Politiques agricoles, commerce international, souveraineté alimentaire, sécurité alimentaire, ,…: un blog de Gérard Choplin

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Paysans, biodiversité, Europe: présentation de deux livres le 9 mars à Bruxelles.

Présentation de deux livres publiés aux éditions Yves Michel

Inès Trépant : « Biodiversité : les politiques européennes menacent le vivant – Connaître la       nature  pour mieux légiférer », publié le 7 mars – préface d‘Olivier de  Schutter

 Gérard Choplin : « Paysans mutins, paysans demain – Pour une autre politique agricole et               alimentaire », publié le 17 février- Préface de José Bové

 Jeudi 9 mars 2017, de 13h à 14h

au 115, rue Stévin, à Bruxelles – métro Schuman

en présence de l’éditeur Yves Michel

La biodiversité disparaît, les paysans aussi.

La protection de la biodiversité est un enjeu sociétal majeur qui va bien au-delà de simples histoires de fleurs et d’oiseaux. Cependant, l’Union Européenne échoue systématiquement à répondre aux objectifs qu’elle s’est fixés en la matière ; la création de réserves naturelles n’étant qu’une rustine de fortune. Comment expliquer cela ? Quels sont les enjeux ? Et surtout comment y remédier ?

A travers l’analyse de sept mécanismes européens de destruction de la biodiversité, Inès Trépant jette des ponts entre le monde politique et le milieu naturaliste. Elle met en lumière l’urgence de décloisonner les politiques environnementales, agricoles, énergétiques, industrielles et commerciales en Europe, replaçant la biodiversité au cœur du projet économique européen. L’auteure propose enfin des alternatives pour sortir du toujours plus de croissance, en puisant dans la connaissance de la nature et des lois qui la régissent.

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http://www.yvesmichel.org/product-page/livres-a-paraitre/biodiversite-politiques-europeennes-menacent-vivant/

Dans les années 1980, une voix paysanne en Europe s’est levée face au productivisme et à la mondialisation néolibérale des marchés agricoles, dans lesquels les réformes successives de la Politique Agricole Commune se sont inscrites. Il s’agit de la Coordination paysanne européenne (devenue aujourd’hui la Coordination européenne via campesina). Gérard Choplin, qui en a été l’un des artisans, témoigne de sa naissance, de son développement et de ses transformations, de 30 ans de débats, de propositions, d’actions pour une politique agricole juste, durable, solidaire.

L’Europe sera-t-elle à la hauteur des enjeux en changeant profondément de politique agricole? Devant les impasses sociales et environnementales actuelles et les interrogations existentielles de l’Union européenne, les paysans mutins d’aujourd’hui sont d’utilité publique.

http://www.yvesmichel.org/product-page/livres-a-paraitre/paysans-mutins-paysans-demain/

 

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Inès Trépant est diplômée en politique internationale et en études européennes. Depuis 2004, elle travaille au Parlement européen comme conseillère politique pour la Commission économique et monétaire (jusqu’en 2010) et depuis, pour la Commission du Développement. Elle est l’auteure de nombreuses publications sur la politique européenne et commerciale. Inès Trépant est également guide nature et membre fondatrice de l’association GRAPPE (Groupe de Réflexion et d’Action pour une Politique Écologique). Elle vit à Bruxelles.

 Gérard Choplin, agronome, a joué un rôle moteur dans la construction, le développement et l’animation de la Coordination Paysanne Européenne de 1982 à 2008. Il est aujourd’hui analyste-rédacteur indépendant sur les politiques agricoles, commerciales et alimentaires. Il réside à Bruxelles.

 

Merci d’annoncer votre participation

Contact : Ines Trépant, ines.trepant@skynet.be tel: 0489 91 02 60

Gérard Choplin  choplin.gerard@skynet.be  tel : 0473 25 73 78

[1] Nous trinquerons ensemble pour célébrer cette double parution.

« Paysans mutins, paysans demain »: présentation à Paris le 26 février

Présentation du livre

« Paysans mutins, paysans demain – Pour une autre politique agricole et alimentaire »

Dimanche 26 février 2017, à 12h – Paris

au Salon de l’Agriculture, Hall 4, stand 21 (Confédération Paysanne)

 

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Editions Yves Michel

http://www.yvesmichel.org/product-page/livres-a-paraitre/paysans-mutins-paysans-demain/

 Dans les années 1980, une voix paysanne en Europe s’est levée face au productivisme et à la mondialisation néolibérale des marchés agricoles, dans lesquels les réformes successives de la Politique Agricole Commune se sont inscrites. Il s’agit de la Coordination paysanne européenne (devenue aujourd’hui la Coordination européenne via campesina). Gérard Choplin, qui en a été l’un des artisans, témoigne de sa naissance, de son développement et de ses transformations, de 30 ans de débats, de propositions, d’actions pour une politique agricole juste, durable, solidaire.

L’Europe sera-t-elle à la hauteur des enjeux en changeant profondément de politique agricole? Devant les impasses sociales et environnementales actuelles et les interrogations existentielles de l’Union européenne, les paysans mutins d’aujourd’hui sont d’utilité publique.

 Gérard Choplin, agronome, a joué un rôle moteur dans la construction, le développement et l’animation de la Coordination Paysanne Européenne de 1982 à 2008. Il est aujourd’hui analyste-rédacteur indépendant sur les politiques agricoles, commerciales et alimentaires. Il réside à Bruxelles.

