Politiques agricoles, commerce international, souveraineté alimentaire, sécurité alimentaire, ,…: un blog de Gérard Choplin

L’ accord du 7 décembre à Bali entre les pays membres de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) semble être une ultime tentative pour ne pas enterrer définitivement le cycle de Doha, lancé depuis ….. 12 ans. Alors que seulement 10% du contenu de la négociation de ce cycle était sur la table à Bali, la discussion a pourtant bien failli de nouveau capoter.

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Pour sauver la face et son nouveau job, Roberto Azevêdo, le nouveau directeur Général de l’OMC nous fait déjà miroiter 20 millions d’emplois créés grâce à l’accord. Balivernes ? A-t-il au moins comptabilisé les emplois qui seront perdus, notamment en agriculture ?

En effet l’accord ne change rien aux règles ubuesques de 1994 (accord du cycle de l’Uruguay), qui permettent aux pays dits « développés » de financer largement l’exportation de produits agricoles à des prix pouvant être inférieurs aux coûts de production dans leurs pays (dumping). Ceux-ci ont pris soin en effet depuis 1994 de ranger leurs subventions agricoles dans une boîte dite « verte », que les autres pays ne peuvent remettre en cause dans le cadre de l’accord.  Tandis que des mesures comme celle que l’Inde défendait à Bali pour améliorer sa sécurité alimentaire et diminuer la spéculation agricole (financement de stocks pour alimenter la population pauvre) se retrouvent attaquables et attaquées, notamment par les USA. Le cynisme des puissants n’a pas de limite. Le Comité indien de coordination du mouvement paysan[1] avait demandé à son gouvernement de ne pas accepter la « clause de paix », qui ne ferait que reporter que de quelques années la remise en cause de la loi indienne.

« Nous ne voulons pas entrer dans les discussions pour savoir si la clause de paix doit être de quatre ans ou de dix ans, car le fait est que l’OMC ne fait rien pour les paysans, et qu’à long terme, OMC est synonyme de mort pour nous. Les paysans Indiens n’accepteront jamais un tel accord », a déclaré le 3 décembre Yudhvir Singh de BKU, le principal syndicat paysan en Inde.[2]

 « Les pays développés sont autorisés à subventionner leurs agriculteurs à hauteur de plus de 400 milliards de dollars, sans violer les règles de l’OMC », souligne Olivier De Schutter, rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation.[3] C’est ainsi que les USA ont dépensé 100 milliards de dollars en 2012 pour la seule aide alimentaire à leur population pauvre  (à comparer aux 20 milliards prévus dans la loi indienne). L’UE  aura dépensé quant à elle environ 73 milliards de dollars en 2013[4] pour soutenir son agriculture, auquel il faut ajouter le soutien des Etats membres.

Pour l’African Trade Network, « il n’y a pratiquement rien de substantiel  dans le paquet  de Bali qui réponde aux impératifs de développement de l’Afrique ».[5]

 A l’heure où les ressources limitées de la planète et le réchauffement climatique sont des défis majeurs, garder comme objectif prioritaire l’augmentation du commerce mondial et faire croire qu’il s’agit là de « développement » n’est plus tenable. D’autant plus que, selon la CNUCED[6], 80% du commerce mondial se fait par les firmes multinationales , dont une part croissante représente les transferts entre filiales de même firme.

Les règles actuelles du commerce international agricole détruisent des millions d’emplois en agriculture. Pour la seule UE, dont la politique agricole est formatée par ces règles, 3 millions d’exploitations agricoles ont disparu entre 2003 et 2010, soit 20%[7].

Oui, il y a urgence à changer les règles du commerce international agricole, en remettant en cause les règles iniques adoptées en 1994 -c’est à dire au siècle dernier- et non en les aggravant comme le proposait le cycle de Doha. L’acharnement thérapeutique à Bali pour sauver ce dernier  montre que les gouvernants des grandes puissances, malgré les défis de la sécurité alimentaire et de l’environnement, continuent de privilégier les intérêts de leurs multinationales plutôt que ceux de leurs populations.

Oui, Mr Azevêdo, il y a des « millions d’emplois à créer  en agriculture »[8]. Mais plutôt en passant par la souveraineté alimentaire et l’agro-écologie qu’en passant par Bali.

Gérard Choplin, Bruxelles, 8 décembre 2013


[8] Hervé Kempf- «Fin de l’occident, naissance du monde »- Seuil – page 98

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