopie de la concurrence parfaite, qui ignorent et broient les vies humaines !
    De plus pour les études d’impact permettant d’éclairer les choix politiques, les outils de recherche conditionnent souvent les réponses, portant soit sur un champ soit trop large soit trop restreint, sans changement d’échelle pour intégrer les différents niveaux, permettant de vérifier qu’il n’y a pas de contradiction entre les intérêts particuliers et l’intérêt général.
    Les modèles macro-économiques visent à optimiser le « bien être global », donc d’abord celui des consommateurs qui sont les plus nombreux. Mais l’observation des faits va souvent à l’encontre des résultats de simulation. Ainsi, au Canada, malgré un système de quota en place depuis 40 ans et un prix du lait indexé sur le coût de production, les prix des produits laitiers pour le consommateur n’étaient pas différents de ceux des Etats Unis pour la période 2000-2008 (16) De plus dans ces modèles il y a un si grand nombre d’hypothèses et de paramètres qu’une analyse de sensibilité, lorsqu’elle existe, est souvent difficile à interpréter. C’est pourtant sur ce type d’études que se font les choix stratégiques à Bruxelles et à Washington (notamment pour le TTIP).
     Inversement au niveau de la ferme, les analyses de revenu des producteurs de lait européens à travers le RICA risquent de nous enfermer dans une comparaison économique étroite, décontextualisée, toutes choses égales par ailleurs, ne pouvant qu’exacerber la compétition entre régions et pays, du moins si ces études ne s’appuient pas sur une connaissance approfondie des élevages et de leur environnement. Cette compétition encourage inévitablement la course au volume d’un lait standard, sans prise en compte des éleveurs voisins, de la vie rurale, des attentes des citoyens consom-acteurs et de l’ensemble des biens publics associées. Ces derniers n’étant toujours pas chiffrés, ils ne pèsent pas dans les choix actuels, au niveau de la ferme et de la filière.
     Entre ces deux types d’études, il y a comme un vide laissant place aux croyances, et notamment aux vertus du seul marché, telles que prêchées par Mariann Fisher Boel la danoise, commissaire à l’Agriculture chargée de piloter la sortie des quotas laitiers. Aujourd’hui il est évident pour tout le monde qu’elle s’est doublement trompée. D’abord sur l’atterrissage en douceur et l’autorégulation de la production par le marché car en 2015, la majorité des éleveurs continue de produire à perte parce qu’ils n’ont pas d’autre choix, même s’ils savent très bien qu’il y aura toujours plus compétitif qu’eux sur cet indicateur de revenu partiel et partial. Ensuite sur le modèle de production européen pour conquérir le marché mondial : les éleveurs laitiers danois sont devenus les champions du monde pour la productivité en tonnes de lait par travailleur familial mais les derniers de la classe européenne quant au revenu. Pire encore, bon nombre d’entre eux sont devenus les forçats des banquiers, n’ayant d’autre choix que de continuer à traire de plus en plus de vaches dans une ferme très moderne qui ne leur appartient plus.
Phil Hogan l’irlandais, ne se battra pas pour défendre le modèle danois mais il reste parfaitement dans la ligne libérale et dans la logique de compétition de la Commission, en pensant discrètement que les éleveurs irlandais résisteront plus longtemps que les autres.
     Comme le dit si bien Edgar Morin (17) « Technocratie et Compétitivité sont les deux mamelles de nos sociétés, la première ignore les personnes, la seconde les manipule ».
Conclusion et propositions