 

Contact: Maxime Bergonso mbergonso@confederationpaysanne.fr  tel : 07 68 65 87 27

Gérard Choplin  choplin.gerard@skynet.be  tel : +32 473257378

 

 

Enjeux agricoles: mon interview par SOS Faim

interview publiée SOS Faim sur son site web en décembre 2016

https://www.sosfaim.be/wp-content/uploads/2016/12/defis_sud_demain_choplin.pdf

«Vers la fin de la mondialisation?» –  Europe en panne, tensions géostratégiques, mondialisation en recul, puissance du lobby agro-industriel, effondrement possible… Gérard Choplin laisse peu de place à un avenir radieux. À moins que le coût des dégâts du néolibéralisme et les initiatives de résistance contribuent à faire bouger les lignes, par exemple en faveur d’une agriculture paysanne.

Défis Sud: Peut-on être plutôt dans une optique optimiste ou pessimiste en matière d’agriculture paysanne pour le futur ?

Gérard Choplin: Cela fait une trentaine d’années que je suis les politiques en matière d’agriculture au niveau européen et international et j’essaie toujours de relier les enjeux et les débats sur l’agriculture avec les enjeux géostratégiques et militaires. Un seul sous-marin – par exemple chinois – à l’entrée de la Manche, et c’est tout le trafic pour Rotterdam Anvers, Hambourg, Londres, et plus, qui est bloqué. Allez à Anvers et demandez combien d’heures de réserve de soja ils ont. On peut tenir quelques jours maximum. On est dans des flux très importants et qui se sont accrus. L’Union européenne, brillant élève à l’OMC, est devenue le premier importateur et exportateur alimentaire mondial. On a construit des politiques agricoles où importer et exporter sont les priorités. C’est pour cela que Via campesina a réagi en 1996 en lançant le concept de souveraineté alimentaire. L’Union européenne et les autres pays avaient perdu leur souveraineté sur leur politique agricole. Celle-ci a été complètement formatée par des règles internationales du commerce. Mais aujourd’hui, le commerce mondial est en recul. Peut-être que l’époque des « Trente Glorieuses » du néolibéralisme est en train de se terminer, alors qu’on assiste en même temps à une augmentation des tensions et du réarmement des grandes puissances (la Russie place des têtes nucléaires dans l’enclave de Kaliningrad, la Grande-Bretagne modernise son armement, tandis les États-Unis viennent de décider de consacrer entre 60 et 70 milliards de dollars à la modernisation de leurs armes nucléaires). C’est très inquiétant… Mais d’un autre côté, un nombre croissants de citoyens réagissent et s’engagent dans une foule d’initiatives locales de production-consommation de produits agricoles et alimentaires, et pas seulement au Nord. Bien sûr, la question est de savoir si la somme de ces initiatives locales peut faire changer les règles. Je dirai donc qu’il y a à la fois des raisons d’être pessimiste face aux impasses environnementales, sociales, de santé,… issues du néolibéralisme; et optimiste quand on voit, en réaction, les initiatives de résistance et de nouvelles formes d’échanges qui se multiplient.

DS: Dans ce contexte, quel type d’agriculture a-t-il de l’avenir ?

GC: Actuellement coexistent des formes d’agriculture industrialisée, d’agriculture en voie d’industrialisation, d’’agriculture traditionnelle sans évolution technique et puis ce qu’on peut appeler des formes d’agriculture «paysanne» pratiquées par des agriculteurs ayant remis en cause leur processus d’industrialisation ou bien par des jeunes motivés par les nouvelles formes d’échange avec les consommateurs Si agriculture industrialisée et agriculture paysanne coexistent, il y a quand même une forme qui détruit l’autre. L’ancien commissaire européen à l’Agriculture Dacian Ciolos disait, dans les débats sur la réforme de la PAC en 2013, qu’il y a de la place pour toutes les agricultures, mais ce n’est pas ce qu’on constate, ni dans l’Union européenne ni au Sud où l’on sait bien que des implantations capitalistiques prennent la place de beaucoup d’exploitations que l’on peut qualifier de paysannes. Dans l’Union européenne, 3% des exploitations cultivent 50% de la surface agricole. Et comme les aides de la PAC sont versées par hectare, sans plafond, les subventions sont aussi concentrées que les surfaces. À travers le budget de la PAC, les contribuables financent donc surtout les grandes exploitations… Il y a de moins en moins d’agriculteurs en Europe et, au Sud, on connaît le phénomène d’accaparement de terres. Je n’ai donc pas l’impression qu’on aille vers une coexistence pacifique des deux types d’agriculture, qui sont tellement contradictoires. En même temps, les couches les plus riches de la population veulent avoir accès à de très bons produits de qualité ne venant pas de l’agriculture industrialisée. Elles ont besoin de niches avec des produits pour elles, qu’elles vont trouver dans quelques magasins très chics. Cette coexistence-là peut perdurer. Mais ce n’est pas de cela qu’on parle quand on dit qu’on veut développer l’agriculture paysanne: elle a vocation à nourrir le plus grand nombre, et s’oppose donc à l’industrialisation de l’agriculture. S’il y a cohabitation des deux types d’agriculture, ce n’est donc pas une cohabitation stable et le processus d’industrialisation continue. Il faut voir le dégraissage auquel on assiste en agriculture! Ce sont plusieurs Caterpillar agricoles chaque année, mais on n’en parle pas. C’est comme si c’était normal. Une société développée serait une société sans paysans ! La concentration agricole continue. Si on veut une autre politique agricole, il faudra gérer la question délicate des régions d’’élevage industrialisé qui se sont développées dans plusieurs régions d’Europe, près des grands ports d’importation, comme la Flandre. Comment en sortir tout en laissant la possibilité à de petites exploitations de vivre de l’agriculture? Il faudra une période de transition qui n’est pas aisée à mettre en place, mais il faut absolument le faire, car le changement climatique, la qualité de l’alimentation et les nombreuses externalités négatives de l’élevage industrialisé nous y obligent.

