Politiques agricoles, commerce international, souveraineté alimentaire, sécurité alimentaire, ,…: un blog de Gérard Choplin

Article paru dans le numéro de mai du mensuel « Campagnes solidaires » (1) 

Se réapproprier une Europe confisquée

Alors qu’une partie croissante de notre législation s’écrit au niveau européen, que nos ministres et députés européens la co-décident, l’élection du 25 mai marquera-t-elle une fois de plus le désintérêt des citoyens ?

Si le navire Europe est aussi peu attractif, c’est peut-être que sa destination n’est pas claire, ou que la destination affichée ne correspond pas à la réalité.

L’Union européenne est née sur les cendres de deux guerres mondiales qui ont ravagé le continent, coupé ensuite en deux par la « guerre froide » entre le bloc atlantique et le bloc soviétique.

Le premier moteur de la construction européenne a donc été stratégique : faire la paix entre la France et l’Allemagne et faire face à l’empire soviétique, dont les chars et les fusées étaient à 500km de Strasbourg. La première initiative européenne a été celle de la Communauté européenne de défense, refusée en 1954 par le Parlement français. On s’est donc rabattu sur l’économique : le charbon, l’acier puis l’agriculture, que l’on a mis en commun, pour imbriquer de plus en plus les économies des 6 pays fondateurs (2) .

Le deuxième moteur à partir de 1985 a été le Marché Unique, lancé en 1988, réalisé en 1993. Ce qui avait été fait pour l’agriculture, on le faisait maintenant pour toute l’économie. L’économique conduirait ensuite au politique, vers une vraie Union européenne.
C’était sans compter sur l’Histoire, qui n’avance jamais de façon linéaire.

La démolition du Mur de Berlin en 1989 puis la chute de l’empire soviétique ont surpris les européens et cassé le premier moteur, stratégique. L’ennemi d’en face avait disparu.

Cette victoire sans guerre du bloc atlantique a accéléré la mise en œuvre des politiques néolibérales impulsées depuis peu par les Etats-Unis de Reagan et le Royaume-Uni de Thatcher. Ils n’avaient plus peur que leur politique jette les européens dans les bras de Moscou. Le néo-libéralisme a alors dominé la scène à partir des années 1990 et 2000, brisant le deuxième moteur : le Marché Unique européen s’est dissous dans la mondialisation néolibérale, les frontières économiques ont quasi disparu. La cour de jeu d’Unilever, GDF-Suez, Shell, Danone, etc… ce n’est pas l’Europe, c’est le monde.

Et vogue le navire…, sans que l’on ait remplacé les moteurs, au risque de s’échouer au premier récif. L’erreur majeure des dirigeants européens à partir des années 90 est de n’avoir pas initié un débat sur le nouveau sens à donner à l’UE après la chute du Mur, qui puisse mobiliser les citoyens, et d’avoir laissé les grandes firmes de plus en plus multi-nationales désormais écrire les règles à la place des politiques et confisquer l’Europe.

Dès les années 80, le club de la « Table Ronde Européenne » (3) des industriels a plus que « conseillé » la Commission et n’aura de cesse que les propositions de la Commission ressemblent étrangement aux leurs : plus de marché, moins d’Etat, et pas d’harmonisation fiscale ou sociale, ni de transparence du lobbying.

 

Drapeaux europŽens devant le Berlaymont

Le lancement de la négociation transatlantique illustre parfaitement la mainmise du business sur la définition des politiques et des accords commerciaux. L’UE est devenue la leur, et les citoyens s’en détournent. D’autant plus que les gouvernements et parlementaires continuent trop souvent d’accuser « Bruxelles » quand ils ne veulent pas assumer les décisions prises avec leurs collègues européens.

Pour que l’Union européenne devienne nôtre, il nous faut l’occuper, nous la réapproprier. Car elle reste encore un levier  (4) , où des politiques solidaires et durables sont possibles, loin de réactions anti-européennes simplistes.

Le 25 mai et tous les jours suivants, occupons l’Europe.

Gérard Choplin

 

(1) http://www.confederationpaysanne.fr/campagnes_solidaires.php?dernier=1&PHPSESSID=a1499b6e13e

[2] Allemagne, Belgique, France, Italie, Luxembourg, Pays-Bas

[3] Voir le film « The Brussels business »- version française:  http://www.youtube.com/watch?v=NbXcPpM86Tk

[4] Voir « Hold-up à Bruxelles » – José Bové & Gilles Luneau, p 235- La Découverte- 2013

 

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