     Le pari du marché mondial fait par Bruxelles et par bon nombre de nos laiteries est un jeu de dupes pour les producteurs de lait européens. « Libérer la croissance laitière européenne pour conquérir un marché mondial imprévisible, de plus en plus spéculatif et où tous les coups sont permis, y compris le dumping social et environnemental (18) est un pari indéfendable non seulement face aux éleveurs mais aussi face à tous les citoyens-consommateurs européens.
Mais c’est aussi un risque majeur pour la cohésion de l’Union Européenne. En programmant une compétition sauvage et suicidaire entre éleveurs, entre régions et entre pays d’Europe bien trop hétérogènes, on favorise les exclusions et la montée des extrêmes anti-européens.(19)
    D’où trois propositions de réforme qui dépassent largement le seul secteur laitier:
Il faut d’abord se recentrer sur le marché européen avec des produits à plus forte valeur ajoutée pour l’essentiel de notre production. Il faut aussi négocier des accords pérennes avec nos voisins du sud de la Méditerranée pour des volumes et de prix semi-garantis du type « lait contre gaz+pétrole» Ils sont déjà nos clients et partenaires les plus importants, bien au-delà du secteur agricole.
     ll faut dire non, très clairement, aux accords de libre échange UE-US et Canada pour les secteurs de l’agriculture et de l’alimentation mais aussi dire non aux APE pour permettre aux pays d’Afrique de l’Ouest de développer leur production laitière et non pas les noyer avec nos surplus et des accords commerciaux à courte vue.
    Il faut revenir sur les choix politiques et stratégiques initiés par la Commission depuis deux décennies et qui perdurent malgré un contexte mondial très différent, de plus en plus imprévisible : terrorisme, migrants, chômage, insécurité alimentaire, finance folle et surendettement des Etats, épuisement des ressources naturelles et changement climatique.
     La Commission étant sourde à toute initiative en faveur de la souveraineté européenne, cette réorientation politique devra être portée par le Parlement Européen, élu par les peuples d’Europe et devant en rendre compte.
André Pflimlin, 13 juillet 2015
Auteur de : Europe laitière, valoriser tous les territoires pour construire l’avenir ; Editions France Agricole 2010
Ancien ingénieur à l’Institut de l’Elevage. Expert Lait auprès du Comité des Régions à Bruxelles.
Références :
(1) Alerte rouge sur l’Europe laitière? A. Pflimlin 16 09 2014
(2) More milk than market; Rabobank’s latest dairy outlook 22. June 2015
(3) Milk-news; EMB bulletin juillet 2015
(4) Europe laitière ; valoriser tous les territoires pour construire l’avenir; A. Pflimlin Ed. France Agricole 2010
(5) Marché mondial, Produits laitiers, Institut de l’Elevage ,N°447 Juin 2014, N°458, Juin 2015
(6) http://www.European Milk Market Observatory
(7) Chine_Abcis, février 2015
(8) La sortie des quotas laitiers en Suisse ; JC Kroll, revue Chambres d’Agriculture N°1043, mai 2015
(9) Intervention de B Missonne DG AGRI au Comité des Régions les 27 11 2014 et 16 04 2015
(10) L’Eleveur laitier, N° 237, Juillet-août 2015
(11) L’avenir du secteur laitier, Avis du Comité des Régions, R. Souchon 16 04 2015
(12) Rapport sur la mise en œuvre du «paquet lait» J. Nicholson, Parlement Européen, 7 07 2015
(13) APE : cet accord doit encore être ratifié par le Parlement Européen et par les Pays d’Afrique de l’Ouest
(14) TTIP: A loose-loose deal for food and farming; Corporate Europe Observatory, July 8. 2015
(15) Fin des quotas laitiers européens: une nouvelle ère pour la filière française; P Raso, G Rippe-Lascourt, Panorama, 2015
(16) La filière laitière au Canada : un modèle de régulation exportable ? Institut de l’Elevage, DEE 395, nov. 2009
(17) La Voie ; E Morin Edition Fayard. 2011
(18) La filière laitière aux Etats Unis : restructuration et délocalisation accélérées. Institut de l’Elevage,
DEE N°378b, Juin 2008
(19) L’alerte anti Europe pourrait être salutaire ? A Pflimlin, Forum & Debats ; La Croix 23 06 2014