DS: Ces arguments pèsent-ils dans la balance des décideurs ?

GC: Pour l’instant, le lobby agro-industriel est trop puissant. Les banques, les grandes firmes agroalimentaires et la grande distribution ont une surface financière et économique assez puissante pour dicter leurs lois aux gouvernements. Ceux-ci n’ont que le pouvoir politique, ce qui n’est pas beaucoup dans nos sociétés telles qu’elles fonctionnent. C’est la limite de notre forme actuelle de démocratie, où l’oligarchie financière a plus de pouvoir que le parlement élu. On l’a vu dans l’élaboration des réformes de la PAC, ou bien par exemple dans les crises porcines. Dès que le prix du porc descend trop bas, les exploitations perdent de l’argent et les plus grosses encore plus. Comme des centaines de milliers d’euros ont été investis par grosse exploitation, les gouvernements sont prêts à les soutenir, eux et leurs banques, à coups de millions. Avec cet argent, on pourrait soutenir le développement d’exploitations porcines paysannes, mais le lobby agro-industriel veille à faire financer ses pertes par les contribuables. Pareil pour la réforme de la PAC: avant d’arriver aux propositions législatives, le lobby agro-industriel, les banques, les industries agroalimentaires, et le Copa (Boerenbond, FWA) sont passés par là et il ne reste plus grand-chose de la réforme initiale, ou s’il en reste quelque chose, cela passe à la trappe à l’étape suivante, car ils sont assez puissants pour influencer leurs ministres et leurs députés. Il arrive néanmoins que l’opinion publique soit plus forte et que certaines législations ne passent pas. Si on n’avait rien fait, les vaches aujourd’hui seraient piquées à l’hormone laitière, et on cultiverait des OGM.

DS: Que pensez-vous des prix pratiqués dans l’agro-industrie?

GC: L’écart s’est creusé entre la courbe des prix agricoles et celle des prix alimentaires. En alignant les prix européens sur ceux du marché mondial à partir de 1992, on les a fortement baissés alors que les prix n’ont pas ou peu diminué pour les consommateurs. Il y a donc des milliards d’euros de marge gagnés sur le dos des producteurs. Je pense qu’on ne peut pas baser une économie agricole saine sur la vente à perte. Or la PAC c’est ça: les agriculteurs vendent trop souvent à perte et on leur donne des subsides. Ces subsides permettent à l’agriculteur de continuer à produire et vendre ses produits en aval à des prix inférieurs aux coûts de production.

Donc finalement les subsides profitent plus à l’aval qu’à l’agriculteur. Si on expliquait cela au consommateur-contribuable, si on lui disait qu’il y a autour de 40 milliards du budget de la PAC qui va surtout à l’industrie agroalimentaire et à la grande distribution, il ne serait sans doute pas d’accord. Notre économie agricole est basée sur un dumping économique. Qu’on puisse vendre à perte, conjoncturellement, cela peut arriver, surtout pour les fruits et légumes, mais que ce soit structurel et que ce soit une volonté délibérée pour augmenter les marges, c’est impensable. Comment voulez-vous convaincre des jeunes à devenir paysans en leur disant: «Écoutez, vous allez vendre à perte… mais ne vous inquiétez pas, Bruxelles va vous verser une prime…au moins jusqu’à la prochaine ré- forme. » Passer d’une politique de prix à une politique de primes a été un outil puissant de restructuration de l’agriculture européenne. Pour le Sud, c’est pareil: quand on oblige ces pays à importer des produits moins chers que ce qu’ils peuvent produire, on les ruine. Et l’UE y va fort en forçant les gouvernements africains à signer les accords APE.

DS: Comment sortir de ces incohérences ?

GC: Certains se demandent si ce n’est pas déjà trop tard… Pablo Servigne, dans son livre sur l’effondrement, reprend les analyses prospectives faites par le Club de Rome en 1973, qui annonçaient un effondrement de notre système économique vers 2030 si on continuait à produire et consommer au même rythme accéléré. Il y a quelques années, un étudiant australien a vérifié si les prédictions étaient justes de 1973 à 2010 et, stupeur, la réalité colle exactement aux prévisions. Cela ne présage rien de bon. Pour certains, la priorité n’est plus de réformer les règles du commerce international car c’est trop difficile et trop tard, mais de prévoir des modes de vie autonomes de subsistance. En espérant que cela se passe pacifiquement, ce dont je ne suis pas sûr, vu l’évolution des stratégies militaires. Au fur et à mesure que les réserves de pétrole diminueront, sa recherche deviendra de plus en plus stratégique. Or l’Union européenne n’a pas de politique de défense autonome, donc a peu voix au chapitre. L’UE est en panne de sens depuis que le Mur est tombé et que son Marché unique se dissout dans la mondialisation néolibérale. Le Brexit en est un symptôme. Pourtant, on peut envisager une Europe autrement, et elle ne doit pas nécessairement être néolibérale.

DS: La puissance du secteur agro-industriel et la mondialisation suffisent-elles à expliquer les incohérences des politiques européennes ?

