Politiques agricoles, commerce international, souveraineté alimentaire, sécurité alimentaire, ,…: un blog de Gérard Choplin

COMMUNIQUE CPE

La réforme, basée sur l’escroquerie du découplage des paiements directs, va accélérer la disparition des paysans. L’UE cherche pour Cancun à brader l’agriculture européenne au profit d’autres secteurs.

La réforme PAC adoptée est plus le résultat de marchandages entre la Commission Européenne et les États Membres qu’une négociation entre États Membres. La Commission a finalement réussi à imposer le découplage moyennant de multiples concessions nationales, qui aboutissent à une renationalisation croissante de la PAC.

Cela n’est pas bon signe à l’heure de l’élargissement et laisse prévoir la disparition prochaine d’une politique agricole européenne, laissant l’UE sans régulation des marchés, avec des prix agricoles maintenus très bas par les importations et la surproduction , où les paiements directs, par manque de légitimité internationale, sociale, environnementale, auront été très réduits.

Si la Commission Européenne a tant fait pression pour faire adopter le découplage, c’est qu’elle veut s’en servir comme monnaie d’échange à  Cancun pour pouvoir imposer aux pays tiers l’ouverture de leurs marchés aux services, investissements,… européens. Or il n’est pas sûr que les pays tiers acceptent plus longtemps la tromperie du découplage mis en avant par les USA et l’UE.  Rappelons que l’association de prix agricoles  internes bas, en-dessous des coûts de production, à des paiements directs découplés de la production, ne change rien au dumping, c’est à dire à l’exportation de produits agricoles à des prix en-dessous des coûts de production, qui ruinent les économies agricoles des pays tiers.

Baser une réforme de la PAC sur une escroquerie internationale est un scandale. L’UE persiste dans son erreur de donner la priorité à l’exportation.

La possibilité pour les Etats Membres de retarder le découplage ou de l’appliquer partiellement va compliquer fortement son application et ne sera probablement que temporaire.

Les paysans des petites et moyennes exploitations ne résisteront pas aux baisses de prix et le découplage aura des effets pervers de déprise agricole dans les régions défavorisées, où il n’y aura plus aucun intérêt économique à produire pour des prix agricoles en-dessous des coûts de production. Le découplage est donc une mesure clairement anti-développement rural, aux effets plus importants que le maigre transfert de fonds du premier pilier, qui risquent de ne pas bénéficier aux exploitations qui réellement font vivre le monde rural mais d’abord aux grandes exploitations.

Contrairement au message que cherche à transmettre aujourd’hui la Commission Européenne, il ne s’agit en aucun cas d’une réforme radicale  vers une agriculture plus durable ou plus juste qui aurait été arrachée à des paysans et Etats Membres  conservateurs. En effet vis à vis des problèmes essentiels, la réforme ne change rien :

  • on ne change rien à la très forte disparité dans la répartition des fonds publics entre les exploitations, entre les Etats Membres, entre les secteurs : au contraire la base historique choisie pour les paiements directs découplés va figer cette disparité et les Etats Membres peuvent garder 80% des fonds transféré dans le développement rural. Cette PAC n’a donc pas de légitimité sociale, et les contribuables risquent de ne pas maintenir longtemps de tels paiements directs. D’autant plus que le découplage permet à une une grande exploitation de recevoir des centaines de milliers d’EUR sans rien produire.
  • On ne change rien aux problèmes graves d’environnement: l’élevage industriel va continuer à se développer, la production laitière va s’intensifier, et les éleveurs ayant préféré le maïs primé aux prairies sont récompensés par le forfait historique. Malgré la propagande de la Commission depuis juillet dernier, et répétée avec insistance ces derniers jours, le découplage n’est pas une mesure liée à l’environnement : des aides couplées ou découplées peuvent être bonnes ou mauvaises pour l’environnement et l’exemple des céréales, où les primes sont découplées de la production réelle depuis 1992, est justement peu convaincant.

Si l’UE veut vraiment tourner le dos au productivisme, ce n’est pas avec cette PAC qu’elle en prend le chemin.

  • On ne change rien aux problèmes de surproduction, au contraire on encourage celle-ci par la dérégulation des marchés et la baisse des prix (exemple du lait), les importations croissantes,..
  • On ne change rien aux distorsions sur le marché international (voir plus haut)

 

  • Produire à bas prix, exporter à bas prix : avec cette PAC, l’Union Européenne a choisi comme priorités celles de l’industrie agro-alimentaire, de la grande distribution et des firmes d’import/export, pas les priorités des paysans, ni des consommateurs et des contribuables.

 

La CPE va continuer à défendre une autre PAC centrée sur :

  • un revenu agricole fait d’abord de prix agricole rémunérateurs,
  • le refus de tout dumping à l’exportation et à l’importation,
  • la maîtrise de la production,
  • la remise en cause des modes de production trop intensifs.

 

 

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