7 questions clé de la politique laitière européenne.

 La fin des quotas laitiers dans l’Union européenne au 31 mars soulève bien des interrogations. La production a déjà augmenté significativement  l’an dernier et  les prix ont chuté en-dessous des coûts moyens de production, faisant craindre le pire pour l’après quotas. Dérégulation, volatilité des prix, sirènes de l’exportation : quel avenir pour les éleveurs rescapés de la crise de 2009 ? Produire plus pour gagner moins ?

exploitation laitière

La Commission européenne nous avait annoncé en 2008 un « atterrissage en douceur… vers un environnement libéré de la contrainte des quotas ». « Le moyen choisi est l’augmentation progressive des quotas laitiers qui permet au secteur de faire peu à peu l’expérience de l’adaptation de l’offre à la demande»[1] .

On a vu dès 2009 – plongeon du prix et grave crise pour les producteurs[2]–  que, dans une situation structurellement excédentaire, fortement dépendante de l’exportation, donc de facteurs extérieurs à l’UE, cette « adaptation de l’offre à la demande » est surtout un argument de vente de la dérégulation, chère à la Commissaire Mariann Fischer-Boel. L’atterrissage en douceur se transforme en crash et une partie des producteurs, favorable à la régulation, se rebelle. Les images de l’épandage massif de lait dans un champ en Belgique font le tour du monde. Les ministres de l’agriculture demandent alors à la Commission de faire quelque chose pour calmer les éleveurs, sans remettre en cause la fin de la régulation. Il en sortira le « paquet lait », adopté en 2012, qui « vise à renforcer la position des producteurs de lait dans la chaîne d’approvisionnement en produits laitiers et à préparer le secteur à être plus compétitif et plus viable. »  Mais, de fait, la politique laitière publique européenne  n’a-t-elle pas été privatisée, au bénéfice de l’industrie laitière ?

Pour le Commissaire européen à l’agriculture Phil Hogan, les clignotants sont au vert: le marché mondial est en croissance, les producteurs européens peuvent  investir et augmenter leur production.  Mais pendant que  les tours de séchage de poudre de lait fleurissent, les producteurs, de moins en moins nombreux, s’interrogent sur leur avenir.

 poudre de lait,……… poudre aux yeux ?

  Nous examinerons ci-dessous 7 questions clé de la politique laitière : Combien produire, à quel prix, qui produit, comment produire, où, quoi, pour qui ?

 

7 questions clé de la politique laitière européenne.

  1. Combien produire ?              2.  A quel prix ?

Avant la mise en place des quotas en 1984, les pouvoirs publics européens agissaient  sur les prix, mais pas sur les quantités produites, qui sont rapidement devenues des montagnes d’excédents. Avec les quotas ils ont agi sur les quantités et les prix. Avec la réforme de 2003, qui  a fait entrer la production laitière européenne dans la mondialisation du marché, puis avec l’abandon des quotas en 2015, les pouvoirs publics cessent d’agir sur les quantités et sur le prix[3].

L’éleveur est censé « répondre aux signaux du marché » mondial dont le prix est de plus en plus volatil, dépendant d’aléas climatiques ou sanitaires à l’autre bout de la planète, voire de la spéculation sur les marchés des matières premières.  Bien que l’UE soit le premier exportateur mondial de produits laitiers, c’est la Nouvelle-Zélande[4] qui pilote les prix.

Malgré les fortes baisses de prix en 2014, le discours professionnel et institutionnel dominant en Europe pousse les éleveurs, « libérés » des quotas, à produire davantage. C’est un pari sur la croissance de la demande  des pays émergents, qui maintiendrait un bon prix mondial. N’est-ce pas risqué de faire dépendre le revenu des éleveurs de plus en plus de l’exportation sur un marché fluctuant, voire incertain ? La Chine, vers laquelle tous les regards se tournent, développe beaucoup sa production, veut être le moins possible dépendante d’importations, et rachète de grandes exploitations en Australie et des laiteries en Europe. Il n’est pas certain qu’à 10.000km de là, la poudre de lait et le beurre européens, avec peu de valeur ajoutée,  y trouvent leur compte.