GC: Quand un président français se fait élire en promettant qu’il va s’attaquer aux intérêts financiers et qu’une fois au pouvoir il s’y soumet, cela veut dire que les élus actuellement n’ont pas assez de prise sur les grandes décisions économiques. Le lobby de l’industrie et de la finance auprès des institutions européennes est très puissant. Quelle que soit l’alternance politique, les gouvernements en Europe ont tous pratiqué une politique néolibérale, dont les dégâts, jusqu’à présent, ont été quelque peu amortis grâce à nos systèmes de protection sociale. Mais maintenant que les politiques d’austérité commencent à détricoter les acquis sociaux, ce tampon-là disparaît et l’on voit surgir le risque, comme dans les années 1930, du populisme d’extrême droite. C’est bien sûr inquiétant. Mais l’histoire n’est pas écrite et on peut aussi faire confiance en notre humanité. Voyez le film Demain, soyons aussi créatifs que les initiatives montrées dans le film, mais ne soyons pas naïfs. Ne perdons pas de vue les enjeux internationaux et stratégiques.

◊ Propos recueillis par Sabine Schrader

 

Appel. Levons le voile sur les pesticides.

Appel. Levons le voile sur les pesticides.

Aujourd’hui,  jeudi 8 décembre 2016 à Bruxelles, a lieu un colloque « Pesticides en agriculture : Levons le voile sur un véritable scandale sanitaire », à l’initiative de José Bové, Florent Marcellesi, Benedek Javor et Maria Heubuch, députés européens écologistes.

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Nous, victimes  des pesticides, paysans, salariés agricoles, riverains, et associations, ONG, syndicats de soutien des victimes, venus de toute l’Europe, lançons un cri d’alarme et dénonçons ce scandale sanitaire et environnemental. En tant que victimes, malades, ou représentants de malades ou personnes décédées, qui souffrent dans leur corps et dans leur chair, nous rappelons ici que :

1-Il y a urgence à mettre fin à l’omerta des pouvoirs publics, afin de protéger tous les citoyens européens. Nous exigeons transparence et droit à l’information.

La législation européenne doit permettre de rendre public le nombre de malades des pesticides ainsi que les formulations commerciales complètes des pesticides autorisés en Europe, c’est-à-dire avec tous les principes actifs, tous les adjuvants, tous les solvants. Nous exigeons la levée du secret industriel et commercial sur ces formulations.

Les Etats membres doivent permettre à chaque concitoyen de vivre dans un environnement sain sans risque. Ils se doivent de nous informer des plans de réductions des pesticides et calendriers.

2- Nous dénonçons la non-assistance à personnes en danger organisée par les organismes sociaux et les ministères de tutelle qui plutôt que protéger leurs salariés et concitoyens et mener leur mission de service public, protègent ces firmes qui empoisonnent et polluent. Nous dénonçons cette faute grave et interpellons chaque gouvernement et autorités publiques en Europe sur cette question. Il est temps d’ouvrir le débat.

3- Nous dénonçons les lobbies des pesticides, notamment l’Union des Industries de Protection des Plantes (UIPP) ou European Crop Protection (ECPA), auprès de la Commission Européenne et du Parlement européen, qui agissent comme le comité amiante en France en son temps et qui sous couvert d’une communication puissante de respect de l’homme et de son environnement, épuisent les ressources de la Nature et tuent les êtres humains et animaux. Leur objectif est de repousser l’échéance de l’interdiction.

4-  Nous exigeons que les Autorisations de Mise sur le Marché (AMM) des pesticides en Europe évaluent essentiellement le risque toxicologique, aigu et chronique, sur les formulations commerciales c’est-à-dire les principes actifs, les adjuvants, les solvants, les contaminants et non, sur les seuls principes actifs. De nombreuses études  scientifiques démontrent que la toxicité des formulations est 1000 fois plus élevée que le principe actif seul.

5- L’Europe doit établir des valeurs toxicologiques de référence pour les pesticides dans l’air (qui n’existent pas en 2016) de toute urgence et les faire respecter dans tous les pays de l’UE.

6- Nous demandons que les fonctions de conseil et de vente aux paysans, soient distinctes et indépendantes et qu’il leur soit toujours proposé une alternative autre que celle utilisant les pesticides.

7- Nous demandons l’interdiction à terme des pesticides, dangereux pour la santé humaine utilisés dans l’agriculture et un renforcement de la protection des paysans et salariés agricoles et de l’agroalimentaire.

Cette initiative marque le début d’un mouvement de coordination des luttes contre les pesticides dans les territoires en Europe.

Contact :

nadine@generations-futures.fr

victime.pesticide.ouest@ecosolidaire.fr

 

 

Rompre avec…. le désenchantement de l’avenir (contribution aux controverses de Marciac)

22 èmes CONTROVERSES EUROPÉENNES DE MARCIAC  (29 ET 30 JUILLET 2016):

Elevage, Europe, représentation syndicale et politique, éducation, recherche… Avec quoi nous faut-il rompre pour réinventer l’avenir ?

Ma contribution :

Rompre avec…. le désenchantement de l’avenir

Rompre avec le productivisme, rompre avec les règles actuelles du commerce international agricole, rompre avec la vente à perte des producteurs, rompre avec l’addiction au pétrole de l’agriculture, rompre avec l’industrialisation de l’élevage – et la non prise en compte de ses externalités négatives-, rompre avec le hors-sol, rompre avec la cogestion de la politique agricole par la FNSEA et les gouvernements français, rompre avec les algues vertes sur les plages, rompre avec la sixième extinction de la biodiversité, rompre avec l’industrialisation du bio, rompre avec l’accaparement des terres en Roumanie, rompre avec les crevettes de la Mer du Nord épluchées au Maroc, rompre avec les cotisations volontaires obligatoires, rompre avec les agro-carburants ayant un rendement énergétique dérisoire ou négatif.

Rompre avec le prix du lait déterminé en Nouvelle-Zélande, rompre les négociations TTIP, rompre avec les animaux clonés, rompre avec les golfs mangeurs d’espace et buveurs d’eau, rompre avec les primes à la place des prix, rompre avec la financiarisation  de l’agriculture, rompre avec le pillage de l’Ukraine, rompre avec la fable des hybrides, rompre avec les ogm, rompre avec le poulet chloré, rompre avec les vins bourrés d’additifs, rompre avec les assurances à la place des prix, rompre avec le dumping fiscal, rompre avec les poules et lapins en cage, rompre avec le dogme de la compétitivité, rompre avec le non plafonnement des primes PAC, rompre avec l’illusion française de nourrir le monde, rompre avec l’addiction de l’élevage au tourteau de soja, rompre avec la financiarisation de la nature, rompre avec les grumes de hêtres wallons débités en Chine, rompre avec une PAC copiant avec retard les erreurs du Farm Bill américain.

Rompre avec les règles hygiénistes imposées aux petits artisans alimentaires, rompre avec le mythe de l’autorégulation des marchés agricoles, rompre avec le blanchiment du dumping par la boîte verte de l’OMC, rompre avec la fable du découplage des aides vis-à-vis de la production -soit disant non distorsives-, rompre avec le cauchemar de Darwin sur le lac Victoria, rompre avec la mer de plastique d’Almeria, rompre avec les antibiotiques sans modération, rompre avec le labour profond, rompre avec la monoculture, rompre avec l’élevage de ruminants sans pâturage, rompre avec le laxisme sur la loi nitrates, rompre avec un étiquetage national(iste) des produits agricoles qui ne tiendrait pas compte des modes de production, rompre avec le bradage de notre poudre de lait en Afrique, rompre avec la mort des abeilles, rompre avec le dumping social, rompre avec la spéculation sur les matières premières agricoles, rompre avec l’huile de palme dans l’alimentation.

Rompre avec la dérégulation des marchés, rompre avec le non labour + herbicides, rompre avec le marché des primes PAC, rompre avec les chassés-croisés entre postes à la Commission européenne et dans le business, rompre avec l’exploitation de migrants dans des « exploitations » agricoles, rompre avec l’érosion des sols agricoles, rompre avec le captage de la valeur ajoutée du travail agricole par l’amont et l’aval, rompre les accords dits de « partenariat » économique qui vont ruiner l’Afrique, rompre avec la délocalisation de nos productions de légumes, fleurs,… dans des pays à très bas salaire, rompre avec l’impunité des manifestants Fnsea détruisant des biens publics, rompre avec les oligopoles de la grande distribution, rompre avec le dumping à l’exportation -y compris avec les aides PAC découplées-, rompre avec la priorité à l’exportation, rompre avec la volatilité des prix agricoles.

Rompre avec les modes de production qui réchauffent le climat, rompre avec les épines de sang des roses coupées du Kenya, rompre avec le chauffage des serres avec des énergies fossiles, rompre avec des IGP trop laxistes sur les modes et lieux de production, rompre avec la concentration des abattoirs, rompre avec le modèle maïs-soja, rompre avec l’utilisation de sel sans modération dans l’industrie alimentaire, rompre avec la course à l’agrandissement des exploitations facilitée par la PAC, rompre avec la non reconnaissance économique, sociale et culturelle du travail paysan, rompre avec le glyphosate, rompre avec les zonings de supermarchés aux abords des villes et avec la désertification commerciale des villes petites et moyennes, rompre avec l’artificialisation des sols agricoles, rompre avec les accords dits de « libre »-échange, rompre avec la pollution des nappes phréatiques des bassins céréaliers intensifs, rompre avec …..,

mais

OUI à de nouvelles règles -solidaires cette fois- du commerce international agricole, aux légumineuses à la place du soja, à un revenu agricole fait d’abord de prix et non de primes, aux rotations obligatoires, à la diversification des cultures et des races d’élevage, à la régulation des marchés agricoles, aux primes par actif et non par hectare, aux semences paysannes, aux petits abattoirs mobiles, à la restauration scolaire bio et locale, aux jardins potagers dans les écoles, à l’élevage porcin de plein air, au non labour sans herbicides, à l’agriculture biologique paysanne, à l’agro-foresterie,

OUI au pâturage des ruminants, aux moutons à la place des canadair, aux fromages au lait cru, aux appellations d’origine protégée, à la solidarité au lieu de la concurrence, aux relations directes entre producteurs et consommateurs locaux, à la restauration de la matière organique dans les sols, à une juste répartition de la valeur ajoutée entre les producteurs et l’aval, à des exploitations agricoles à taille humaine et transmissibles, à la conservation et à la réhabilitation des zones humides, oui à une aquaculture durable sans farine de poisson,

OUI à une PAC nouvelle, solidaire, régulée, et pourvoyeuse d’emploi, aux marchés locaux-régionaux, oui à l’internalisation des externalités négatives des modes de production industrialisés, à un étiquetage de l’origine des produits et de leur mode de production, à la couverture des hangars agricoles de panneaux solaires -avec prêts à taux zéro remboursés par la vente d’électricité-, à un enseignement agricole basé sur l’agro-écologie, au pressage à la ferme d’huile  oléagineuse locale pour les machines de la ferme, oui à la lutte biologique, aux marchés fermiers, à une taille maximale d’élevage, oui à l’harmonisation fiscale et sociale par le haut dans l’UE, OUI à ….

Je vous invite à compléter ces deux parties

Gérard Choplin

analyste, rédacteur indépendant (politiques agricoles, alimentaires et commerciales)

 

 

 

Le Devenir de l’Europe : des Paysans et des Fermes à taille HUMAINE !