Si la production européenne, déjà largement excédentaire par rapport à la consommation, s’emballe à la sortie des quotas, si le marché européen dépend de plus en plus des exportations, la probabilité d’un effondrement du prix augmente en cas de baisse, même faible, de la demande mondiale.  Or les éleveurs, déjà fragilisés par la crise de 2009, ont besoin de stabilité. La volatilité des prix n’est pas une fatalité mais le résultat des politiques européennes et internationales de dérégulation à l’œuvre depuis plusieurs décennies.

Lorsque la CEE a mis en place les quotas en 1984, il s’agissait avant tout de réduire le coût budgétaire des excédents  de poudre  de lait et de beurre (1/3 du budget agricole européen à l’époque), beaucoup moins d’assurer un revenu décent aux producteurs. Le quota européen fut ainsi fixé à 10% au-dessus de la consommation européenne, maintenant un excédent  qui faisait pression sur les prix, au bénéfice de l’industrie laitière.  Et en 2003, jackpot pour l’industrie, l’UE abaisse de 20% le prix d’intervention pour le rapprocher du prix mondial. Ainsi le prix du lait a baissé de 40% en monnaie constante entre 1989 et 2006[5] et le revenu  moyen des producteurs a baissé de 1/3 en monnaie constante de 1995 à 2006.

On ne peut baser une économie laitière saine sur la vente à perte, en fournissant l’aval à des prix inférieurs aux coûts de production, et en demandant aux contribuables de financer la filière pour que la production continue. Pour la Commission européenne, ce n’est pas le maintien des éleveurs qui importe, mais le maintien d’un approvisionnement à bas prix de l’industrie laitière et de la grande distribution.

L’UE n’a pas retenu les leçons de la crise de 2009 et a préféré  privatiser la politique laitière. La farce de la contractualisation, entre les mains des laiteries, en est un bon exemple.

lactis

L’abandon de toute régulation de la production par le plus gros producteur et exportateur mondial va augmenter la volatilité du prix du lait, que l’on décrit ensuite comme inéluctable. Quand le prix monte, on booste la production et l’endettement et quand le prix baisse, on rassure les éleveurs en disant qu’il va remonter ……

La détermination idéologique sans faille de la Commission européenne contre toute régulation du marché et de la production, malgré l’exemple canadien[6] et le contre-exemple suisse[7], a réussi à circonscrire le débat à des instruments de gestion de crise, et non à la prévention de crise. Or, tant que la production européenne sera largement supérieure à la consommation – en baisse-, le marché sera dépendant  d’exportations aléatoires -le plus souvent à faible valeur ajoutée-, faisant planer un risque permanent de chute du prix.

La volatilité du marché mondial ne peut donner de perspectives aux jeunes qui souhaitent devenir éleveurs.

Recentrons la politique laitière européenne sur l’approvisionnement du marché européen- avec une offre régulée- et l’exportation modérée de fromages de qualité, à haute valeur ajoutée , qui valorisent bien nos territoires de prairie et que le monde nous envie.

 

  1. Qui produit ?

Qui pourra encore produire du lait demain ?

Le débat de politique laitière s’est beaucoup focalisé, à juste titre, sur la question des quantités et du prix, mais il est tout aussi important – pour les producteurs- de savoir qui produit le lait et s’ils vont pouvoir continuer à produire.

En effet on pourrait très bien avoir une production européenne maitrisée, avec de bons prix pour les éleveurs, mais une production concentrée dans un tout petit nombre de grandes exploitations. Les prix, qu’ils soient élevés ou bas, favorisent les grandes exploitations,

Les quotas laitiers n’ont pas été mis en place en 1984 pour maintenir les producteurs.  Au contraire, la CEE a incité avec une prime  les producteurs à cesser la production. Et en laissant les Etats membres choisir d’instaurer un marché des quotas[8], la CEE  a favorisé la concentration de la production et renchérit le coût de l’installation de nouveaux producteurs.