 

Le Devenir de l’Europe : Des Paysans et des Fermes à taille HUMAINE !

par Henri Lecloux, éleveur dans le pays de Herve (Belgique)

 

Nombreux sont les citoyens qui ont dans leur lien de parenté une origine paysanne. Quand on parle des difficultés, des crises qui agitent les producteurs de lait et les autres productions, ils sont touchés comme si on les touchait eux-mêmes.

Ces crises sont bien réelles. Depuis 2 années, les agriculteurs produisent en dessous des prix de revient. Se lancer dans le métier est un exercice périlleux voire suicidaire.

Face à cette situation, la Commission Européenne reste sourde et se voile la face, en s’obstinant dans sa vision de conquête des marchés extra-européens aléatoires pour écouler notre production.

En 1992, après la chute de l’URSS, s’appuyant sur un néo-libéralisme sans scrupule, l’Union Européenne s’engage dans un processus de dérégulation des marchés et se retire du pilotage des denrées alimentaires. C’est donc le marché mondial qui dorénavant fixe les prix aux producteurs. En 2003, l’UE applique cette doctrine à la production laitière et décide de la fin des quotas laitiers pour 2015.

Or, on le sait, nous ne produisons pas au moins cher. Nos concurrents sur le marché mondial sont : la Nouvelle-Zélande, l’Australie, les États-Unis, le Brésil, l’Argentine, etc… Tous ont des coûts de revient bien inférieurs aux nôtres, car ils ont des conditions climatiques plus favorables (pas d’hivers) ou des coûts de main-d’œuvre moins élevés et des contraintes sociales et environnementales bien moindres. Leurs immenses étendues de terre font que le foncier est nettement moins cher que dans nos contrées fortement urbanisées.

Cette concurrence fera toujours que nos prix seront tirés vers le bas. Or, nous, producteurs européens, nous avons besoin de prix rémunérateurs et sur le long terme. De plus, le jeune qui veut s’engager a besoin d’avoir des perspectives, une visibilité sur le long terme.

Il faut savoir que plus de 88% du lait est autoconsommé par les citoyens européens et que les 12% restants vont sur le marché mondial. Or c’est sur 12% qu’est fixé le prix du lait aujourd’hui. Sans une régulation centrée sur le territoire européen d’abord, nous ne verrons pas le bout du tunnel.

Nous n’accepterons jamais l’attitude de la Commission qui, dans un premier temps, nie la crise et, dans un deuxième temps, propose des mesures qui, on le sait, ne marcheront pas (article 222 de l’OCM – Organisation Commune des Marchés du lait – qui permet aux opérateurs, à titre exceptionnel et temporaire, de déroger aux règles de la concurrence en limitant la production). De plus, les coûts de ces réductions seront à charge des États membres … qui n’ont plus d’argent !

Sous les pressions actuelles, le Commissaire Phil Hogan débloquera peut-être de nouveaux fonds européens pour les organisations des producteurs qui mettront en œuvre l’article 222 sur la gestion volontaire de l’offre.

Le problème est que les régions laitières les plus « compétitives », celles de l’Europe du Nord, n’ont pas l’intention de réduire leurs collectes. Certains pays, comme l’Irlande, pays d’origine du Commissaire Européen, veulent doubler leur production et prendre des parts de marché. Ils n’ont que faire des mesures volontaires. D’autres comme l’Allemagne sont tentés d’octroyer des aides de trésorerie.

Ces « mesurettes », non seulement ne rencontrent pas les causes profondes de la crise, mais risquent de faire éclater une PAC (Politique Agricole Commune) déjà fortement renationalisée.

 Cette crise est structurelle et non conjoncturelle !

 La Commission veut gagner du temps et croit toujours à l’ouverture hypothétique de nouveaux marchés. Il faut dire qu’elle arrive à conquérir des marchés, mais avec des prix très bas. Cependant, la surproduction est telle, qu’elle ne sait pas endiguer les flots de lait. Elle choisit donc la fuite en avant en augmentant les stocks publics et privés, aux frais du contribuable.

Nous assistons à la disparition d’un très grand nombre de fermes de toutes tailles, les unes aujourd’hui et les autres demain. Le nombre de suicides de producteurs de lait n’a jamais été aussi élevé.

C’est inacceptable !

 L’attitude de la Commission de laisser faire les marchés et de se soustraire de son rôle d’arbitre, au sens politique du terme, conduit à la catastrophe et à une hécatombe de nombreux emplois, tant en agriculture que dans le para-agricole.

De plus, de nombreuses régions herbagères et semi-montagneuses, qui représentent plus du tiers des surfaces de toute l’Europe, seront désertées par la production laitière.

Ce sentiment d’abandon par la politique du « laisser faire le marché » laissera des traces (endettement, appauvrissement, non transmission des fermes, perte de sens etc…), dans le conscient et l’inconscient des agriculteurs et des citoyens. Il provoque déjà un rejet de l’Europe, des rejets de l’autre et l’émergence de partis nationalistes extrêmes.

Je contredis la Commission et ceux qui ont voulu la disparition de toute régulation des quantités, ainsi que ceux qui affirment que, même en période de quotas laitiers, il y a eu des crises du lait.

Par une volonté politique tenace, la Commission n’a pas voulu se servir des quotas. En pleine crise de 2009, Madame Fischer Boel a, non pas diminué les volumes de référence de chaque producteur afin de provoquer le retour à un équilibre des marchés du lait mais, au contraire, a augmenté les droits de produire de 10% à l’horizon 2015.

De plus, elle ne les a pas adaptés afin de répondre aux problèmes rencontrés. Je les vois de plusieurs ordres : le premier, les quotas ont été fixés sur une base historique (1984). Or la demande, tant européenne (avec l’arrivée de nouveaux États membres et les types de consommation) que mondiale, a évolué. Le second, qui aurait pu être approché différemment, est celui de la transmission des droits de produire. Ils auraient pu être non monnayables (comme en France).