Lorsqu’il est dit aujourd’hui  que les quotas n’ont pas empêché la disparition de la grande majorité des producteurs en 30 ans, c’est oublier de dire que les quotas ne sont pas un outil structurel et que la volonté de la CEE de diminuer le nombre de producteurs s’est traduite dans la manière  de les appliquer et dans les outils qui les ont accompagnés.

La concentration permanente de la production n’est ni inéluctable, ni naturelle. Elle doit faire davantage l’objet d’un débat politique, d’autant plus que l’Europe est confrontée à un taux de chômage majeur. On peut produire moins de lait avec plus de producteurs.

C’est au nom de la sacro-sainte compétitivité qu’il est demandé aux éleveurs de s’agrandir ou de partir. Mais les grandes exploitations sont-elles plus compétitives ?

L’exemple du Danemark  est significatif[9] : entre 1984 et 2014, le nombre d’exploitations laitières a été divisé par 10, passant de 33.000 à 3000, avec une production moyenne de 1,5 million de kg. Résultat : le coût de production y est le plus élevé d’Europe, avec un endettement énorme de 20.000€ par vache,  et un revenu par actif très faible (nul entre 2008 et 2010, de – 40.000e pendant la crise de 2009), malgré la prime laitière par vache – sans plafond- payée par les contribuables. Ces grandes exploitations surendettées appartiennent de fait aux banques,  avec des garanties des pouvoirs publics. La crise financière de 2008 a failli les emporter.  Beaucoup plus de vaches ne veut donc pas dire plus de compétitivité,  cela veut dire plus de coût, plus de stress pour l’éleveur, et moins de revenu, sans parler des problèmes liés au mode production (voir point 4).

En production animale, il y a beaucoup moins d’économie d’échelle qu’en production céréalière intensive car, dans les grandes exploitations, le coût de la main d’œuvre ou/et du robot de traite, les surcoûts sanitaires,…  grèvent la rentabilité.

Il y a donc lieu de s’interroger si le contribuable, à travers la prime PAC non plafonnée, les garanties publiques accordées aux banques, et les primes à la méthanisation des effluents, a intérêt à financer ces grandes exploitations laitières très fragiles. Il s’agit indirectement d’un financement public des laiteries -qui diminuent leur frais de collecte- et des fournisseurs de matériel d’élevage (bâtiments, robots, gros méthaniseurs,…) et d’alimentation animale.

Chaque exploitation laitière paysanne qui disparaît au profit d’une grande exploitation, ce sont des emplois agricoles et des emplois ruraux induits en moins, conduisant à des coûts pour la collectivité.

Le « modèle danois », avec son coût et ses externalités négatives, semble donc être l’exemple à ne pas suivre. Or c’est ce modèle qui se répand en Europe, et il suffirait de 15.000 usines de 1000 vaches pour couvrir la production européenne actuelle.

L’industrialisation de la production dans des usines à lait de plus en plus grandes aggrave les problèmes de chômage, d’environnement, de climat, de qualité des produits laitiers, de valorisation et de cohésion des territoires.

Développons des fermes plus résilientes, qui n’appartiennent pas aux banques, qui soient transmissibles facilement, donc à taille humaine, avec des vaches qui pâturent.

 

  1. Comment produire ?      5. Où ?

La forte réduction du nombre d’exploitations laitières s’est accompagnée d’une intensification et d’une standardisation de la production. Dans les grandes exploitations, on trouve la même race de vache Holstein et la même alimentation à base surtout de céréales (maïs ensilé) et de soja importé, sans pâturage. Les vaches, rapidement usées par des rendements en lait très élevés, ne font plus que quelques lactations. Heureusement que l’hormone laitière a été interdite dans l’UE, sinon ce serait pire encore, comme aux USA.