Ces achats, à chaque génération, ont mis à mal les trésoreries des jeunes candidats à l’installation. Avec un autre cadre, ils auraient pu être des échanges et non des achats.

Enfin, quand certains États n’atteignaient pas leurs quotas, la Commission de renchérir : « Voyez, ils ne savent pas les remplir, c’est qu’ils sont inutiles ! » Il fallait justifier leurs suppressions !

Bref, la Commission a enlevé une aile de l’avion et lui a mis du mauvais carburant.

D’autre part, en 2013-2014, à la fin du régime des quotas, l’U.E et un ensemble d’institutions, certaines laiteries, certaines banques, le COPA-COGECA (qui est l’organisation regroupant les syndicats majoritaires de l’U.E.), les marchands de machines, etc… ont appelé à l’augmentation de la production, avançant : « C’est la fin des quotas ! Il y a des opportunités dans les pays d’Asie et particulièrement en Chine. Les quotas vous ont bridés, agrandissez-vous ! Produisez plus ! C’est la solution pour vous de gagner plus ! ».

Bon nombre de fermes, partout dans l’U.E., se sont engagées dans cette voie, amenant ainsi d’énormes volumes de produits laitiers, tant sur le marché intérieur que sur le marché mondial.

Ces excédents, suite à l’embargo russe et à une moindre demande de la Chine, ont provoqué une chute énorme des cours du marché du lait. L’orientation prise par la Commission de miser sur les exportations extra-européennes est vulnérable. Les crises géopolitiques voire sanitaires (par exemple une épidémie de fièvre aphteuse) stopperont net les exportations.

 Alors qu’une autre approche est possible !

 Il existe des alternatives ! Il faut arriver à une réduction obligatoire chez tous les producteurs, suivie d’une régulation des volumes, flexible et adaptée à notre temps. Et puisque le mot « quota » est banni, appelons le simplement « maîtrise des volumes ». Le Conseil et toutes les instances de l’U.E. doivent reprendre le pilotage, en relevant un ensemble de défis qui, obligatoirement, doivent rencontrer les préoccupations des citoyens avant ceux des multinationales, comme c’est le cas actuellement :

  • Problème de répartition des plus-values où les producteurs n’ont que des miettes,
  • Problème des arrangements fiscaux pour les transnationales et les grands riches,
  • Conflits d’intérêts pour les produits chimiques (glyphosate, perturbateurs endocriniens),
  • Arrivées massives de denrées produites dans le monde, dans des conditions sociales et environnementales discutables et au nom du libre-échange.

Où est l’Europe sociale ? Où est l’Europe des citoyens ? Où est l’Europe fiscale ? Où est l’Europe de la défense commune ? Où est l’Europe de la transition énergétique ? Où en est la souveraineté de l’Europe dans tous ces domaines ? Et, particulièrement comme agriculteur, où est la Souveraineté Alimentaire de l’Europe ?

Or, cette Union se hâte de conclure des accords de libre-échange avec l’Amérique du Sud (MERCOSUR), avec le Canada (CETA) et avec les États-Unis (TTIP).

Tous ces accords amèneront des importations massives de biens alimentaires qui mettront à mal nos producteurs, mais aussi la qualité des produits importés qui, on le sait, sont souvent produits de façon industrielle, dans des conditions d’hygiène et de normes sociales et environnementales, sans égales aux nôtres.

L’agriculture comme monnaie d’échange nous ne l’accepterons jamais !

L’U.E. s’engage dans le marché sans règles. Elle prend ce virage pour faire place à une industrialisation croissante de son agriculture. Elle y perdra non seulement son âme, mais aussi son destin, car elle engage toute l’Union Européenne dans une dépendance alimentaire ! Situation dans laquelle aucun pays, aucune civilisation, jusqu’à présent, ne se sont engagés. Tous les grands pays : États Unis, Chine, Inde, protègent leur agriculture. Toutes les grandes civilisations ont fait de leur agriculture une priorité. Pour rappel : les Pères fondateurs du Marché Commun l’on inscrite dans le traité de Rome.

Ce virage pourrait être autre ! En misant sur le maintien et la promotion de petites et moyennes fermes à taille humaine, l’U.E. rencontrerait les agriculteurs et les citoyens. En effet, une multitude de fermes rentables, dans un marché régulé, sur base des coûts de production, relèverait le défi de l’emploi.

Regardons en face les chiffres de 22 millions de chômeurs dans l’Union et combien en sont exclus ? Et le taux de 19,7 % de chômage des moins de 25 ans. 4,454 millions de jeunes (hors étudiants) sont à la recherche d’un emploi. 20 à 25% de la population européenne vit en situation de pauvreté. Ces chiffres révèlent l’un des fléaux majeurs de notre époque. L’agriculture à taille humaine pourrait promouvoir un nombre important d’emplois, partout sur tous les territoires. Le bilan des PAC successives à ce niveau, révèle un échec cuisant (entre 2003 et 2013, ce sont 4 millions de fermes qui ont disparu).

Les petites et moyennes fermes rencontrent plus facilement les défis environnementaux. La valorisation des pâturages, l’utilisation moindre d’énergie et de mécanisation (le zéro pâturage implique au contraire d’apporter les fourrages à l’étable et d’exporter les lisiers), c’est possible ! Si l’utilisation des pâturages était maximalisée, les apports d’achats de concentrés en protéine végétale (soja importé) seraient moindres, voire nuls.