Pourtant la vache est un herbivore et l’UE a la chance de posséder des conditions naturelles favorables aux prairies dans de nombreuses régions, même si le retournement de prairies au profit des cultures,  la reforestation de zones défavorisées abandonnées par l’agriculture et l’urbanisation en ont réduit la surface. L’UE dispose par ailleurs de races de vaches laitières ou mixtes lait-viande adaptées aux différents territoires, même si beaucoup de races ont disparu ou failli disparaître. Or il n’y a pas de résilience naturelle ou économique sans diversité.

Aujourd’hui, la production laitière intensifiée et les cultures associées consomment beaucoup d’intrants (engrais, pesticides, machines, énergie, soja,…), dont une partie non négligeable est importée. Elle produit aussi beaucoup de lisier, qui pose des problèmes environnementaux et climatiques, et des aberrations agronomiques[10].

Le bon sens agronomique ainsi que les urgences climatiques et de biodiversité voudraient, au contraire, que l’on développe les prairies, qui peuvent stocker dans leur sol une grande quantité de carbone , et que l’on laisse les vaches pâturer, avec une densité raisonnable à l’ha.

Dans les zones où l’on peut cultiver des prairies pluriannuelles, les mélanges graminées-légumineuses pâturés ont fait leur preuve[11] en terme environnemental et économique : forte réduction des intrants, autonomie protéique et meilleure résilience face aux variations des coûts du soja et de l’énergie[12].

Pourquoi cependant est-ce le modèle maïs-soja-lisier hors sol à grande échelle qui est promu et subventionné ? Parce qu’il profite aux industries d’amont, aux laiteries, aux banques et aux firmes de commerce international, et que ses externalités négatives sont prises en charge par la collectivité.

Les modes de  production plus autonomes, plus économes, qui fournissent des externalités positives (environnement, biodiversité, climat, bien-être animal,…), devraient être les modèles à promouvoir.

Par ailleurs, la production laitière a déserté de nombreuses régions de prairie à vocation laitière pour se déplacer vers des régions surtout maritimes, proches du commerce international. L’abandon des quotas risque d’accélérer cette concentration. Or il en va non seulement de la vitalité économique de ces régions défavorisées par la politique laitière, mais aussi de la diversité des produits laitiers qui valorisent tous ces territoires. Le fait que l’UE ait accepté, dans la dernière réforme PAC, la possibilité de maîtriser la production laitière dans les zones d’appellation d’origine protégée en dit long sur les dangers qui guettent ces régions.

Produisons mieux, valorisons nos territoires !

  1. Quoi ?            7. Pour qui ?

Aujourd’hui les producteurs sont poussés à produire plus, plus de quoi et pour qui ?

Alors que la production européenne augmente, la consommation stagne ou diminue. Si l’on produit plus, ce sera donc pour exporter. En Irlande, en Bretagne, et ailleurs, on voit ainsi fleurir des tours de séchage pour transformer le lait en poudre, pour l’exporter vers l’Asie, l’Afrique, ….

On sait tout le travail, toute l’attention qu’il faut de la part des éleveurs pour élaborer ce produit noble, frais, qu’est le lait[13]. Le transformer en poudre, à grand renfort d’énergie, en y perdant beaucoup de ses qualités, pour pouvoir le transporter sur des milliers de km, est concevable lorsqu’il y a des excédents conjoncturels qu’il faut résorber, mais de là à en faire un objectif structurel de production et d’augmentation de production est aberrant. Il s’agit là d’un produit à faible valeur ajoutée- hormis certains laits en poudre infantiles-, qui ne valorise pas la richesse et la qualité des prairies. En tirant ainsi la valorisation vers le bas, il pousse le revenu des éleveurs vers le bas.

Ceux qui poussent à l’exportation de poudre seront les premiers à réclamer aux contribuables européens, en cas de crise, de financer leur exportation.