Qui dit soja dit souvent soja OGM, transport et déforestation. Il n’est pas anodin de signaler que 70% des protéines végétales consommées dans l’U.E. sont importés et viennent des Amériques. Il n’est pas anodin également de dire, en cette période d’inondation, que les prairies absorbent les fortes pluies et jouent un rôle d’éponge, ce que les champs labourés ne font pas.

Les abandons de terres provoqueront le retour en friche. En cas de sécheresse, ces étendues seront vite des allumettes en puissance. De plus, les vaches et autres ruminants entretiennent les endroits difficiles.

Une citation du dernier ouvrage de Jean-Pascal Van Ypersele est par ailleurs très révélatrice : « Un seul trajet aérien, sur 1000 ou 2000 kms, peut effacer, en quelques heures, les gains obtenus par tous les petits gestes d’éco-consommation étalés sur une année entière ». Une autre citation de ce scientifique de renom, concernant le réchauffement climatique : « L’affaire est sérieuse ! ».

Il est dès lors évident que tout soutien à l’agriculture industrielle basée sur le libre-échange sans protection, est à revoir. Celle-ci n’est pas en phase non plus avec la lutte contre le réchauffement climatique. Ses pratiques impliquent plus d’utilisation d’énergie, plus de produits phytosanitaires et nécessitent plus d’ingrédients provenant d’importations.

L’agriculture industrielle veut produire des biens alimentaires aux coûts proches du marché mondial afin d’être compétitive (le libre-échange sans règle l’y oblige). C’est le moins cher qui remporte la mise.

A cela, n’oublions pas les impacts des exportations (lait en poudre notamment) sur les systèmes locaux (d’Afrique, d’Inde) et la précarisation des femmes, des familles, dont le revenu de subsistance dépend de leur propre production. Cette précarisation provoque davantage de migration vers les villes de leurs pays, mais aussi vers l’Europe.

De plus, c’est sans compter sur les externalités négatives qui ne sont pas prises en compte. Concernant le climat : davantage de transports, de déforestations, donc plus de GES (Gaz à Effet de Serre). Concernant l’économique : cela entraîne une volatilité des prix, imbuvable pour les producteurs !

Enfin, de nombreuses fermes réparties sur tous les territoires contribuent aussi à une meilleure protection sanitaire de l’ensemble des productions animale. Il est bien connu, que des fortes concentrations d’animaux, comme le suggère les productions industrielles, sont plus vulnérables aux maladies de toutes sortes. Le modèle de fermes à taille humaine, nombreuses, réparties partout, contribuera aux programmes de lutte contre les maladies infectieuses. Et par là même, cela rejoint les luttes actuelles concernant l’utilisation en excès d’antibiotiques.

La promotion des petites et moyennes fermes (à taille humaine) contribuera à apporter plus d’emplois, une nourriture locale de qualité, produite partout sur tous les territoires de l’U.E. Les petites structures apporteront leur contribution à la lutte contre le réchauffement climatique et une meilleure protection sanitaire. Elles sauveront plus aisément l’U.E. de la dépendance alimentaire et lui permettront de résister avec succès aux chocs à venir.

Ce choix permettra à l’Europe de réussir sa réorientation vers des valeurs humanistes, ce qui la rendrait désirable pour un grand nombre de citoyens.

La culture paysanne a un ancrage profond dans l’histoire de l’Europe. Le savoir et les valeurs que portent les paysans constituent un socle précieux pour l’avenir de celle-ci.

Défendons une réduction obligatoire de la production de lait et une régulation des volumes !

Encourageons le modèle de fermes à taille humaine !

Le Devenir de l’Europe en dépend !

 Henri LECLOUX,    Agriculteur

PAC 2020: régimes assurantiels ? Une tribune de Jean-Christophe Kroll

A l’heure où plusieurs voix s’élèvent pour mettre les régimes assurantiels au coeur de la prochaine PAC, Jean-Christophe Kroll (Agrosup Dijon) nous éclaire sur la question.

 

Après les médecins de Molière, les fables de La Fontaine

Lorsque les agriculteurs, avec la complicité coupable de certains économistes dont je fais partie, demandent pour pouvoir exercer leur métier dans des conditions économiques satisfaisantes permettant d’éviter les gaspillages et les surcoûts de transaction multiples qu’induit l’instabilité des prix, on explique à ces ennemis du progrès qu’ils n’ont rien compris aux vertus de marchés dégagés du carcan de l’intervention publique et rendus à la libre concurrence.

Mais, lorsque les assureurs expliquent que, pour faire leur métier, ils ont besoin d’une intervention publique systématique parfaitement automatique garantissant un prix de marché minimum, et d’une garantie financière des pouvoirs publics pour se réassurer, ces exigences paraissent relever d’une responsabilité économique parfaitement justifiée.

Dès lors, puisqu’il s’agit, dans un cas comme dans l’autre, de mobiliser la puissance et les fonds publics pour assurer les opérateurs, agriculteurs ou assureurs, contre le risque, la vraie question que devraient se poser les économistes n’est –elle pas de savoir quelle est la solution la moins couteuse : réguler les marchés agricoles ou réguler le marché des assurances agricoles ? Est ‘il vraiment sûr que cette seconde solution, qui consiste à livrer aux assureurs privés une clientèle agricole captive, en détournant une partie des fonds publics pour engraisser, sans aucune prise de risque, les actionnaires des compagnies d’assurance (ce que l’exemple des Etats-Unis tend à confirmer de manière spectaculaire), constitue vraiment un optimum économique, fût-il de second rang ?

Selon que vous serez puissant ou misérable….

                                                                                              Jean-Christophe KROLL, 06/04/2016

jc.kroll@agrosupdijon.fr