L’UE est encore assez riche de produits laitiers et de fromages de qualité que l’on peut exporter- avec modération. Naturellement, ils exigent une production de qualité, au contraire de la poudre de lait qui s’accommode d’une production laitière industrialisée.

Chercher à concurrencer les autres exportateurs avec des produits peu valorisants comme le beurre et la poudre, alors que les coûts européens sont souvent plus élevés qu’ailleurs et que beaucoup d’éleveurs et laiteries ont un savoir faire important pour bien valoriser le lait, c’est gâcher beaucoup pour obtenir peu, voire se retrouver avec la poudre sur les bras et les éleveurs à terre.

Quant aux producteurs de lait des pays où finalement atterrissent  poudre et beurre, y pense-t-on ?

L’UE se targue de mettre en cohérence sa politique de « développement » avec ses autres politiques, mais les producteurs de lait chinois sont en crise[14]. Les importations en hausse de poudre de lait font chuter le prix, accélérant la disparition des petits producteurs. Il en va de même en Afrique, où les filières laitières locales sont très fragiles face aux importations à bas prix.

Le dumping continue donc, car la filière européenne reçoit des aides pour produire ce lait, exporté à des prix régulièrement en-dessous des coûts de production européens.

Si l’UE augmente encore ses exportations après l’abandon des quotas, le nombre de ruraux gagnant les bidonvilles des grandes villes surpeuplées ou les boat people à destination de l’Europe augmentera.

Le lait et les produits laitiers doivent rester des produits régionaux, de bonne qualité, frais, pour la santé des populations. En faire une matière première sèche, transportable, sur laquelle on peut spéculer, c’est non seulement aberrant, mais c’est tromper les éleveurs européens car les asiatiques et les Africains peuvent produire eux-mêmes et le feront.

Régulons la production et valorisons nos prairies en produits laitiers frais et fromages de qualité pour le marché européen.  Exportons, avec modération, des produits à haute valeur ajoutée comme des fromages de qualité spécifiques de nos territoires.

fromages d'Auvergne

[1] « L’atterrissage en douceur, le Paquet Lait et la PAC à l’horizon 2020 » – Brigitte Misonne,Dg agri – 2010

[2] Diminution de 19% du nombre d’exploitations laitières entre 2007 et 2010 http://ec.europa.eu/agriculture/statistics/agricultural/2013/pdf/c5-3-353_fr.pdf

[3] le prix résiduel d’intervention à 0,21€/l est si bas par rapport au coût de production qu’il ne pourra enrayer la prochaine crise.

[4] La Nouvelle Zélande ne produit que 2,5% de la production mondiale mais exporte plus de 90% de sa production

[5] Rapport spécial n°14 de la Cour des comptes UE, 2009

[6] L’UE a même été jusqu’à tenter – en vain- de démanteler le système canadien de régulation lors de la négociation de l’accord de « libre »-échange avec le Canada

[7] La suppression des quotas suisses en 2009 s’est révélée catastrophique pour les producteurs.

[8] ce que tous les pays ont fait, à l’exception de la France.

[9]  Voir « l’Europe laitière » de André Pflimlin- pages 32-39 – édition France Agricole

[10] La monoculture de soja en Amérique du Sud appauvrit les sols en minéraux, qui se retrouvent dans le soja exporté, puis dans le lisier européen, puis en excédent dans nos sols, nos rivières.

[11] http://www.agriculture-durable.org/lagriculture-durable/technique-systemes-herbagers-economes/

[12] http://www.reporterre.net/Des-paysans-bretons-s-en-sortent Des paysans bretons s’en sortent bien… en changeant l’agriculture – Reporterre – 7 mars 2015

[13] Andrea Fink-Keßler, Milch – vom Mythos zur Massenware, Oekom Verlag 2012,

[14] Les producteurs laitiers chinois traversent une « grave crise » – Agrapresse n°3487- 9 mars 2015